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Vu l’ingéniosité et le savoir-faire des contrefacteurs, il n’est pas toujours évident pour les professionnels de la santé (médecins, pharmaciens et autres) et encore moins pour les patients, de distinguer le vrai médicament du faux.
 
Au Cameroun, où on estime qu’environ 40% des médicaments en circulation sont faux, les professionnels de la santé recommandent aux patients un certain nombre de précautions pour réduire le risque d’acheter des médicaments de mauvaise qualité.
 
"D’abord, aller à la pharmacie", prescrit sans détours Prosper Hiag, le président de l’Ordre des pharmaciens du Cameroun. Là-bas, sauf accident ou négligence du pharmacien, vous êtes sûr que vous allez avoir des médicaments de bonne qualité", dit-il.
 

“Quand bien même un médicament serait de bonne qualité au départ, le simple fait qu’il soit conservé et manipulé dans des conditions non adéquates dans la rue fait de lui un mauvais médicament à l’arrivée.”

Marlise Loudang Meguieze

L’intéressé insiste sur le fait de se ravitailler dans une officine, parce qu’il reconnaît que dans ce pays, beaucoup de patients encore se ravitaillent en médicaments dans le circuit illégal et non contrôlé, en l’occurrence auprès des vendeurs de rue.
 
D’autant plus que, dit-il, "tous ces médicaments qui sont dans les circuits illégaux ne sont pas forcément falsifiés. Il arrive que de bons médicaments sortent des circuits légaux pour se retrouver entre ces mains inexpertes".
 
Mais Marlise Loudang Meguieze, inspectrice générale des services pharmaceutiques et des laboratoires au ministère de la Santé publique, s’empresse de couper court à tout amalgame à ce propos.

"Quand bien même un médicament serait de bonne qualité au départ, soutient-elle, le simple fait qu’il soit conservé et manipulé dans des conditions non adéquates dans la rue fait de lui un mauvais médicament à l’arrivée".
 
"C’est pour cela que pour les pouvoirs publics camerounais, le faux médicament regroupe systématiquement le médicament de la rue et toutes les contrefaçons de médicaments", précise l’intéressée, qui est pharmacienne de formation.
 
Donc, martèle Prosper Hiag, "allez à la pharmacie et discutez avec le pharmacien qui va vous faire obtenir votre médicament ou son substitut, c’est-à-dire le médicament générique, qui coûtera moins cher, tout en ayant le même effet".
 
Sauf que même à la pharmacie, la prudence et la vigilance du patient doivent rester de mise, car l’accident ou la négligence dont parle le président de l’Ordre des pharmaciens, n’est pas si rare que ça.
 
La Compagnie industrielle pharmaceutique Cinpharm, entreprise camerounaise de fabrication de médicaments, en a fait l’expérience naguère.
 
Vérifications
 
Interrogé par SciDev.Net, Maher Ouertatani, son directeur général adjoint, raconte : "En août 2016, nous avons trouvé sur le marché des contrefaçons de deux de nos médicaments, notamment des antibiotiques."
 
"Malheureusement, poursuit-il, les deux cas avaient été trouvés en pharmacie. Lorsque notre équipe commerciale de promotion médicale qui se trouve sur le terrain s’était présentée à ladite pharmacie avec le produit, le vendeur avait dit qu’il avait déjà le même produit, mais, que ça n’avait pas la même présentation".
 
Après vérifications, il est apparu que le produit qui était déjà présent dans cette officine, n’était qu’une contrefaçon.
 
Maher Ouertatani en profite dès lors pour inviter le patient et les acteurs de la santé à prêter attention à la présentation du médicament qui leur est proposé, afin de ne pas acheter du faux.
 
"Vous savez, dit-il, celui qui triche ne peut jamais réussir la copie à 100%. Nous autres industriels avons nos moyens pour facilement reconnaître nos produits, même si on les mêlait à une centaine d’autres."
 
