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Analyse : Les universités de recherche doivent se regrouper en association
  • Analyse : Les universités de recherche doivent se regrouper en association

Crédit image: Flickr/peace-on-earth.org

Lecture rapide

  • Les universités africaines doivent créer un front commun leur permettant de participer aux grands débats internationaux

  • Les universités de recherche auront certains écueils à surmonter si elles souhaitent créer une association

  • La création d’une association nécessite l’appui politique des gouvernements africains

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Pour Linda Nordling, si les universités africaines de recherche ont intérêt à parler d’une seule voix, la création d’une association risque d’être semée d’embûches.

Le mois dernier, quatre des grandes associations d’universités dans le monde se sont réunies en Chine pour examiner les défis auxquels les universités de recherche font face.
 
Autour de la table, des associations d’universités de recherche venues d’Australie, de Chine, d’Europe et des Etats-Unis. L’Afrique, contributeur modeste à la recherche internationale mais dont l’apport ne cesse de s’accroître, était absente.
 
Le groupe qui s’est réuni en Chine a pourtant invité d’autres associations d’universités de recherche ‘de niveau semblable’ à le rejoindre.
 
Mais l’Afrique ne pourra prendre part aux futures rencontres qu’à condition d’associer ses meilleures universités dans une sorte de Ligue africaine des universités de recherche (entité théorique que nous appellerons ici LAUR, par souci d’économie d’espace).
 
Déterminer qui peut devenir membre d’une association aussi prestigieuse s’avérera délicat, et pourrait même remettre en cause certaines valeurs profondément enracinées de l’enseignement universitaire africain.

 
Elitisme revisité
 

La possibilité d’accéder aux fora internationaux de débat sur la recherche est une justification suffisante pour accélérer la mise sur pied d’une Ligue africaine des universités de recherche.
 
Le problème que poserait la création d’une LAUR tient au fait qu’elle érigerait un mur, dans un continent où ce type de barrières a des connotations historiques négatives.
 
Une poignée d’universités - une vingtaine environ - serait admise au sein de la LAUR. Mais la majorité des universités en serait exclue, et ces institutions risqueraient d’être étiquetées comme étant de seconde classe.

“Le groupe qui s’est réuni en Chine a invité d’autres associations d’universités de recherche ‘de niveau semblable’ à le rejoindre. Mais l’Afrique ne pourra prendre part aux futures rencontres qu’à condition d’associer ses meilleures universités dans une sorte de Ligue africaine des universités de recherche.”

Linda Nordling


En Afrique du Sud, le classement des institutions supérieur est une question explosive, puisqu'elle rappelle le tristes souvenirs du système éducatif discriminatoire de la période de l'apartheid.

Ailleurs en Afrique, ce classement pourrait entrer en conflit avec les idéaux d’égalitarisme de la période après les indépendances. Une volonté de stratification de la formation pourrait être perçue comme une promotion de l’égoïsme et de l’élitisme - même si dans la réalité, ce type de ségrégation est monnaie courante sur le continent.
 
En d’autres termes, le simple fait de dire qu’il existe des universités de recherche sur le continent pose problème – puisque cela implique que toutes les universités ne sont pas égales.
 
Déterminer exactement quelle serait la composition de la LAUR est une question plus brûlante encore.
 
Parier sur le succès
 
Tout processus de sélection nécessitera une définition des critères minimaux de qualification des universités. S’il existe plusieurs systèmes d’évaluation des activités de recherche d’une université, presque tous comportent des lacunes.
L’un des critères simples consiste à regarder le nombre d’articles de recherche publiés par les enseignants d’une université, ainsi que le nombre de doctorants formés en une année. Cela peut donner une idée assez précise de la production académique de l’institution, même si cela ne permet pas de distinguer la qualité de la quantité.
 
Un moyen plus sophistiqué consiste à évaluer le nombre de fois les articles publiés sont cités par d’autres chercheurs : cela donne une idée générale de la ‘prise en compte’ d’un travail de recherche produit par une université.
 
L’utilisation de tels indicateurs comme critères de sélection pour déterminer la composition de notre LAUR imaginaire pose un autre problème, celui de la représentation. Toute liste constituée de vingt universités classées selon ces indicateurs favoriserait largement les universités sud-africaines.


Plaidoyer pour une large représentation

 
A ce stade, d’aucuns pourraient se demander : ‘quel est le problème si tous les membres sont des universités sud-africaines ? Si c’est là bas que sont établies les plus grandes universités de recherche du continent, alors qu’il en soit ainsi.’
 
A ceux-là, je répondrai que l’un des principaux avantages de la création d’une Ligue des universités africaines est qu’elle permettrait de porter des points de vue divergents.
 
Pour une association à vocation régionale, le fait d’assurer la diversité est plus important à mes yeux que le simple fait de choisir les meilleurs - d’autant que les critères appliqués pour évaluer la qualité susciteront la polémique.
 
L’idée d’une ligue continentale où chaque pays se voit fixer un nombre maximum de membres (disons, à deux ou trois universités, par exemple) ne serait pas sans précédent sur le plan international : c’est ainsi que la Ligue des universités européennes de recherche, qui a participé à la rencontre en Chine, est constituée.
 
Il existe une alternative, à savoir la création d’une Ligue nationale des universités de recherche par les universités sud-africaines. Pour des raisons évoquées plus haut, une telle initiative pourrait s’avérer difficile d’un point de vue politique.
 
L’autre argument qui ne plaide pas pour la création d’une Ligue nationale tient au fait qu’elle aurait moins d’influence dans les rencontres internationales qu’une ligue continentale.

 
Le soutien politique nécessaire

 
Une association diversifiée, avec un nombre maximum de membres par pays, ne pourra pas se créer ou se constituer d’elle-même, car cela risquerait de faire éclore des conflits entre les différentes universités. D’ailleurs, des discussions préliminaires autour de la création d’une ligue africaine organisées avec la collaboration de la Carnegie Corporation de New York dans le cadre d’un atelier sur la formation de docteurs en Afrique à Pretoria, en Afrique du Sud, le mois dernier, ont déjà donné lieu à ce type d’altercations entre universités.

Les orientations devront être fixées par les gouvernements africains, et notamment par les organismes en charge des questions d’enseignement supérieur.
 
Ce débat, d’ordre politique, va sans doute créer ses propres problèmes. Si une surreprésentation des universités sud-africaines est peu souhaitable, l’admission d’universités de faible niveau pour combler un fossé géographique ou politique l’est tout autant.
 
La composition finale sera le résultat d’un compromis parsemé d’embûches. L’Afrique se doit de braver ces difficultés, si elle entend gagner sa place dans les grands débats internationaux.
 
Linda Nordling
La journaliste Linda Nordling, qui travaille au Cap, en Afrique du Sud, est spécialiste de la politique africaine en matière de science, d'éducation et de développement. Elle a été rédactrice en chef de Research Africa et collabore au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net), à Nature, etc.

Cet article est une production de la rédaction Afrique sub-saharienne de SciDev.Net.



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