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« En 2017, trois quarts (75 %) des personnes vivant avec le VIH[1] connaissaient leur sérologie VIH contre seulement deux tiers (67 %) en 2015 ». Telle est la quintessence du rapport[2] que le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (Onusida) vient de publier à l’occasion de l’édition 2018 de la journée mondiale de lutte contre le VIH/sida.
 
Comme tous les ans, cette journée se célèbre ce 1er décembre à travers le monde. Le thème retenu cette année est « Vis ta vie positivement : connais ta sérologie VIH ». Pour l’Organisation en effet, « l’intensification des efforts en matière de dépistage et de traitement du VIH a permis d’atteindre davantage de personnes vivant avec la maladie ».
 
Peter Ghys, directeur de l’Information stratégique et de l’évaluation à l’Onusida, s’est confié à SciDev.Net pour justifier le choix de ce thème : « La prévention est essentielle, d'autant plus que le VIH est évitable et peut maintenant être traité. Le dépistage du VIH donne aux gens les connaissances nécessaires pour agir, rechercher un traitement s'ils sont séropositifs ou se protéger s'ils sont séronégatifs », dit-il. 

“Le dépistage est la porte d'entrée dans le système de soins et de prise en charge. On ne peut traiter que si on connait le statut sérologique”

Avelin F. Aghokeng, chercheur, IRD

Pour expliquer les progrès enregistrés récemment dans la connaissance de leur statut sérologique par les patients, Peter Ghys affirme que « ces dernières années, nous avons été témoins d'incroyables innovations qui contribuent à briser l'épine dorsale de l'épidémie de VIH ».
 
Ainsi, « les kits d'auto-dépistage permettent aux personnes de tester le VIH en toute confidentialité, augmentant ainsi les taux de dépistage parmi les populations difficiles à atteindre », précise-t-il.
 
« Le dépistage est la porte d'entrée dans le système de soins et de prise en charge. On ne peut traiter que si on connait le statut sérologique », renchérit Avelin F. Aghokeng, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et au Centre international de recherches médicales de Franceville (CIRMF) au Gabon.
 
Sur l’importance du dépistage, Peter Ghys souligne que « les connaissances sont essentielles pour prendre des décisions éclairées concernant l’avenir. Un test VIH est un événement sérieux avec des implications déterminantes. Mais peu importe le résultat, le test fournit des informations vitales ».
 
Par exemple, décrit-il, « un résultat positif au test et un diagnostic de confirmation ne sont jamais une bonne nouvelle, mais pour les personnes vivant avec le VIH, il s'agit d'un premier pas nécessaire vers une vie longue et en bonne santé ».
 

Transmission mère-enfant

Abondant dans le même sens, Avelin F. Aghokeng illustre : « Je prendrais l'exemple simple de la prévention de la transmission du virus de la maman à son bébé. Si on connait le statut de la maman et qu'elle est prise en charge avant l'accouchement, on peut aujourd'hui éviter que son enfant soit infecté ».
 
Bref, dit-il, connaitre son statut est essentiel pour les politiques de sensibilisation et de prévention, pas seulement pour les personnes infectées, mais aussi pour celles qui ne le sont pas et chez lesquelles il faut prévenir l'infection.
 
Mais, malgré ce bien-fondé et les succès enregistrés ces dernières années dans le dépistage, regrette Peter Ghys, « les nouvelles infections à VIH ne diminuent pas assez rapidement et trop de personnes meurent encore de maladies liées au sida ».
 
En partie parce que « la technologie à elle seule ne suffira pas pour garantir que les personnes puissent accéder aux services de dépistage du VIH dont elles ont besoin », dit-il.
 
Par ailleurs, l’état des lieux est loin d’être homogène : « il faut noter que les disparités sont très importantes d'un pays à l'autre ou d'une région à une autre. Et dans les pays du Sud, les zones rurales sont très souvent peu représentées dans ces estimations », relève Avelin F. Aghokeng.
 

Appel

D’où l’appel de l’Onusida à l’occasion de cette journée du 1er décembre 2018. Dans un communiqué de presse publié le 22 novembre 2018, l’organisation martèle que « l’accès au dépistage du VIH est un droit humain fondamental ».
 
En conséquence, elle appelle à un engagement mondial pour éliminer les obstacles qui empêchent les personnes de se soumettre à ce dépistage. « Notamment en éliminant la stigmatisation et la discrimination liées au VIH ; en garantissant la confidentialité du dépistage et du traitement du VIH ; en déployant une combinaison optimale de stratégies de dépistage du VIH pour atteindre les populations qui en ont le plus besoin, etc. »
 
En outre, estime Peter Ghys, « les approches multi-maladies constituent également un élément clé de la couverture maladie universelle, qui vise à garantir à tous l'accès aux services de santé dont ils ont besoin, sans risque de difficultés financières ».
 
Pour ce haut cadre de l’Onusida, il s’agit « fondamentalement d’intégrer les services VIH dans tous les systèmes de santé ».
 
« L'approche "tester et traiter immédiatement", aussi déclinée en "treat all" est celle que recommande l'OMS et le dépistage est essentiel pour son efficacité », renchérit Avelin F. Aghokeng.
 

Solution clés en main

Mais, prévient ce chercheur, il n'y a pas de solution clé en main pour amener davantage de gens à se soumettre au test de diagnostic et augmenter ainsi le taux de dépistage.
 
« On sait qu'il faut combiner plusieurs approches, bien comprendre la population cible, le contexte, les croyances, le niveau d'instruction, tenir compte des populations dites vulnérables, les jeunes, les adolescents par exemple, etc. », dit-il.
 
« On compte sur la combinaison de ces stratégies et d'autres que la recherche permettra d'identifier pour améliorer la connaissance du statut sérologique », conclut Avelin F. Aghokeng.
 
Le rapport de l’Onusida insiste aussi sur l’importance d’une l’approche dite des cinq C : consentement, confidentialité, conseil, conformité des résultats du dépistage et connexion à la prévention, aux soins et au traitement.
 
Toutes ces solutions potentielles visent à atteindre l’objectif de 90-90-90 qui veut que d’ici 2020, 90% des personnes vivant avec le VIH/sida connaissent leur statut, que 90% de ces personnes soient sous traitement antirétroviral et que 90% des personnes sous traitement aient une charge virale nulle.

Références

[1] Virus de l’immunodéficience humaine
[2] Ce rapport 2018 de l’Onusida est disponible ici en anglais.