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Dans l’extrême-Nord du Cameroun, des dizaines de milliers d’exilés nigérians ont dû fuir leur village face aux attaques du groupe terroriste Boko Haram dans la région du lac Tchad.
 
A Minawao, un petit village à quelques kilomètres du nord-est du Nigéria, l’afflux de déplacés a eu des conséquences désastreuses sur un environnement déjà menacé par la désertification. "Leur arrivée a exercé une très forte pression sur la nature, à cause de la coupe de bois de chauffe. Ils ont presque déforesté la zone", explique Job Nguerebaye, coordinateur du projet de reboisement.
 
A l'origine de cette situation : la collecte de bois dans la forêt aux alentours, pour se chauffer et cuisiner.
 
Pourtant, la réserve forestière de Zamaï, dans le Mayo-Tsanaga, située en pleine zone semi-aride, est protégée et abrite de nombreuses espèces végétales et animales. La coupe d’arbres y est d’ailleurs interdite.
 
Pression sur l’environnement
 
"Les camps de réfugiés ont des impacts environnementaux connus du secteur humanitaire. Plus les sites perdurent dans le temps, plus les impacts sont significatifs. L’extrême-Nord du Cameroun n’échappe pas à cette règle", observe l’institut d’analyses Urgence, réhabilitation, développement (URD) dans une étude sur les retombées environnementales du camp.
 
Depuis le début du conflit de Boko Haram au Nigéria, cette région frontalière accueille près de 300.000 déplacés, dont 58.000 dans le seul camp de Minawao, ouvert en 2013.
 
"Les conséquences sur la déforestation et la dégradation des sols sont importantes et accentuent les vulnérabilités des populations, face aux variations climatiques. Les réfugiés doivent marcher plus de 18 kilomètres autour de Minawao pour récolter du bois, contre trois kilomètres au début de la crise", affirme l’URD.
 
Face à la déforestation et à la désertification, les ressources énergétiques se sont faites plus rares.
 
Les populations doivent parcourir de plus grandes distances pour s’approvisionner, quitte à se mettre en danger. "Les femmes vont parfois très loin pour chercher des fagots, elles s’exposent à des risques d’agressions ou de viols", souligne Fabrice Essama, du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
 
Pour les populations hôtes vivant à côté du camp, le problème d’accès au bois de chauffe a d’ailleurs créé des tensions. "Quand les réfugiés sont arrivés, ils allaient dans les villages voisins pour se fournir. Cela a provoqué des altercations et même des bagarres avec les locaux. Ce problème mettait en péril la cohésion sociale", rapporte l’humanitaire.
 
"Charbon écolo"
 
Alors pour lutter contre la déforestation et restaurer le couvert végétal, le HCR, en partenariat avec l’association Lutheran World Federation (LWF), a eu l’idée de lancer un projet de reboisement en août dernier.
 
Elle consiste à réparer les dégâts causés sur l’environnement, tout en garantissant une cohabitation pacifique avec les villages d’accueil, fragilisés par l’arrivée des exilés.
 
L’initiative, baptisée "Make Minawao greeen again" (Faire reverdir Minawao"), prévoit ainsi la plantation de 200.000 arbres d’ici à 2018 sur le camp, d'une superficie de 623 hectares.
 
"Cent mille plants ont déjà été mis en terre dans la pépinière de Minawao et dans trois localités voisines", détaille Job Nguerebaye.
 
Mais plus qu’une simple opération de reboisement, l’objectif est aussi de créer des activités génératrices de revenus pour les populations.
 
"Les communautés hôtes sont vulnérables, et encore plus depuis l’installation du camp. Nous espérons ainsi réduire la pauvreté et créer de l’emploi local", poursuit le Camerounais en charge du projet. C’est dans ce contexte qu’est née l’idée de créer un "charbon écolo".
 
A l’atelier de production de briquettes écologiques de Minawao, 50 femmes réfugiées et autochtones, formées par LWF, travaillent chaque jour pour fabriquer du charbon, à partir de biomasse.
 
Ensemble, elles collectent des restes d’épis de maïs, de coquilles d’arachide ou encore de tiges de mil, puis les brûlent et les transforment en petits cubes noirs à l’aide de machines.
 
"Ces briquettes sont une source de combustible à la fois économique, écologique et inoffensive, contrairement à la fumée de carbone du bois de chauffe, qui est toxique", explique Job Nguerebaye.
 
Ce jour-là, Pana Tijiani, une réfugiée nigériane, trie les déchets végétaux qui serviront à produire le charbon avec l’aide de Zenabou, une habitante du village hôte de Gawar.
 
"Je ne pensais pas que ce procédé était réalisable. J’espère bientôt vivre de ce métier", confie la jeune femme qui a fui Banki au Nigéria, il y a quatre ans, face aux violences. Bientôt, le charbon écologique devrait être vendu sur les marchés locaux. Il sera proposé "à un prix incitatif", pour encourager les ménages à délaisser le bois de chauffe.

Références