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La technologie mobile au secours des personnels de santé de première ligne
  • La technologie mobile au secours des personnels de santé de première ligne

Crédit image: Mark Henley/Panos

Lecture rapide

  • Le système de santé sud-africain standard et paperassier est inefficace

  • Grâce à Mobenzi, le personnel de santé peut rapidement centraliser les données des malades

  • Il permet le diagnostic et le traitement des maladies, ainsi que l’aiguillage des patients, ainsi que la communication avec ceux-ci

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La télémédecine peut-elle relever les défis auxquels les services de santé sud-africains débordés font face ? Un reportage de Munyaradzi Makoni.

En Afrique du sud, tenir les dossiers médicaux, assurer les visites à domicile et suivre les patients au quotidien est une véritable gageure pour le personnel médical parce que les services de soins de santé primaires sont débordés et manquent de moyens.

La télémédecine, c’est-à-dire la prestation de soins de santé à distance grâce aux technologies de l’information de la communication(TIC) s’annonce très prometteuse dans ce pays qui fait face à une pénurie de personnel médical. Elle offre également une chance aux pourvoyeurs de soins privés qui innovent.
 
Mobenzi est une entreprise qui fournit les technologies et les services professionnels aux organisations impliquées dans la recherche, la collecte de données, la logistique et la prestation de soins de santé communautaires.

Grâce à une application mobile dont le but est l’amélioration de l’efficacité de la gestion des soins de santé, Mobenzi est devenu l’épine dorsale d’un projet de réorganisation des soins de santé publique.

Selon Andi Friedman, son Directeur, avant, la tenue des dossiers, l’établissement de rapports et la planification se faisaient sur papier, ce qui ne permettait pas l’accès à l’information en temps voulu.

« La charge de travail logistique et administrative qui pèse sur le personnel de santé réduit leur capacité à s’acquitter de leur mission principale, à savoir dispenser des soins de santé primaires efficaces, et l’indisponibilité des données complique la prise de décisions », constate-t-il.

Mobenzi a radicalement simplifié ces procédures, déclare-t-il.

“En renforçant les équipes mobiles afin qu’elles soient plus efficaces, en améliorant les rapports avec les équipements de soins de santé primaires et en soutenant le personnel de soins de première ligne, les communautés qu’elles aident en bénéficieront.”

Andi Friedman, directeur de Mobenzi


Mobenzi est mot-valise dérivé de l’adjectif « mobile » et du mot zulu « umsebenzi » (qui signifie travail). Ce système au personnel sanitaire d’introduire des données dans leurs téléphones mobiles qui transmettent ensuite des informations sur l’état du patient à un ordinateur central.

La création de Mobenzi remonte à l’année 2004 lorsque ce système fut mis au point par Clyral, un développeur de logiciels basé à Durban, et cette plateforme a été initialement conçue pour venir en appui aux organisations qui souhaitaient collecter des données variées en recourant à la technologie mobile dans divers domaines, notamment les soins de santé.

En 2006, Clyral avait mis au point Mobenzi Researcher qui permet aux organisations de collecter des statistiques pertinentes dans des localités éloignées grâce à de simples téléphones mobiles.

C’est ainsi qu’en 2007, lorsque Health Sytems Trust (HST), organisation sud-africaine à but non lucratif de promotion des soins de santé primaires en Afrique australe a voulu collecter des données en milieu rural, c’est tout naturellement qu’elle a porté son choix sur Mobenzi.

L’équipe de Mobenzi a utilisé les téléphones mobiles pour la collecte de données sanitaires auprès des communautés – une opération dont l’éclatante réussite a poussé les ingénieurs de Clyral à passer au développement d’une plateforme générique complète pour la collecte de données de terrain grâce aux téléphones mobiles.

Depuis lors, l’organisation n’a cessé de renforcer ses capacités, selon Friedman.

La phase pilote
 
En 2012, un projet pilote utilisant une version perfectionnée de Mobenzi a été lancée dans la province sud-africaine du Nord-Ouest.

Ce projet a été initié par le Conseil sud-africain de la recherche médicale et l’Université du Cap occident en partenariat avec les services de santé de la province du Nord-Ouest et le HST.

Il visait à démontrer que la technologie mobile peut soutenir le travail des agents de santé communautaires qui sont pour al plupart des femmes. Il s’agit d’équipes mobiles qui assistent des communautés qui autrement n’auraient pas accès aux soins de santé.

