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[MANILLE] Le nouveau rapport d'évaluation publié la semaine dernière (8 octobre) par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a souligné l'importance de renforcer les capacités des pays les moins avancés (PMA) et des petits États insulaires en développement (PEID), en matière de gestion du climat, ainsi que le rôle particulier des femmes, en tant que groupe vulnérable aux effets du changement climatique.

Cependant, les femmes constituaient à peu près 30% des auteurs du rapport et aucune d'entre elles n'était issue d'un PMA ou d'un PEID.
La sous-représentation des femmes est un problème de longue date au GIEC, le principal organe scientifique mondial sur le changement climatique.

Dans le monde actuel où les grandes conférences s'orientent vers des kiosques dédiés et des structures d'accueil pour les enfants, j'espère que le GIEC évoluera avec le temps

Chandni Singhs

Selon une étude publiée en février 2018 dans la revue PNAS, la revue de l'Académie américaine des sciences, la proportion d'auteures du GIEC est passée de moins de 5% en 1990, au moment de la publication du premier rapport, à un peu plus de 20% dans les rapports d'évaluation les plus récents.

L’étude a révélé qu'un grand nombre des plus de 100 femmes auteures du GIEC interrogées avaient une expérience positive de la manière dont elles avaient été traitées et de l’influence qu’elles avaient exercée sur le rapport. Mais certaines d’entre elles ont signalé des problèmes rencontrés par leurs collègues du même sexe.

Par exemple, 75% ont perçu une faible maîtrise de la langue anglaise comme un obstacle à la participation, tandis que près de 40% considéraient les questions de genre comme un défi et près de 30% ont considéré les questions de race comme un obstacle. "Les réponses ouvertes ont été suffisamment nombreuses, pour identifier les femmes des pays en développement comme marginalisées", a noté le rapport.

Le fait que les femmes auteures étaient peu disposées à discuter de leurs propres défis, mais enclines à parler de ce qu'elles percevaient comme des défis pour les "autres" auteurs de sexe féminin, va dans le sens de ce que SciDev.Net a découvert en contactant de manière indépendante les femmes impliquées dans le sixième rapport d'évaluation du GIEC – la publication de sa dernière évaluation complète est prévue pour 2022.

Discrimination


Chandni Singh, chercheure sur les changements climatiques en Inde et auteure principale du groupe de travail 2 du GIEC, a déclaré ne pas avoir été victime de discrimination déclarée au sein du GIEC, mais dit savoir que des femmes chercheures en sont victimes.

"J'ai régulièrement entendu des récits de collègues et de jeunes chercheures qui ont du mal à naviguer sur le terrain avec une forte volonté et qui ont confiance en eux sans paraître trop autoritaires ou trop agressifs", dit-elle. "Plusieurs collègues féminines, en particulier les fonctionnaires débutantes, ont fait état de tâches administratives, telles que la prise de notes, l'organisation de réunions et la gestion de la logistique, plutôt que leurs homologues masculins."

Chandni Singh a constaté que les femmes se heurtaient à des obstacles dans leur participation, telles que l'insuffisance d'installations de garderie d'enfants lors des réunions des auteurs principaux. "Cela impliquait que certaines femmes auteures sautent des réunions, note-t-elle. "Dans le monde actuel où les grandes conférences s'orientent vers des kiosques dédiés, des garderies sur place, j'espère que le GIEC évoluera avec le temps."

L’observation de Chandni Singh est conforme à l’étude du PNAS selon laquelle un tiers des personnes interrogées ont indiqué que la garde des enfants et les responsabilités familiales étaient des obstacles à leur pleine participation aux travaux du GIEC. Les responsabilités liées à la garde d'enfants constituaient un obstacle, en particulier pour les parents célibataires ou ceux avec des bébés. Plusieurs ont avoué que cette responsabilité pourrait avoir un impact négatif sur leurs performances au GIEC, note le rapport.

Obstacles


Reconnaissant les obstacles auxquels les femmes sont confrontées, l'organe scientifique a décidé en mars dernier de créer un groupe de travail sur le genre, présidé aujourd'hui par Patricia Nying'uro (Kenya) et Markku Rummukainen (Suède). Le groupe a tenu sa première téléconférence en juin et travaille principalement par voie électronique.

Il devrait solliciter des contributions des organisations membres et observatrices du GIEC sur les politiques et stratégies nationales et internationales pertinentes en matière d'égalité des sexes, ainsi que consulter d'autres organisations compétentes, a déclaré à SciDev.Net Kerstin Stendahl, secrétaire adjoint du GIEC, en Suisse.

Joy Pereira, professeure à l'Initiative de recherche sur la prévention des catastrophes en Asie du Sud-Est - Universiti Kebangsaan Malaysia (SEADPRI-UKM) et vice-présidente du groupe de travail 2 du GIEC, a pour sa part, déclaré à SciDev.Net que l'organisme scientifique devrait demander à ses hôtes d'assurer une plus grande participation des femmes, en particulier, les chercheures en début de carrière. "Peut-être que le GIEC demanderait également aux gouvernements de donner la priorité aux femmes scientifiques", a-t-elle ajouté.

Chandni Singh suggère que le GIEC propose des sessions de mentorat entre les vétérans et les nouveaux scientifiques afin de contribuer à la création d'un espace de dialogue et de dépannage. "Je pense que cela est vrai tant pour les femmes que pour les hommes, y compris les hommes de pays en développement qui n'ont peut-être jamais fait partie du GIEC et peuvent faire face à la discrimination ou développer le sentiment d'être des outsiders", dit-elle. Le groupe de travail sur l'égalité des sexes devrait rendre son rapport lors de la 49ème session du GIEC, en mai 2019.