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Les crises alimentaires, pourtant évitables grâce aux systèmes d'alerte rapide, ne cessent d'éclater.
  • Les systèmes de prévision de la faim n’incitent toujours pas à l’action

Les crises alimentaires, pourtant évitables grâce aux systèmes d'alerte rapide, ne cessent d'éclater.

Lecture rapide

  • Selon un rapport récent, les systèmes de prévision de la faim ont connu une nette amélioration au cours des 30 dernières années

  • Pourtant, les gouvernements et les organismes continuent de faire la sourde oreille aux alertes

  • Les obstacles politiques doivent être levés pour que des progrès soient réalisés en matière de prévention

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[LONDRES] Selon un rapport publié aujourd'hui (5 avril), de nouvelles améliorations scientifiques apportées aux systèmes de prévision de la faim ne sauveraient pas davantage de vies, si les humanitaires ne modifient pas leur approche et leur utilisation de ces données.

Bien qu'elles soient prévisibles grâce aux systèmes d'alerte rapide sophistiqués, les crises alimentaires continuent de faire des victimes. Selon les conclusions d'un rapport publié par le Chatham House, un groupe de réflexion indépendant basé à Londres au Royaume-Uni, cela s'expliquerait par le fait que les alertes seraient délibérément ignorées par les pays donateurs, les institutions et les autorités des pays concernés.

 

"Dans le rapport, nous essayons d'établir pourquoi les systèmes d'alerte rapide— qui ont fait des progrès spectaculaires au cours des 20 à 30 dernières années — sont efficaces dans la prévision des crises, sans pour autant inciter à la prise de mesures préventives", explique   Rob Bailey, chercheur à la Royal Institute of International Affairs, groupe de réflexion qui siège à Chatham House.

Le rapport, intitulé "Gestion du risque de famine : accompagner l'alerte rapide par des mesures rapides", s'inspire des récentes crises alimentaires survenues dans les régions de la Corne de l'Afrique et du Sahel, où '     les interventions ont été modestes malgré l es alertes lancées plusieurs mois avant l'éclatement des crises, comme l'a révélé SciDev.Net en 2011.

Selon le rapport, une crise alimentaire est une "catastrophe à évolution lente" qui laissant suffisamment de temps pour anticiper le problème et prendre des mesures de précaution.

Pourtant, si l'émission des alertes fonctionne bien, la prise des mesures de précaution est généralement inefficace, et ce pour diverses raisons. Le rapport émet ainsi plusieurs recommandations afin de mettre fin à cette inadéquation entre alertes et réponses.

 Les autorités des pays touchés doivent mettre l'accent sur le développement des capacités et la réduction de la vulnérabilité des groupes à risques, et les humanitaires renforcer leurs capacités au moyen de certaines mesures, notamment en prenant des dispositions pour l'approvisionnement d'urgence, souligne le rapport.

"L'une des choses auxquelles les pays donateurs doivent s'atteler concerne la mise en place d'un mécanisme mettant des fonds à disposition   dès qu'éclatent les crises , en réponse aux facteurs de risque qui déclenche 'nt une sècheresse, par exemple", recommande Bailey.

Le rapport soutient que les pays donateurs ' pour ce faire devraient préférer des méthodes de financement collaboratives.

Grâce aux innovations technologiques, notamment les satellites, les téléphones portables et d'autres technologies de l'information et de la communication,   les systèmes d'alerte rapide sont assez développés dans certaines régions ; pourtant, le rapport estime que les gouvernements doivent investir davantage dans les systèmes nationaux d'alerte rapide.

"Il arrive souvent que les communautés les plus vulnérables ne disposent pas de données dans une forme qui soit accessible et utilisable", explique Bailey.

 Il prévient toutefois qu'il est plus facile de mettre l'accent sur l'amélioration des systèmes d'alerte rapide que de s'occuper des insuffisances politiques et institutionnelles qui caractérisent le système humanitaire.

"Si nous ne commençons pas par trouver des solutions [aux lacunes politiques], nous ne pourrons pas améliorer la prévention de la faim" , a-t-il martelé.

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