Rapprocher la science et le développement

Recherche en vaccins : il faut repenser les stratégies inefficaces
  • Recherche en vaccins : il faut repenser les stratégies inefficaces

Crédit image: Flickr/DFID - UK Department for International Development

Lecture rapide

  • Les efforts actuels ne parviennent pas à faire développer des vaccins efficaces

  • Les défauts sont dûs à la stratégie à antigène unique et à une mauvaise connaissance de l'immunité

  • Les prochaines initiatives devront réviser les vieilles approches comme les vaccins à base d'organismes entiers

Shares

Pour l'expert en biotechnologie Thomas Egwang, de nouvelles approches sont nécessaires pour inverser la tendance des stratégies décevantes en matière de vaccins contre le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme.

Les pays en développement ont longtemps attendu les vaccins contre le paludisme, le VIH/SIDA et la tuberculose (TB). Malheureusement, ceux qui ont été testés à ce stade, comme le RTS,S/AS01 et le MVA85A, ne sont toujours pas sûrs et manquent d'efficacité.

Cela s'explique par le fait que la méthode empirique de 'clonage et d'essai' de développement des vaccins a conduit au gel des études sur l'immunité protectrice et le mode d'action du vaccin.
 

Une histoire en dents de scie


L'histoire du développement des vaccins conte le VIH/SIDA depuis les premiers essais cliniques en 1987 est mouvementée. Elle compte certains essais interrompus en raison de problèmes de sécurité; un échec pur et simple des essais de phase III avant de rebondir sur un succès éclair avec le RV144, qui a permis de protéger 31 pour cent des 16 000 volontaires thaïlandais. [1]

Le BCG (Bacille Calmette-Guérin), qui a été développé en 1921 mais qui reste le seul vaccin autorisé contre la tuberculose, est utilisé pour vacciner 100 millions de nouveau-nés chaque année. Il a une efficacité limitée chez les enfants et ne protège pas les adultes contre la forme pulmonaire de la maladie.

Un nouveau vaccin, le MVA85A, a été conçu comme un vaccin de rappel pour le BCG. Mais dans un récent essai de phase IIb, ce vaccin prometteur destiné à améliorer le BCG n'a permis d'assurer qu'un taux de couverture de 17 pour cent de protection pour les bébés. [2]

Le principal vaccin-test contre le paludisme, le RTS, S/AS01, n'a protégé qu'un tiers des enfants âgés de six à 12 semaines.. [3] Mais ses partisans soutiennent que ce niveau de protection pourrait permettre de sauver 200.000 enfants par an du paludisme.

Fait intéressant, dans d'autres essais, le RTS, S/AS01 a offert une protection sensiblement plus élevée chez des nourrissons plus âgés et chez des nourrissons du même âge.
 

Le clonage des protéines


Tous ces vaccins ont été mis au point par le clonage et par l'expression d'un ou plusieurs antigènes pathogènes — des substances induisant l'immunité — chez plusieurs vecteurs.

Le clonage d'un type de protéine (circumsporozite) issu du parasite du paludisme Plasmodium falciparum en 1983 a marqué un tournant. Les protéines du parasite pouvaient dès lors être produites en quantités illimitées pour la recherche sur les vaccins. Cela a fait naître l'espoir de la découverte d'un vaccin contre le paludisme à brève échéance.

Trois décennies plus tard, on attend toujours.

Les stratégies de développement de vaccins contre le VIH et les bactéries de la tuberculose, Mycobacterium tuberculosis, ont suivi une voie semblable : des antigènes ont été clonés, placés dans des vecteurs et administrés à des animaux pour démontrer la validité du concept.

Aussi louables soient-ils, ces procédés, entrepris pour mettre au point des vaccins avec un degré de sûreté et de tolérance acceptables, sont un échec sur le plan de l'efficacité à cause de deux défauts.

Premièrement, les mécanismes par lesquels les vaccins-tests déclenchent une immunité protectrice chez un petit nombre d'animaux ou d'individus n'ont pas fait l'objet d'un examen approfondi. Ce qui a abouti à une pénurie de corrélats ou de biomarqueurs fiables et solides indiquant l'existence d'une immunité protectrice déclenchée par les vaccins.

Des biomarqueurs ou des corrélats validés peuvent guider les travaux de développement des vaccins dès le début, limitant ainsi les risques d'échecs avant qu'ils n'atteignent la phase coûteuse des essais cliniques. Dans le cas contraire, les essais cliniques deviennent un exercice extrêmement coûteux quand on procède par tâtonnement.

Le deuxième défaut est que les vaccins actuels sont constitués d'antigènes uniques. Pourtant, au cours d'une infection paludique naturelle, plus de 5 300 protéines de P. falciparum sont présentées au système immunitaire et, même à ce moment-là, seule une immunité protectrice partielle se développe après plusieurs années.

