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  • Comment collaborer avec les agriculteurs sur les cultures GM

Les agriculteurs seraient plus susceptibles d'adopter les cultures GM s'ils taient impliqus de manire approprie dans la mise au point des varits, selon Obidimma Ezezika et Justin Mabeya.

Ladoption rapide des cultures gntiquement modifies (GM)dans les pays en dveloppement pose un dilemme dans llaboration des programmes de biotechnologies agricoles : quand et comment les chercheurs doivent-ils impliquer les agriculteurs dans le processus de dveloppement de nouvelles espces?

Si les agriculteurs sont associs trop tt, ils risquent de nourrir de trop grandes attentes que les projets pourraient ne pas combler. Les impliquer trop tard pourrait entraner une faible adhsion la technologie.

Pour mieux comprendre quand, et comment, impliquer les agriculteurs dans le processus, nous avons interview des experts agricoles de cinq pays dAfrique sub-saharienne, notamment des exploitants individuels et des associations dagriculteurs, des producteurs de semences, des chercheurs, et des organisations non gouvernementales.

Il est essentiel dcouter les agriculteurs au cours des tapes prliminaires du processus de dveloppement des cultures OGM, et cela peut permettre dviter que la technologie soit perue comme impose. Mais ce processus doit tre graduel. Dans lidal, cette implication devrait atteindre son maximum un an avant que la technologie soit disponible, au moment o les agriculteurs slectionnent le matriel vgtal pour la saison suivante.

Cela permettrait de sassurer que les attentes des agriculteurs pourront tre combles. Lenthousiasme des agriculteurs et des producteurs de semences impliqus dans le projet du Mas rsistant aux insectes pour lAfrique (Insect resistant Maize for Africa), au Kenya, a par exemple t refroidi par la livraison tardive des produits du mas.

Les gestionnaires de programmes de biotechnologie agricole doivent dire la vrit sur les limites dun projet, comme les obstacles techniques et rglementaires susceptibles de retarder ou de faire chouer le dveloppement dun produit. Ils doivent aussi expliquer la diffrence entre la recherche et le produit final et souligner que le dveloppement despces transgniques peut prendre dix ans, voire plus, comme ce fut le cas pour le projet du Mas rsistant aux insectes pour lAfrique.

Le rle de la communication est essentiel. Il faut tre optimiste, mais raliste, en adressant des messages portant sur les nouvelles cultures GM et leur capacit rsoudre un problme comme la rsistance aux insectes, la tolrance aux herbicides et la rsistance la scheresse.

Des campagnes dinformation, lances en direction des agriculteurs et portant sur les projets de dveloppement de nouvelles varits, peuvent les inciter simpliquer en leur donnant lopportunit den valuer les avantages potentiels. Si les agriculteurs participent la prise de dcisions, il est plus facile dentretenir leur implication et de grer leurs attentes.

Limplication des agriculteurs est facilite par lemploi de versions amliores des varits quils utilisent traditionnellement, et cela peut constituer un tremplin pour lintroduction des cultures GM. Les essais en champ plutt quen lieux confins peuvent permettre aux agriculteurs dvaluer le temps ncessaire au dveloppement de nouvelles technologies et, ainsi, temprer leurs attentes. Lorsquils sont combins aux essais de terrain en milieu confin, les essais en champ sont aussi susceptibles de gagner la confiance des agriculteurs dans les cultures GM, puisquaprs tout, voir cest croire.

Les taux dadoption tendent tre levs quand les agriculteurs participent activement au dveloppement de la technologie. En Afrique du Sud, par exemple, le ministre de lAgriculture avait mis sur pied en 2005 le Programme dappui aux agriculteurs [1], dont lobjectif tait de faciliter laccs des agriculteurs aux technologies dveloppes par le Conseil de la recherche agricole et de les aider les adopter. Dans le cadre dudit programme, les agriculteurs taient invits simpliquer au travers de la formation et des dmonstrations en champ.

Le dveloppement du quncho, [2] une nouvelle varit de tef (la crale la plus consomme en Ethiopie), par le Centre de recherche agricole Debre Zeit en Ethiopie, est la preuve des avantages que comporte une telle approche. En impliquant les agriculteurs au moyen de la slection et de la reproduction des varits ainsi que des essais en champs participatifs, la zone plante est passe de 150 hectares en 2006 2938 hectares en 2009, et les rendements ont doubl pour atteindre 2,2 tonnes lhectare.

Les proccupations dordre religieux et culturel, relatives par exemple limpact potentiel des nouvelles technologies sur les systmes de semence traditionnels peuvent compliquer ladoption des cultures GM par les agriculteurs. Comprendre ces proccupations et y rpondre au moyen dun dialogue continu peut aider les agriculteurs adopter la technologie.

Lune des stratgies de promotion de ladoption des varits GM consiste cooprer, plutt quavec plusieurs petits exploitants, avec quelques agriculteurs progressistes qui tabliront ensuite la liaison avec les autres agriculteurs. Les progressistes sont ceux qui, par exemple, ont de bons rendements et se voient solliciter par dautres agriculteurs pour leurs conseils, ou bien ceux qui dirigents des associations de fermiers.

Cette stratgie, qui consiste cibler les agriculteurs qui serviront dinterface, a t employe avec succs dans divers programmes en Afrique. [1,3,4] Son efficacic repose sur une communication claire autour du projet.

La collaboration avec dautres organisations locales, comme les producteurs de semences ou les socits coopratives, pour mettre profit leurs rseaux de relations et leur exprience, peut galement contribuer la sensibilisation et lchange dinformations.

Le travail de concert avec les producteurs de semences un stade prliminaire de slection et de dveloppement des varits de cultures peut permettre dassurer que les agriculteurs en bnficient. Et la collaboration avec le gouvernement est essentielle. Les agriculteurs font partie intgrante du processus de dveloppement des cultures GM. Il est important de collaborer avec eux ds le dbut du processus et de reconnatre limportance de leurs connaissances et de leurs conseils. Mais les chercheurs doivent prendre des prcautions pour ne pas faire de promesses et susciter des attentes qui pourront ne pas tre satisfaites.

Obidimma C. Ezezika est chef de programme et Justin Mabeya, chercheur consultant, tous deux au Centre Sandra Rotman du Rseau universitaire de la sant et lUniversit de Toronto Toronto au Canada.

Références

 [1] Kimaro, W. H., Mukandiwa, L. and Mario, E. Z. J. (eds) Towards improving agricultural extension service delivery in the SADC region. Proceedings of the Workshop on Information Sharing among Extension Players in the SADC Region, 26–28 July 2010, Dar es Salaam, Tanzania (2010).

[2] Assefa, K. et al. Quncho: The first popular tef variety in Ethiopia. International Journal of Agricultural Sustainability 9, 25–34 (2011).

[3] Amudavi, D. M. et al. Assessment of technical efficiency of farmer teachers in the uptake and dissemination of push-pull technologies in western Kenya. Proceedings of the 25th Annual Meeting of Association for International Agricultural and Extension Education (AIAEE), 24– 27 May 2009, International San Juan Resort, Puerto Rico (2009).

[4] Glendenning, C. J., Babu, S. and Asenso-Okyere, K. Review of agricultural extension in India: Are farmers' information needs being met? International Food Policy Research Institute (2010).

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