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Les technologies satellitaires sont de plus en plus vues comme un instrument pouvant permettre de réduire les inégalités dans la décennie allant jusqu'à 2030 qui sera cruciale pour le développement.
 
Le Groupe sur l'observation de la terre (GEO), un partenariat de plus de 100 gouvernements nationaux et de 100 organisations, envisage un avenir dans lequel il sera «ordinaire et de routine» de contribuer à l'avancement des Objectifs du développement durable avec des informations géospatiales.
 
Les satellites sont employés pour surveiller les pèches illégales, suivre la propagation du paludisme, soutenir les systèmes d'alerte précoce dans les pays exposés aux inondations, mesurer les rendements des récoltes pixel par pixel, et donner aux agriculteurs des conseils sur les engrais par le biais d'applications.
 
A long terme, la résistance aux catastrophes, l'agriculture et l'exploitation forestière facilitées par l'espace pourraient être respectivement deux, sept et douze fois plus efficaces que si on avait recours à des options non-spatiales selon les prévisions de l'organisation britannique Caribou Space et le cabinet de conseil London Economics.
 
Les satellites peuvent aussi aider à cartographier les régions rurales isolées, planifier en toute sécurité les camps de réfugiés, et suivre la croissance des villes pour développer les services et accroître la résistance aux désastres naturels, alors que l'on prévoit une augmentation rapide du pourcentage de la population habitant dans les centres urbains (de 55% actuellement à plus des deux tiers d'ici 2050). Environ 90% de cette croissance devrait se manifester en Afrique et en Asie.
 
Un autre objectif clef est de connecter ceux qui n'ont toujours pas accès à Internet. Certes, plus de 50% de la population mondiale était connectée fin 2018, mais cela signifie aussi que la moitié de la population de la planète est toujours dépourvue d'accès.
 

Le boom satellitaire

Le récent boom au niveau de la disponibilité des données et des technologies satellitaires a été renforcé par l'accroissement des fonds publics alloués à l'espace et l'apparition pour la première fois d'une véritable compétition dans le secteur spatial commercial. On a par conséquent assisté au développement de satellites moins chers, à plus haute résolution, placés sur l'orbite terrestre basse. L'accent a également été mis de plus en plus sur la cartographie et les technologies en accès libre.
 
La société américaine Planet par exemple compte parmi sa flotte de 150 satellites 130 de nano-satellites Dove, de la taille d'une boîte de chaussures. Cette flotte recueille 1,3 million d'images chaque jour. Dès fin 2017, cette constellation était suffisamment grande pour pouvoir produire quotidiennement des images représentant toute la masse continentale de la planète.
 
Malgré l'expansion récente du secteur - il y a maintenant plus de 2000 satellites dans le ciel - il s'agit là simplement de la partie émergée de l'iceberg. Le nombre de lancements pourrait tripler de 365 en 2018 à 1100 d'ici 2025 selon les estimations de la MIT Technology Review, si l'on tient compte des projets d'entreprises telles que OneWeb et SpaceX de placer des centaines ou des milliers de satellites sur orbite dans les années à venir.
 
Satellites in space 
Dans un secteur traditionnellement dominé par les grandes puissances économiques mondiales, les pays du Sud cherchent à développer leurs propres initiatives spatiales. L'Organisation de recherche spatiale indienne (ISRO) a été particulièrement active, établissant un record du monde en 2017 en lançant 104 satellites lors d'une seule mission (88 d'entre eux étaient des CubeSats de Planet).
 
L'Afrique a aussi maintenant 14 agences spatiales, la moitié desquelles ont vu le jour depuis 2010 selon un rapport de l'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économiques. Onze pays de la région ont d'ores et déjà lancé des satellites. 
 
De surcroît, l’Africa Regional Data Cube (Cube de données régional pour l'Afrique) a été lancé il y a deux ans dans cinq pays (Sénégal, Ghana, Kenya, Sierra Leone et Tanzanie). L’objectif de cette approche d’open data cube qui devient de plus en plus populaire à travers le monde est de consolider d'une façon qui permet l'accès libre la vaste quantité de données générées par l'observation de la terre, tout en minimisant le degré d'expertise nécessaire pour les exploiter.
 

