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  • Le projet malgache d'exploitation d'énergie éolienne remis en question

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[ANTANANARIVO] Andry Rajoelina, le président par intérim de Madagascar, a annoncé l'intention de son pays de combler son déficit énergétique et de réduire ses émissions de carbone en encourageant un investissement majeur dans des aérogénérateurs à grande échelle.  

"50 mégawatts supplémentaires [d'énergie éolienne] pourraient être disponibles d'ici la fin de l'année", a-t-il déclaré le 11 janvier dernier. D'après les estimations non officielles, le coût de l'initiative se chiffre à 80 millions de dollars. Et le projet est critiqué par des experts locaux qui estiment le pays dispose de meilleures options d'énergie renouvelable.

Une cellule spéciale a été mise en place à la présidence pour mettre en avant le projet d'énergie éolienne. Le gouvernement réduira aussi de moitié les taxes de l'exercice 2012-2013 sur les équipements importés tels que les rotors d'éoliennes dans le but d'encourager la participation du secteur privé. Les avantages fiscaux s'étendront aux turbines hydroélectriques et aux panneaux solaires, mais l'objectif principal de l'initiative gouvernementale est de développer le secteur de l'énergie éolienne.

Rajoelina a déclaré que les technologies utilisées actuellement pour produire de l'électricité sur l'île sont obsolètes et dangereuses pour l'environnement en raison de leurs émissions de carbone et de la pollution qu'elles causent.

Plus de 110 centrales électriques diesel fournissent actuellement 296,5 mégawatts sur une capacité installée totale de 428,1 mégawatts, selon Jiro sy Rano Malagasy, la société nationale d'eau et d'électricité. Les besoins en électricité du pays devraient atteindre 700 mégawatts d'ici 2030, a-t-on annoncé lors de la conférence sur les options énergétiques pour Madagascar, qui s'est tenue à Antananarivo en décembre dernier.

95 pour cent des ménages environ utilisent le bois de chauffe pour la cuisson, provoquant ainsi une déforestation à grande échelle.

Ces deux facteurs ont amené le gouvernement à annoncer qu'il fallait un investissement majeur dans le domaine de l'énergie éolienne pour répondre aux besoins énergétiques du pays. Mais certains ont remis en question sa conviction portant sur l'installation de grands aérogénérateurs comme moyen d'atteindre cet objectif.

"L'énergie éolienne n'est pas une solution réaliste pour nous. Elle n'est pas adaptée aux conditions locales", a déclaré Minoson Rakotomalala, un expert en énergies renouvelables en service à l'université d'Antananarivo.

Il a prévenu que l'installation de turbines de grande puissance (telles que celles que l'on trouve habituellement dans un parc d'éoliennes) requiert une longue étude préliminaire, ce qui n'a pas été le cas. Il est difficile de contrôler la vitesse du vent, et les rotors de turbines sont généralement conçus spécifiquement pour les caractéristiques de l'écoulement d'air à un endroit donné, a ajouté Rakotomalala.

Les techniciens locaux n'ont pas le savoir-faire pour les systèmes excèdant 20 kilowatts, a ajouté Hary Andriatavy, le secrétaire exécutif par intérim de l'Agence de développement de l'électrification rurale.

Au lieu d'importer des infrastructures coûteuses, le pays devrait construire des micro aérogénérateurs à partir de matériaux localement disponibles, a-t-il poursuivi.

Les projets d'énergie éolienne à petite échelle ont connu un certain succès dans le Nord de Madagascar, et l'on s'attend à qu'ils se multiplient, selon Andriatavy.

"Le sud de Madagascar dispose d'un potentiel énorme pour l'énergie éolienne", a ajouté Vony Ramboaharison, directeur du marketing chez Energie Technologie, une société basée à Antananarivo et spécialisée dans l'approvisionnement en équipements idoines sur le marché des énergies renouvelables.

Rakotomalala a convenu que l'énergie éolienne pourrait fonctionner dans certaines régions de Madagascar, mais il a laissé entendre que ce devrait être la dernière option. Ce  pays dispose en effet d'un grand potentiel hydroélectricique, d'énergie marémotrice, de biomasse, de biogaz et d'énergie géothermique.

Il a affirmé qu'à ce jour, 1,6 pour cent seulement de la capacité hydroélectrique existante, estimée à huit gigawatts, est exploitée, alors que d'autres sources sont à peine développées.

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