Et à l’intention des patients et des autres acteurs, il indique : "Dans le cas d’espèce, il y avait le conditionnement et le visuel qui n’étaient pas les mêmes ; ce n’était pas la même notice, ni le même tube, ni le même logo, même si c’était mentionné Cinpharm. Donc, il fallait bien observer ces éléments pour remarquer que c’était du faux".

Saisies de faux médicaments effectuées par la direction des douanes du Cameroun*

Année Nombre d’opérations de saisie Volume des médicaments saisis (en kg)
2012 16 44 992
2013 11 77
2014 14 300
2015 17 377
2016 10 1 036
2017 (janvier – juin) / 230,5
*A ce bilan s’ajoutent des saisies de médicaments effectuées dans le cadre de l’opération Halcomi (Halte au commerce illicite), dont une tonne de produits en 2016 et 600 000 comprimés de Tramadol en 2017.
Source : Direction générale des douanes du Cameroun

A ces mesures de précaution, Wilfred F. Mbacham, professeur de biotechnologie de la santé publique à l’université de Yaoundé I, ajoute quelques autres moyens "simples" d’identifier les faux médicaments au moment de leur achat ou lorsqu’on s’apprête à les consommer.
 
Selon son récit, "le faux médicament se reconnaît par sa manière de se disperser dans une solution. Par ailleurs, si vous constatez qu’un médicament est un peu décoloré, vous pouvez en déduire qu’il n’est pas le bon".
 
Et il ajoute : "Très souvent, les bons médicaments ont une étiquette avec des couleurs qui changent selon l’angle de vue. Les faux médicaments ne l’ont pas. Tout comme les faux médicaments n’ont généralement pas l’écriture braille pour les aveugles, que l’on retrouve sur le conditionnement de la plupart des bons médicaments".
 
En outre, l’OMS appelle à la vigilance de l’acheteur pour remarquer d’éventuelles fautes de langue ainsi que des différences entre les dates de fabrication et de péremption figurant sur le conditionnement extérieur et sur l’emballage intérieur. Toutes choses qui caractérisent souvent les faux médicaments.
 
Techniques nouvelles
 
Pour autant, ces nombreux moyens de détection des faux médicaments ne sont pas suffisants pour mettre les acheteurs à l’abri. Raison pour laquelle des techniques nouvelles sont expérimentées çà et là.
 
Au Cameroun, apprend-on auprès de l’Ordre des pharmaciens, le gouvernement a voulu se lancer dans l’apposition de vignettes sur les médicaments, pour certifier leur bonne qualité, comme c’est déjà le cas depuis plusieurs années pour les boissons et les cigarettes importées.
 
"Mais, on s’est très vite rendu compte de la complexité de cette opération qui allait être faite au port, dans des conditions qui n’allaient pas être les meilleures pour la conservation et la manipulation des médicaments", regrette Prosper Hiag.
 
Aussi cette stratégie a-t-elle été abandonnée au profit du datamatrix, un système de traçabilité "qui n’a cependant pas encore été imposé au Cameroun", souligne-t-il.
 
Selon Wilfred F. Mbacham, la technique du datamatrix consiste à se servir d’une petite application installée sur un téléphone portable par exemple pour analyser le code barre d’un médicament et recevoir, au bout de quelques secondes, une réponse sur le caractère vrai ou faux du médicament en question.
 
Cette technologie, qui est déjà en expérimentation dans certains pays d’Afrique subsaharienne, à l’instar du Ghana et du Nigeria, suscite beaucoup d’espoirs auprès des professionnels de la santé et du médicament.
 
Toutefois, si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) apprécie cette avancée technologique, elle indique qu’elle a aussi ses limites et invite par conséquent les acteurs à mettre en œuvre plusieurs méthodes de contrôle à la fois. 

Cet article fait partie du dossier de SciDev.Net Afrique sur les médicaments contrefaits en Afrique.


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