Rapprocher la science et le développement

  • Les disciplines scientifiques doivent s'associer pour servir le développement

La semaine dernière, Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies a annoncé la composition d'un panel de haut niveau qui doit relever le défi consistant à définir l'agenda du développement après 2015, date butoir pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) . [1]

La première réunion de ce panel, prévue au mois de septembre, marquera le début d'un processus parallèle mais séparé de celui de la définition des objectifs, cibles et indicateurs des Objectifs de développement durable (ODD) qui succèderont probablement aux OMD.

Le processus d'élaboration d'un nouvel ensemble d'objectifs devrait aboutir a une proposition qui sera soumise à la 68ème session de l'Assemblée générale au mois de septembre 2013. [2]

Reste à savoir comment ces deux processus seront coordonnés. Mais dans les deux cas, les cibles et les recommandations seront vraisemblablement articulées autour des trois dimensions du développement durable : la dimension économique, la dimension sociale et la dimension environnementale.

La transposition de cette triple dimension en indicateurs de développement pertinents nécessite à la fois d'avoir des connaissances solides et de mettre l'accent sur les besoins des communautés défavorisées. Il faudra également que les scientifiques  travaillent efficacement de façon multidisciplinaire, et que cette spécificité soit répercutée par les journalistes dans leurs articles.

Aucune discipline ne détient toutes les solutions

Les approches holistiques pour relever les défis auxquels la survie des millions de personnes dans le monde est confrontée peuvent être interdisciplinaires, multidisciplinaires, transversales ou transdisciplinaires.

Aucune discipline ou branche de la science ne détient à elle seule toutes les réponses à des problèmes sociaux et environnementaux complexes. Tel est le principe qui sous-tend chacun de ces concepts.

L'importance et la nécessité de cette approche ont été intégrées à la logique des propositions d'ODD faites à l'occasion de Rio+20, et rares sont ceux qui en disconviennent.

Par exemple, la technologie ne peut à elle seule relever les défis posés par les problèmes liés à la consommation des combustibles fossilesou la gestion des catastrophes naturelles; il faudrait également des changements de comportement ainsi que des adaptations institutionnelles.

La récente proposition d'adopter une approche transdisciplinaire par Samantha Watson et ses collègues de la London School of Medicine and Tropical Hygiene, qui consiste à intégrer les connaissances des sciences physiques, des sciences de la vie et des sciences sociales pour renforcer les capacités des systèmes de santé pour faire face et répondre aux risques naturels en est une bonne illustration. [3]

Selon eux, une telle approche permettrait à des outils technologiques déjà utilisés dans la préparation et l'intervention, comme la télédétection, d'avoir de meilleurs résultats grâce à une meilleure coordination et une meilleure intégration dans la planification.

Nous avons beaucoup à apprendre de l'expérience passée. Les outils médicaux comme les vaccins ne peuvent pas grand chose sans des systèmes de santé qui permettent de les acheminer vers ceux qui en ont besoin. Les nouvelles technologies comme les panneaux solaires n'apporteront que peu d'avantages si  nous ne comprenons pas les attentes de la société.  De même, les nouvelles variétés de cultures peuvent améliorer la productivité agricole, à condition que nous comprenions les pratiques des petits exploitants.

Des écueils à la coopération

La prise de conscience par les scientifiques, les bailleurs de fonds et les décideurs politiques de la nécessité d'une approche holistique pour résoudre les problèmes, et des limites de l'efficacité de la méthode individualiste des disciplines qui travaillent chacune de leur coté constitue l'une des différences majeures entre la méthode de définition des objectifs il y a 20 ans et le raisonnement actuel de la communauté scientifique.

Mais la prise en compte de ces aspects dans la pratique au sens large engendre d'autres difficultés.

Sans oublier les aspects pratiques liés à l'accès aux ressources pour constituer des équipes multidisciplinaires, leur permettre de comprendre leurs langages scientifiques respectifs, et gérer les contributions et les faiblesses inhérentes à chaque discipline.

Sans oublier les préférences (compréhensibles) des disciplines, des individus et des institutions à utiliser des méthodes éprouvées et à la fiabilité déjà démontrée, au lieu de s'aventurer en terrain vierge.

Les défis sont autrement plus grands quand l'objectif est de réunir les sciences naturelles et les sciences sociales.  Aussi récemment qu'au mois de juin, à la veille de Rio+20, les spécialistes des sciences sociales ont lancé un appel en vue jouer un rôle plus important et plus visible dans la recherche de solutions aux changements climatiques.  Les obstacles dans ce cas précis sont aussi simples que la définition de ce qui constitue une preuve acceptable ou la difficulté à s'entendre sur des méthodes communes de recherche.

A présent, la question primordiale consiste à comprendre comment la communauté scientifique et les décideurs politiques peuvent accomplir des progrès tangibles en intégrant les sciences économiques, les sciences sociales et les sciences environnementales dans la stratégie de promotion du développement.

Des impératifs locaux et mondiaux

Il est essentiel de comprendre les postulats, méthodes et connaissances que les différentes disciplines scientifiques peuvent apporter si l'on veut les réunir de manière efficace. Il faut également déterminer clairement la contribution potentielle de chaque discipline dans la recherche d'objectifs communs.

Ceci posé, il est important de s'assurer que la recherche scientifique impliquant plusieurs disciplines est liée, voire enracinée, dans les problèmes locaux. Le cadre des ODD pourrait servir de cadre et permettre de trouver un accord sur un mécanisme d'intégration des disciplines scientifiques de manière à canaliser les activités de recherche vers des objectifs pratiques et pour un impact concret.

L'impact d'un tel mécanisme sera meilleur s'il ne se limite pas aux objectifs et aux indicateurs. Les approches holistiques devraient également prévoir des mesures d'incitation à tisser des liens sur le terrain, dans le cadre par exemple d'un travail de recherche multidisciplinaire sur des questions pratiques, comme condition de l'accès au financement.

En outre, les questions pratiques ne sont pas toujours connues avant l'élaboration des programmes de recherche ou de développement. Si l'on prend l'exemple de la polio, la connaissance de l'impact des réactions à la vaccination est relativement récente et demeure un obstacle à l'éradication. [4]

Cet exemple prouve qu'il faut impliquer les chercheurs du monde en développement dans l'élaboration des programmes de recherche à la fois au niveau local et au niveau international, parce qu'ils comprennent mieux les besoins et les réalités socioculturelles.

Les journalistes peuvent aussi y contribuer, en participant au programme de sensibilisation des gestionnaires de projets et des décideurs en mettant l'accent sur la contribution potentielle des diverses disciplines scientifiques au développement.

Références

[1] Ban names high-level panel to map out 'bold' vision for future global development efforts. (UN News, 2012)

 
[3] Watson, S. et al. Trans-disciplinary research to improve health systems' disaster readiness and response. Bulletin of the World Health Organization 90, 558–558A (2012)
 
[4] Mohammadi, D. The final push for polio eradication?  The Lancet 380, 460–462 (2012)