Rapprocher la science et le développement

  • De grands programmes de recherche sur l'environnement s'associent

[ROME] Plusieurs programmes de recherche de renommée internationale, auteurs de la plupart des données scientifiques sur les changements environnementaux, vont s'associer dans le cadre d'une initiative décrite comme une 'mobilisation sans précédent' de la science pour aider le monde à s'adapter aux changements rapides à l'échelle planétaire.

Le Programme mondial de recherche sur le climat, le Programme international Géosphère-Biosphère, le Programme international des dimensions humaines des changements planétaires, et DIVERSITAS, le Programme international sur les sciences de la biodiversité, vont ainsi se regrouper pour constituer une stratégie intégrée sur la recherche des changements environnementaux, alliée aux sciences sociales.

Ensemble, ces programmes travailleront sous l'égide d'un cadre unique appelé Initiative pour la durabilité du système terrestre (en anglais Earth System Sustainability Initiative ou ESSI) pour la recherche internationale sur les changements environnementaux planétaires.

Des scientifiques représentant des académies nationales des sciences ou des organes apparentés de 140 pays, ainsi que 30 associations scientifiques internationales, ont approuvé cette initiative hier (28 septembre) qu'ils jugent d'une urgente nécessité pour fournir rapidement des données scientifiques pertinentes pour le développement humain face aux diverses menaces qui pèsent sur la planète.

'La science nous envoie un signal très fort', a déclaré Johan Rockström, Directeur exécutif de l'Institut de Stockholm pour l'environnement et du Centre de résilience de Stockholm en Suède lors de l'Assemblée générale du Conseil international pour la Science (ICSU), qui s'est tenue en Italie cette semaine (du 27 au 30 septembre).

En présentant des graphiques retraçant l'accélération de la disparition des espèces, la réduction de la forêt tropicale, la diminution des stocks de poisson, l'acidification des océans, les émissions de dioxyde de carbone et d'autres dégâts causés aux systèmes planétaires, Rockström a relevé qu'elles suivent toutes des courbes identiques ayant la forme d'un bâton de hockey, avec une hausse exponentielle à la fin du 20ème siècle.

'Nous avons un nombre de pressions exponentielles qui s'exercent sur la planète', a détaillé Rockström pendant la conférence. 'Les courbes de tous les éléments essentiels pour le développement économique [et toutes les autres mesures du progrès] se ressemblent', a-t-il expliqué, ajoutant que les changements climatiques ne constituent que l'un des neuf 'seuils' planétaires dont le franchissement serait désastreux.

'Aujourd'hui, la science doit franchir un palier supplémentaire pour apporter des réponses aux questions qui se poseront au monde au cours de la prochaine décennie'.

Cette réforme institutionnelle, conduite par l'ICSU, le Conseil international pour la science, des agences onusiennes et le Forum Belmont, (un groupe constitué de plusieurs grands organismes de financement de la recherche sur les changements environnementaux), a été unanimement approuvée lors de la conférence, même si certains représentants des programmes ont préconisé un calendrier de réformes plus étalé dans le temps.

Selon l'ICSU, le nouveau programme décennal de l'ESSI sera 'conçu comme un réseau de recherche internationale d'avant-garde, très intégrateur, flexible et réactif'.

Pour Röckstrom, qui co-préside l'équipe qui supervise la conception et la mise en œuvre rapide de cette initiative, il existe de plus en plus de preuves que nous avons besoin d'une science intégrée'.

'Il ne suffit plus aujourd'hui de pratiquer les différentes disciplines en isolation. Nous devons réduire les incertitudes, combler les lacunes et améliorer les prévisions, et cela ne peut être fait qu'au moyen d'une collaboration.'

Selon lui, le principal résultat escompté de cette initiative est de faire émerger les connaissances nécessaires à nos sociétés pour faire face aux risques environnementaux. C'est pourquoi les spécialistes des sciences naturelles doivent collaborer avec les chercheurs en sciences sociales et les économistes.

Regrouper les infrastructures et les secrétariats de tous les programmes contribuerait au renforcement de leur impact global, par exemple en créant une voix unique pour transmettre des messages aux décideurs politiques, soutient-il.

En outre, la nouvelle structure devrait attirer plus de financement.

Maria Uhle, directrice de programme à la direction des géosciences de la National Science Foundation des Etats-Unis, estime que la nouvelle approche permettra d'éviter toute duplication des travaux de recherche et facilitera la tâche des équipes internationales de scientifiques qui n'auront plus à chercher un accord pour financement par une multitude de pays hôtes avant le démarrage d'un projet.

Le lancement formel de cette initiative se fera en deux étapes, d'abord à la Conférence Planet Under Pressure (Planète sous pression) au Royaume-Uni du 26 au 29 mars 2012, et ensuite lors de la Conférence des Nations Unies Rio+20 sur le développement durable au Brésil du 4 au 6 juin 2012.

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