Trois cliniques, un chef d’équipe, et dix agents de santé communautaire fournissant des soins de santé à 1.600 ménages participent à ce projet.
Les données des patients sont centralisées et accessibles à travers Mobenzi et les agents de santé peuvent les mettre à jour à partir du terrain, et le programme est devenu un outil de gestion des tâches à accomplir et de programmation des rendez-vous avec les malades.

Le programme dispose d’outils d’aide permettant aux agents de santé communautaires de diagnostiquer et traiter les maladies, consulter à distance et référer électroniquement les patients aux spécialistes.

La messagerie texte intégrée au système permet de communiquer avec les patients et leur rappeler les rendez-vous. Les activités des agents de santé communautaire, le volume de travail et la vérification des données sont enregistrés, et l’interface web permet la supervision, l’établissement de rapports et l’enregistrement de nouvelles données.

Mobenzi peut fonctionner avec 500 modèles différents de téléphones, y compris les téléphones portables bon marché.

Rationaliser les soins de santé
 
D’après les explications de Friedman, à ce jour, le dispositif pilote de Mobenzi a permis d’automatiser la reprogrammation des rendez-vous suivant les plus récentes directives gouvernementales en matière de soins prénataux et postnataux aux enfants de moins de cinq ans.

Il permet aujourd’hui de référer facilement et électroniquement les patients aux spécialistes et d’avoir des informations sur le résultat de ces aiguillages, et les agents de santé peuvent désormais gérer l’intégralité de leurs tâches, y compris l’aide à l’observance thérapeutique, poursuit Friedman.

Par ailleurs, Mobenzi permet la soumission des rapports officiels sur le roulement du personnel et le suivi de la dispense des soins. En plus, les cliniques peuvent désormais déclarer les naissances grâce à la notification par messages textes envoyés aux centres de santé communautaires.

L’équipe mobile qui pilote le projet s’occupe actuellement de plus de 1200 patients et a organisé plus de 8.000 visites aux patients. Elle a facilité plus de 250 évacuations vers des cliniques, et 70 pour cent des patients ont accepté d’être référés.

Récolter les fruits de l’innovation 
 
En mai 2013, Mobenzi a été présélectionné pour le deuxième Prix de l’innovation pour l’Afrique qui récompense les solutions pratiques à certains des problèmes les plus inextricables du continent.

D’après Friedman, le projet doit sa réussite à son approche participative, grâce à laquelle les réactions de tous les intervenants, surtout ceux du terrain, sont utilisées pour orienter les interactions.

Cette approche est basée sur une plateforme technologique flexible permettant une configuration rapide en fonction des besoins. En outre, une équipe multidisciplinaire comprenant entre autre des spécialistes de la santé, des chercheurs et des ingénieurs permet une prise de décision rapide, explique-t-il.

« Les équipes mobiles sont les principaux intervenants dont le travail est impacté par cette technologie. En renforçant les équipes mobiles afin qu’elles soient plus efficaces, en améliorant les rapports avec les équipements de soins de santé primaires et en soutenant le personnel de soins de première ligne, les communautés qu’elles aident en bénéficieront », affirme Friedman.

Selon Ronel Visser, PDG par intérim de HST, les données de qualité ont un rôle capital à jouer dans la planification et la mise en œuvre efficace des projets de santé publique, et les initiatives comme Mobenzi joueront à l’avenir un rôle de premier plan dans les interventions sanitaires.

Mais, étant donné que des données sanitaires personnelles vont être transmises à distance, leur partage, leur stockage et leur gestion par les praticiens suscitent quelques inquiétudes

Afin de protéger le droit à la vie privée, Visser affirme qu’ils ont pris des mesures pour sauvegarder les données des patients afin qu’elles ne tombent pas dans de mauvaises mains. « Les questions de normes, de sécurité des données, de confidentialité et de mise en place des systèmes de sauvegarde efficaces sont des éléments importants à prendre en compte dans la planification des projets de ce type », dit-elle.

Coûts et durabilité
 
D’après Friedman, le plan national de développement de l’Afrique du Sud a choisi une approche centrée sur les agents de santé communautaires, et les prévisions de coûts de renforcement des compétences de ceux-ci grâce à la technologie mobile ne représentent qu’une fraction des coûts de gestion du programme des soins de santé primaire.

Ce projet est déjà repris ailleurs, avec la mise sur pied de deux autres équipes dans la province du Cap occidental et dont les activités seront principalement axées sur le diagnostic de la tuberculose et l’appui au traitement.
 
Cet article est tiré de la série Africa’s Minds: Build a Better Future produite par SciDev.Net en partenariat avec l’UNESCO, et avec le soutien financier de la Banque islamique de développement.

Article initialement publié par l’édition mondiale de SciDev.Net.


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