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  • Changements climatiques : de la sécheresse prévue en Afrique de l’Est

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[NAIROBI] Les spécialistes est-africains de l’environnement ont remis en cause une nouvelle étude concluant que les changements climatiques apporteront une plus grande sécheresse et non une pluviométrie accrue dans la région.

Cette nouvelle étude, publiée dans Climate Dynamics, prévoit que les sécheresses, qui ont été fréquentes en Afrique de l’Est au cours des 20 dernières années, risquent de se poursuivre si les températures continuent à augmenter dans le monde.

Cette prévision contredit toutefois le scénario d’une hausse de la pluviométrie prévue par le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC).

Les chercheurs, de l’Université de Californie, à Santa Barbara, ont étudié les données relatives aux températures, à la vitesse du vent et à la pluviométrie, des 20-30 dernières années pour déterminer ce qui guidait les variations climatiques dans les régions tropicales de l’océan Indien et de l’océan Pacifique.

Ils ont constaté que l’océan Indien s’était réchauffé très rapidement, ce qui avait augmenté la pluviométrie au-dessus de l’océan ainsi qu’un déplacement vers l’ouest d’air sec au-dessus de l’Afrique de l’Est, entraînant alors une baisse de la pluviométrie.

D’après les chercheurs, les importantes pénuries alimentaires que des millions de personnes ont subies en Éthiopie, au Kenya et en Somalie seront exacerbées, à l’avenir, par de plus grandes sécheresses.

Leur travail soutient les efforts réalisés par l’US Geological Survey et par l’Agence des États-Unis pour le Développement international (USAID) pour mieux cibler l’aide alimentaire en localisant les zones de sécheresse potentielle, ainsi qu’en informant les projets agricoles, environnementaux et relatifs aux ressources en eau.

Ces conclusions ont toutefois été remises en questions par des climatologues est-africains.

Richard Odingo de l’Université de Nairobi et ancien vice-président du GIEC, a déclaré que la recherche était "incomplète" et qu’elle servait uniquement les intérêts des secours apportés dans la région par les États-Unis.

Selon lui, il est erroné de dire que le GIEC avait tort étant donné que cette organisation utilisait des données remontant à plus de 300 ans, récoltées auprès de plusieurs sources différentes, ainsi qu’en tenant compte des liens entre les systèmes météorologiques relatifs à l’atmosphère de la Terre.

Benson Ochieng', juriste spécialisé dans l’environnement travaillant pour l’Institute for Law and Environmental Governance, a partagé cette position. "Le dernier argument pour parvenir à des résultats concluants est de s’appuyer sur plusieurs facettes du temps car le climat est contrôlé par plusieurs aspects atmosphériques", a-t-il ajouté.

Toutefois, selon Park Williams, co-auteur de l’article préparant un post-doctorat à l’Université de Californie, à Santa Barbara, il est notoire que les modèles internationaux [tels que ceux élaborés par le GIEC] rencontrent des difficultés pour simuler avec précision la pluviométrie sur les terres tropicales.

"En général, les modèles internationaux prévoient des tendances à l’échelle mondiale, comme un climat qui serait plus similaire à El Niño, qui impliquerait, par exemple, une hausse de la pluviométrie en Éthiopie et au Kenya entre mars et juin".

"Il ne serait pas raisonnable d’examiner uniquement les cartes de [pluviométrie] élaborée par le GIEC et de prendre leur valeur nominale", a-t-il déclaré à SciDev.Net.

"Nous n’avons pas décidé de discréditer le rapport du GIEC. Notre rôle était d’examiner les données et la recherche scientifique qu’elles impliquaient".

"Les gens accordent beaucoup de confiance aux rapports du GIEC mais de nombreuses réserves doivent être émises. Leurs modèles présentent encore plusieurs incertitudes. Il nous convient tout à fait d’utiliser d’autres modèles pour aboutir à des conclusions différentes".

Lien vers l’article complet publié dans Climate Dynamics (en anglais)

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