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  • Le négociateur africain pour le climat exprime la position du continent

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[ADDIS ABABA] Le négociateur en chef pour l’Afrique nouvellement désigné a déclaré hier (3 septembre) que ce serait une erreur de percevoir le continent comme demandant l’obole dans les négociations mondiales sur les changements climatiques.

S’exprimant lors d’une réunion organisée par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique à Addis Abeba dans le but de promouvoir la position de négociation du continent, le premier ministre Ethiopien Meles Zenawi a ainsi laissé entendre que l’Afrique n’a pas "l’intention de resquiller" un accord post-Kyoto.

Zenawi a été choisi pour présider un nouveau comité de haut niveau, chargé de conduire le processus de négociation africain initié par le sommet des chefs d’Etat de la semaine dernière (31 août) en Libye.

C’était la première fois que l’Afrique s’exprimait d’une seule voix lors des négociations internationales sur le climat (voir Analyse africaine : Comment obtenir un accord juste sur le climat mondial).

Zenawi a déclaré que si l’Afrique a besoin d’une aide financière de la part des pays développés pour s’adapter aux effets des changements climatiques et pour limiter sa propre part de responsabilité dans ce phénomène, le continent ne se présente pas pour autant à la table des négociations les mains vides.

Il a attiré l’attention sur le potentiel de l’Afrique en tant qu’un marché pour les technologies de développement propres et la création de potentiel puits de carbone.

“En faisant équipe avec nous dans le domaine du développement vert, le monde développé pourrait créer un marché plus robuste et un environnement global pour les efforts d’atténuation que lui seul doit supporter", a-t-il ajouté.

“Il n’est pas de notre intérêt de réclamer des compensations pour les changements climatiques et leurs dommages. Ce qui nous intéresse, en revanche, c’est empêcher cela de se produire. Il est insensé pour nous que l’on rende invivables de vastes parties de notre continent, et que l’on nous paie ensuite des compensations pour cela".

“Nous voulons conserver nos forêts et reboiser celles qui ont été dégradées avec le temps. Nous voulons le faire précisément parce qu’une telle approche est du point de vue économique plus rémunératrice et durable," a-t-il dit. Il a poursuivi en disant que l’Afrique était néanmoins "préparée à se retirer de toute négociation dont les termes risquaient de devenir un nouveau viol du continent".

Le message de Zenawi a été chaleureusement accueilli par des représentants des pays riches prenant part à cette réunion, parmi lesquels certains ont fait pression pour que les pays en développement – en particulier les plus avancés sur le plan économique – prennent des engagements plus fermes par rapport aux mesures d’atténuation.
La délégation des Etats-Unis affirme “considérer l’Afrique comme un partenaire”, ajoutant que la majeure partie du US$ 1,2 milliard que les Etats-Unis dépenseront en 2010 sur l’adaptation aux changements climatiques prendra probablement la direction de l’Afrique.

Mais un délégué européen souhaitant garder l’anonymat a déclaré au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net) que l’une des raisons pour lesquelles les pays développés se réjouissent de l’adoption par l’Afrique d’une position en vue des négociations de Copenhague qui lui soit propre, est qu’elle se démarque ainsi du bloc de négociation du G77 composé d’économies pauvres ou émergentes.

“Une prise de distance de la part l’Afrique du G77 est une excellente chose”, explique le délégué. "Le groupe était trop vaste auparavant. On y retrouvait des pays comme l’Arabie saoudite, dont la présence n’aide aucun des autres membres. En agissant seule, l’Afrique a une position morale forte quand il s’agit de demander du soutien. En tant que bailleurs de fonds, vous savez que votre argent ira aux plus méritants".

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