Rapprocher la science et le développement

  • Agir de toute urgence contre la malnutrition

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La science peut contribuer à l’élaboration des stratégies de lutte contre la malnutrition. Le plus difficile est de traduire les connaissances en actions concrètes.

La question de l’amélioration de la nutrition dans le monde en développement ne s’est jamais posée avec autant d’acuité. D’après l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, plus d’un milliard de personnes, soit le sixième de la population mondiale, ont un régime alimentaire si pauvre qu’ils risquent de souffrir d’une grave insuffisance pondérale, de marasme, ou de manquer les vitamines et sels minéraux nécessaires pour préserver une bonne santé (ces phénomènes étant tous des aspects de la malnutrition, ou sous-nutrition, sévère).

Et à mesure que la population augmente et que les climats locaux changent, ce chiffre est sûrement destiné à croître.

Par conséquent, l’atteinte de l’Objectif du Millénaire pour le Développement consistant à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d’ici 2015 semble de plus en plus improbable.

Les problèmes nutritionnels ne sont pas une exclusivité des pays les plus pauvres. Les pays en développement à forte taux de croissance font de plus en plus face au double problème de la ‘sous-nutrition’, associée à la ‘surnutrition’, à mesure que les populations adoptent des régimes moins nutritifs (mais riches en calories) et des modes de vie plus sédentaires.

Les scientifiques ont maintes fois prouvé que la malnutrition, qu’il s’agisse d’un manque de protéines, d’une carence en micronutriments ou d’une consommation exagérée de lipides, accroît le risque de maladie et de la mort. On a de plus en plus de preuves qu’une alimentation mal équilibrée au cours des premières années de vie peut causer des dégâts irréversibles pour le développement du cerveau, entraînant des effets néfastes sur la productivité d’un individu plus tard dans la vie active, se traduisant par des diminutions dans les moyens de subsistance.

Tout n’est pourtant pas si sombre. La malnutrition sous toutes ses formes est parfaitement évitable. Et grâce à une maîtrise accrue des interactions entre malnutrition et maladie, nous disposons d’une vaste quantité de données sur la stratégie à adopter, et à quel moment, afin de s’attaquer de façon efficace au problème. En réalité, le défi consiste dorénavant à mettre ces connaissances en pratique.

Feu de projecteur sur l’alimentation


Cette semaine, le Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net) publie un dossier spécial sur la nécessité de d’impulser la nutrition dans le monde en développement, avec une série d’articles d’opinion et de fond. Ces articles examinent certains des ressorts de la malnutrition, notamment les chocs économiques récents qui ont privé des millions de personnes de l’accès aux aliments nutritifs, les maladies infectieuses qui empêchent au corps humain d’assimiler les nutriments essentiels, ou les effets des changements climatiques qui altèrent la valeur nutritionnelle des denrées alimentaires essentielles.

Dans une présentation contextuelle, nous évaluons l’incidence de la malnutrition, en expliquons les effets sur la santé des enfants et des adultes, et mettons un accent sur certaines des solutions auxquelles les décideurs peuvent recourir (voir Le défi de l’amélioration de la nutrition : faits et chiffres).

Dans un article d’opinion associé, Andrew Thorne-Lyman et Wafaie Fawzi, chercheurs à l’université de Harvard, affirment qu’il faut insister sur la mise en œuvre d’interventions nutritionnelles scientifiquement prouvées, comme la sécurisation de l’accès aux micronutriments tels que la vitamine A ou le zinc, qui jouent un rôle essentiel dans la prévention et le traitement des maladies infectieuses (voir XXXX FRENCH TITLE).

Suresh Babu de l’Institut international pour la Recherche sur les Politiques alimentaires à Washington, réitère l’importance d’interventions comme les suppléments alimentaires, en soutenant qu’elles doivent être accompagnées de politiques de protection sociale, tels que les programmes travail contre nourriture, afin de préserver la nutrition des populations vulnérables en temps de crise économique (voir La sécurité nutritionnelle en question).