Penser obtenir un vaccin efficace à partir de vaccins à antigène unique relève d'une chimère.
 

Nécessité de procéder à des études ciblées


La première chose à faire est d'exploiter des matériaux cliniques et des informations issues du RV144, du RTS,S/AS01, du MVA85A et d'autres essais pour en retirer des éléments précieux sur l'immunité de protection déclenchée par les vaccins.

Les vaccins RTS,S/AS01 et MVA85A ont ciblé les enfants en bas âge. Mais l'on n'a pas pris en compte des indications importantes sur la réponse immunitaire chez les nourrissons.

Par exemple, nous savons que le système immunitaire du nourrisson est immature; les nourrissons acquièrent des facteurs immunologiques maternels essentiels via le placenta de leurs mères ou par l'allaitement au sein; les anticorps maternels et l'âge du nourrisson au moment de l'administration du vaccin influent sur les réactions aux vaccins; et l'endémicité du paludisme et l'âge de l'enfant influencent l'immunité contre le paludisme.

La conception de futurs vaccins pour nourrissons et les essais cliniques doivent être éclairés par ces connaissances et d'autres nouveaux éléments.

De même, dans le cas du VIH, les études se concentrant sur les cellules mononucléaires périphériques du sang qui ne sont jamais en première ligne dans la défense contre les infections sexuellement transmissibles manquent d'originalité. Des stratégies novatrices de stimulation d'une protection puissante contre le VIH dans l'appareil génito-urinaire tardent à venir.

Les corrélats ou les marqueurs de l'immunité protectrice doivent être identifiés dans le poumon pour la tuberculose; la peau, le foie et le sang pour le paludisme; et l'appareil génito-urinaire et le rectum pour le VIH.
 

Les antigènes multiples


Tout cela doit être complété par une évolution concertée vers le développement de vaccins à multiples antigènes stimulant des réponses immunitaires protectrices comparables à celles induites par l'infection naturelle. Cependant, les meilleures permutations et combinaisons d'antigènes doivent encore être déterminées de manière empirique par des essais cliniques coûteux et susceptibles d'erreurs.

Les vaccins à organismes entiers, après avoir été négligés pendant des années, sont prometteurs. Ils incarnent le concept d'antigènes multiples et ont fait leurs preuves contre la coqueluche, la typhoïde, la grippe et les vaccins contre la polio.

Un vaccin prometteur contre le VIH-1 développé sur la base d'un virus mort et génétiquement modifié (SAV001-H) est sur le point de passer au stade des essais cliniques plus poussés. Ainsi en est-il des vaccins contre le paludisme à base de sporozoïtes entiers irradiés (PfSPZ), qui confèrent plus de 90 pour cent de protection chez les volontaires humains. [4]

Un vaccin antituberculeux à base d'une bactérie synthétique auto-réplicable avec une protection immunitaire élevée — et sans patho-génicité -- annoncerait l'éradication de la tuberculose. La plate-forme technologique et un précédent pour une telle prouesse existent.

Quelle que soit la voie que l'on choisit, la vaccinologie du paludisme, du VIH/SIDA et de la tuberculose doit se recentrer sur des études rationnelles plutôt que des études d'immunologie empirique et adopter des stratégies audacieuses et novatrices. Une approche ancienne associée à une nouvelle variante pourrait raccourcir le temps d'attente déjà long pour la découverte de vaccins vitaux.

Thomas Egwang est le directeur général de Med Biotech Laboratories en Ouganda. Il a été chercheur principal pour l'essai en phase I d'un vaccin contre le paludisme dans le nord de l'Ouganda en 2010/2011. Egwang peut être contacté à [email protected]

Configure | DeleteConfigure | Delete

Republier
Nous vous encourageons à reproduire cet article en ligne ou sur support papier. La reproduction est libre de droit, suivant les termes de notre licence Creative Commons. Nous vous prions cependant de suivre ces directives simples :
  1. Vous devez créditer nos auteurs.
  2. Vous devez créditer SciDev.Net — dans la mesure du possible, veuillez insérer notre logo, avec un rétrolien vers l’article originel.
  3. Vous pourriez aussi simplement publier les premières lignes de l’article et ajouter ensuite la mention: "Veuillez lire l’intégralité de l’article sur SciDev.Net", avec un lien vers l’article originel.
  4. Si vous souhaitez aussi reprendre les images publiées avec cet article, veuillez vérifier avec les détenteurs de droits d’auteur que vous êtes autorisés à les utiliser.
  5. Le moyen le plus facile de reproduire l’article sur votre site est d’intégrer le code ci-dessous. 
Pour plus d’informations, veuillez consulter notre page media et nos conseils pour la reproduction.