Obstacles au niveau de l'investissement

Mais les pays à faible revenu doivent encore franchir des obstacles pour investir dans l'espace : les ressources financières font défaut et cela limite souvent leur participation. Le Nigeria dont les dépenses spatiales sont parmi les plus élevées d'Afrique sub-saharienne a par exemple dépensé quelque 48 millions de dollars US en 2018 mais ce chiffre fait pâle figure devant les investissements de nombreux pays à haut revenu et la somme totale de 70 milliards de dollars US dépensée globalement.
 
sectors 
De plus, l'aide internationale accordée aux projets portant sur l'espace dans les pays en développement reste « modeste » selon l'OCDE. L'organisation indique que 607 millions de dollars US ont été alloués à des projets spatiaux au titre de l'aide publique au développement (APD) entre 2000 et 2016, contre un investissement en APD de 188 milliards de dollars US lors de la seule année 2016. Cela correspond à bien moins de 0,1% du total annuel.
 
Toutefois, un pays en développement, l'Inde, fait face à des critiques en raison de ses dépenses considérables dans le domaine de l'espace alors que 20% de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté. Un article publié par l'Université de Yale aux Etats-Unis souligne qu'il est difficile de faire accepter les dépenses dans ce domaine au Bangladesh, où on estime que 0,5% du budget annuel du pays a été consacré au lancement du satellite Bangabandhu-1 en 2018.
 

Des obstacles dans l'espace

Parmi les autres obstacles à la maîtrise des technologies spatiales, il y a le fait que les pays à bas revenus manquent souvent de capacité et d’expertise nécessaires pour produire des informations satellitaires ou fournir un soutien aux usagers avec des ressources locales, d'après un rapport de la Commission de la science et de la technologie au service du développement (CSTD). La structure onusienne ajoute que « dans les pays en développement, perdre même un seul expert peut gravement nuire aux efforts menés par les agences gouvernementales. »
 
Cette observation est en phase avec les appels lancés pour la fourniture de formations sur le terrain; les données satellitaires doivent passer par un processus de « vérification au sol » pour s'assurer qu'elles correspondent bien à la réalité sur terre et qu'elles répondent aux attentes locales.
 
De plus, les technologies satellitaires de pointe ne seront peut-être pas bénéfiques si les données et les applications ne sont pas pertinentes ou sont hors de prix pour les utilisateurs finaux. Un rapport récent de l'Alliance pour un Internet abordable a souligné que les habitants du continent africain devaient consacrer en moyenne 7,1% de leur revenu mensuel pour un gigaoctet de données mobiles, soit 3,5 fois le seuil considéré comme abordable.  
 
Il reste des questions règlementaires à gérer avec les satellites et il faut également trouver un moyen d'apaiser les inquiétudes concernant la surveillance employant les technologies de télédétection. Au niveau global, il y a aussi un risque accru de collisions en raison du nombre accru de satellites placés sur orbite.
 
De surcroît, un fossé sépare les hommes et les femmes concernant l'emploi des technologies satellitaires dans les pays à faible revenus. Ceci en dépit du fait que les femmes auraient des perspectives uniques à partager dans des domaines tels que la gestion des catastrophes naturelles, dont elles sont souvent les premières victimes.
 
Des efforts sont cependant menés pour remédier à cette situation : une partie du programme Hydromet en Afrique, une initiative de la Banque Mondiale et de la Facilité mondiale pour la prévention des risques de catastrophes et le relèvement, exige que les femmes aient accès aux domaines techniques tels que la météorologie ou l'hydrologie.
 

Efforts de collaboration

Pour que les satellites puissent véritablement bénéficier aux pays du Sud, il faudrait des efforts de collaboration entre les gouvernements et les organisations nationales, régionales et internationales.
 
Public assistance 
La CSTD cite en exemple des efforts multilatéraux tels que le KiboCube. Cette collaboration entre le Bureau des affaires spatiales des Nations unies et l'Agence japonaise d'exploration aérospatiale vise à faciliter l'accès aux activités spatiales pour les chercheurs dans les pays en développement en leur permettant de créer leurs propres CubeSats pour déploiement depuis la Station spatiale internationale.
 
Alors que les géants traditionnels d'Internet développent leur présence spatiale, et tandis que les intérêts commerciaux se mêlent aux objectifs philanthropiques, un des principaux défis de notre voyage collectif dans l'espace sera peut-être de rester focalisés sur notre destination finale : une réduction et non un accroissement de l'écart entre riches et pauvres.

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