Pour Jørgen Schlundt, Directeur du Département de la Sécurité sanitaire des aliments, des zoonoses et des maladies d’origine alimentaire à l’OMS, la nutrition pourrait être considérablement améliorée si le problème de la sécurité sanitaire des aliments était également résolu dans le monde en développement (voir Food safety is critical to nutrition security XXXX FRENCH TITLE).

D’autres acteurs prônent l’utilisation de nouvelles découvertes scientifiques et de nouvelles technologies pour soutenir les interventions nutritionnelles. Ainsi, Jim Kaput, de l’Agence pour les Aliments et les Médicaments des Etats-Unis (Food and Drug Administration), explique en quoi la nutrigénomique, une science naissante étudiant les interactions entre gènes et nutriments, pourrait aider au développement de politiques nutritionnelles mieux adaptées aux besoins spécifiques des populations, et ainsi en accroître l’efficacité. Il prévient néanmoins que la nutrigénomique ne pourra proposer des solutions pratiques à brève échéance (voir Mettre la génétique à contribution dans la lutte contre la malnutrition).

Quoi qu’il en soit, nous devons identifier au pus vite des solutions au problème de la malnutrition. Lewis Ziska, physiologiste végétal au Département de l’Agriculture des Etats-Unis, s’inquiète du double problème posé par les changements climatiques. Des sécheresses et des inondations plus fréquentes vont saper la sécurité alimentaire, tandis que l’augmentation de la quantité du dioxyde de carbone dans l’atmosphère réduira la valeur nutritionnelle de plusieurs denrées alimentaires essentielles.

Ziska estime que la ‘biofortification’ des aliments, l’augmentation de leur valeur nutritionnelle par une modification génétique (GM), pourrait bien être la seule solution viable à ces problèmes (voir The 'hidden hunger' caused by climate change XXXX FRENCH TITLE).

Ainsi, les défenseurs des GM ont promis une révolution agricole, avec notamment un projet qui espère faire du manioc un repas complet. Or, comme le souligne Carol Campbell, cette révolution se fait attendre. Selon les observateurs, d’ailleurs, le problème est beaucoup plus complexe qu’une application de quelques modifications génétiques (voir NUTRITION SPOTLIGHT FEATURE).

Consensus sur la nécessité d’agir

Ces articles d’opinion sont la preuve que les solutions recommandées dans l’action contre la malnutrition varient d’un chercheur à l’autre. Tous sont cependant d’accord pour dire qu’il faut agir urgemment contre ce fléau. Avec plus d’un milliard de vies humaines en danger, les bailleurs internationaux et les gouvernements des pays en développement doivent agir immédiatement. Ils doivent s’efforcer à mettre en œuvre les mesures dont l’efficacité a été prouvée, afin de garantir, le plus tôt possible, la sécurité nutritionnelle de leurs populations.

Mais ils devront aussi accepter que les conséquences de la malnutrition ne seront pas effacées du jour au lendemain. Les conséquences du problème peuvent ainsi s’inscrire sur une longue durée. Certaines études, par exemple, suggèrent que lorsqu’un être humain souffre de la malnutrition avant l’âge de deux ans, cela peut avoir des conséquences néfastes sur la santé et la croissance impactant trois générations successives.

De même, il n’existe pas de solutions simples. Néanmoins, quelle que soit l’efficacité d’interventions nutritionnelles comme l’aide alimentaire ou les vitamines sous forme de gouttes, elles ne s’attaquent pas aux causes profondes de la malnutrition, qui se résument souvent à la pauvreté, et à l’absence de sensibilisation, de soins de santé, d’hygiène et d’assainissement.

En dernière lieu, le défi posé par la nécessité d’améliorer la nutrition dans le monde en développement est aussi celui de réduire de la pauvreté dans le monde.

Sian Lewis,
Editorialiste, SciDev.Net

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