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A l'issue d'un essai clinique de deux ans au Burkina Faso, impliquant 2.000 enfants, un groupe de chercheurs ont montré qu'un nouveau modèle de moustiquaires permet de réduire de 12% le nombre de cas de paludisme clinique.
 
Olyset Duo est décrit par ses concepteurs comme une moustiquaire à double imprégnation associant pyriproxyfène, un régulateur de croissance des insectes et perméthrine, un insecticide pyréthroïde, tous deux incorporés dans des fibres de polyéthylène.

“Si nous avions étendu notre essai à l'ensemble du Burkina Faso, nous aurions réduit le nombre de cas de paludisme de 1,2 million.”

Steve Lindsay - Université de Durham

L'étude, publiée dans la revue The Lancet du mois dernier, est le fruit d'une collaboration entre scientifiques de l'Université de Durham (Royaume-Uni), du Centre national de recherche sur le paludisme (Burkina Faso), de l'École de médecine tropicale de Liverpool et de l'Institut de santé publique et tropicale suisse (Suisse).
 
En plus de la réduction du nombre de cas de paludisme clinique, les chercheurs ont établi que les enfants qui dormaient sous les nouvelles moustiquaires étaient 52% moins susceptibles d’être modérément anémiques que ceux qui se protégeaient avec une moustiquaire classique.
 
Dans une communication publique, Steve Lindsay, de l'Université de Durham, estime que "cette étude est importante, car la lutte contre le paludisme en Afrique subsaharienne a stagné, en partie parce que les moustiques s’adaptent et deviennent résistants aux insecticides à base de pyréthroïdes utilisés pour traiter les anciennes moustiquaires."
 
"Si nous avions étendu notre essai à l'ensemble du Burkina Faso, nous aurions réduit le nombre de cas de paludisme de 1,2 million", poursuit le chercheur.
 
Pour sa part, Alfred Tiono, chef du département de santé publique du Centre national de recherche et de formation sur le paludisme, au Burkina Faso, qui a mené l’étude sur le terrain, indique que dans la région de Banfora, où l’étude a été menée, les travaux ont montré que plus de 80% de ces vecteurs survivent à l’exposition à des doses supposées létales d'insecticides.
 
Au cours de l'étude, les moustiquaires conventionnelles dans 91 villages de la région ont été remplacées par des moustiquaires contenant de la perméthrine et du pyriproxyfène.
 
Ce dernier composé est une sorte de leurre hormonal, qui force la larve des insectes à rester à ce stade, en inhibant la métamorphose et l'embryogenèse, l'empêchant ainsi d'atteindre la maturité sexuelle.
 
Dans une interview avec SciDev.Net, Alfred Tiono précise que l'étude a été conduite dans le cadre des activités du consortium AvecNet [African Vector Control: New Tools], qui comprend plusieurs partenaires du Nord et du Sud.
 
Le Burkina Faso a été choisi pour abriter les études de terrain, en raison de l’expérience du Centre national de recherche et de formation sur le paludisme (CNRFP) dans la conduite d'études de grande envergure, mais aussi à cause du fardeau que cette maladie représente pour le pays.

Innocuité

Vu que les produits utilisés constituent une nouvelle association chimique destinée à une utilisation grand public, les chercheurs insistent expressément sur leur innocuité.
 
"Le pyriproxyfène n’est pas en soi un nouveau composé chimique", relève ainsi Alfred Tiono, précisant que c’est son usage pour une double imprégnation associant la perméthrine qui est novateur.
 
"Le pyriproxyfène a été largement utilisé dans l’agriculture et dans d’autres contextes pour lutter contre les insectes ; son innocuité a été prouvée lorsque l’utilisation obéit aux doses recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé", ajoute le chercheur.
 
Un avis partagé par Cheikh Sokhna, épidémiologiste et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), à Dakar.
 
Dans un entretien avec SciDev.Net, ce dernier explique que "les produits utilisés [dans le nouveau modèle de moustiquaire] ne sont pas nuisibles à la santé humaine."

Résistance

Toutefois, il reste qu'au regard des résistances passées développées par les moustiques, on peut s'interroger sur les capacités de la nouvelle association thérapeutique de tenir tête à une nouvelle résistance.
 
Pour Alfred Tiono, "l’histoire nous enseigne que les vecteurs du paludisme ont une grande capacité d’adaptation."
 
"Nous ne pouvons donc pas exclure qu’à terme, le moustique anophèle trouve une parade à ce nouveau produit."
 
Cependant, estime le chercheur, associer ces deux composés (pyriproxyfène et perméthrine) qui ont deux mécanismes d’action complètement différents est une approche novatrice qui permettra de prévenir, sinon de retarder au maximum l’émergence d’une résistance."
 
Selon Alfred Tiono, la communauté scientifique aura probablement eu suffisamment de temps pour engranger de grandes victoires dans la bataille contre cette maladie et mettre au point de nouvelles armes pour la lutte.
 
De son côté, Cheikh Sokhna estime que "dans la mesure où le pyriproxyfène est un régulateur de croissance (qui mime l’action de l’hormone juvénile empêchant le passage de la larve au moustique adulte), la vitesse de propagation d'une éventuelle résistance sera assez lente."
 
En attendant, pour Cheikh Sokhna, "la nouveauté, voire l’originalité de cette nouvelle MILDA [Moustiquaire imprégnée à longue durée d’action], c’est qu’en remplaçant le synergiste piperonyl butoxide (PBO) par un régulateur de croissance (pyriproxyfène), on a l’avantage de combiner lutte imagocide (ciblant le moustique adulte) et lutte antilarvaire (ciblant la larve), ce qui fait sans doute de Olyset Duo une très bonne approche intégrative."
 
Les chercheurs ont travaillé en collaboration avec un partenaire industriel japonais, Sumitomo Chemical, spécialisé dans la production et la commercialisation des moustiquaires.
 
Ils disent espérer que ces résultats vont stimuler la poursuite du développement de ces nouvelles moustiquaires pour une éventuelle commercialisation.
 
"A la lumière de ce qui se passe actuellement au niveau de lutte contre le paludisme, avec les différents mécanismes de financement mis en place pour subventionner l’accès des pays aux intrants (moustiquaires, tests de diagnostic rapide, combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinines), ces nouvelles moustiquaires pourraient bénéficier de la même dynamique, ce qui les rendrait financièrement accessibles aux populations", note Alfred Tiono.

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