29/10/20

Une base de données pour analyser les forêts d’Afrique centrale

Rainforest
Crédit image: Tim Waters (CC BY-NC-ND 2.0)

Lecture rapide

  • Pendant 20 ans, des chercheurs ont évalué le stock de carbone sur 100 000 hectares de forêts dans 5 pays
  • Les informations recueillies vont aider à réaliser des analyses et études sur la forêt tropicale humide
  • Ces données peuvent aussi aider les pays de la région à obtenir des financements internationaux

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Une base de données à utiliser pour des analyses sur les forêts tropicales humides et leurs stocks de carbone a été lancée au profit de la communauté scientifique internationale par le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) et l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
 
Il s’agit de la séquestration du dioxyde de carbone (CO2) de l’atmosphère dans la matière organique (bois, feuilles, litière, etc.) de la végétation à travers le processus de la photosynthèse. C’est ce stock de carbone forestier que les chercheurs ont pu estimer à l’échelle du bassin forestier de l’Afrique centrale.
 
Le travail a porté sur quelques 100 000 hectares de forêts denses d’Afrique centrale soit environ 12 millions d’arbres mesurés et identifiés dans cinq pays.
 
Aussi ont-ils pu recueillir les informations qui, selon Pierre Ploton, chercheur à l’IRD, permettent aux scientifiques de décrire l’état actuel de cet écosystème forestier et de mieux comprendre son fonctionnement. 

“Les données acquises et stockées dans cette base pourraient permettre aux pays de réaliser des synthèses plus précises et transparentes de l’évolution de leurs ressources”

Bienvenu Ngoy, président forum national CEFDHAC-RDC

Les informations recueillies pendant environ 20 ans ont été compilées dans une base de données dénommée CoFor (Congo Basin Forests) accessible sur demande et utilisée uniquement à des fins de recherche scientifique.
 
« La compilation de données d’inventaire sur des superficies larges permet d’avoir une représentation plus exhaustive de la diversité des forêts, mais aussi de faire fi des spécificités locales des forêts sur tel ou tel site d’échantillonnages, pour pouvoir tirer des conclusions plus générales », indique Pierre Ploton, auteur principal de l’étude publiée dans la revue Nature-Scientific Data.
 
Le chercheur ajoute que ces données ont vocation à alimenter différentes analyses scientifiques sur les forêts denses d’Afrique centrale.
 
Par exemple, dit-il, « elles pourraient permettre d’étudier l’influence du climat (pluviométrie moyenne annuelle, durée de la ou des saison(s) sèche(s), température annuelle moyenne) sur les quantités de carbone que stockent les forêts de la région et aussi permettre la mise en place et l’évaluation de cartes de stocks de carbone sur l’ensemble du bassin forestier ».
 
La production de telles cartes nécessite, d’après les explications de Pierre Ploton, « de disposer d’un jeu de données de référence où les stocks de carbone ont été mesurés en diverses localisations, afin d’entrainer un modèle statistique qui va permettre de prédire ces stocks là où ils n’ont pas été mesurés ».
 
D’où l’importance de cette base de données pour servir de référence pour ce type d’exercice, souligne le chercheur.
 

Financements internationaux

Bienvenu Ngoy, président du forum national en République démocratique du Congo de la Conférence des écosystèmes forestiers denses et humides d’Afrique centrale (CEFDHAC-RDC), estime que cette base de données est « une solution au problème récurrent de la fiabilité des données ».
 
« Cette base de données peut faciliter la comptabilisation du stock de carbone et les calculs de niveau de référence ou les inventaires de ressources forestières », ajoute cet expert.
 
Il rappelle au passage les mécanismes de financements internationaux qui ont été mis en place pour aider les pays à favoriser une gestion durable des forêts, et « ainsi maintenir les filières d’exploitation vertueuses ».
 
« En permettant d’améliorer l’estimation des quantités de carbone forestier présentes sur leurs territoires nationaux, les données acquises et stockées dans cette base pourraient permettre aux pays de réaliser des synthèses plus précises et transparentes de l’évolution de leurs ressources, facilitant leur accès à ces paiements », soutient Bienvenu Ngoy.
 
Bien plus, « une base de données d'une échelle géographique assez large permet des études comparatives et semble être efficiente en termes des coûts d’exploitation pour plusieurs pays à la fois », estime l’intéressé.
 
Il conclut en disant que cette base de données constitue un véritable outil d'aide à la décision pour les pays de cette région en vue d’une bonne gestion de leurs ressources forestières.
 
Ce qui conforte Pierre Ploton qui pense que cette démarche de compilation de données d’inventaire sur les forêts et d’estimation des stocks de carbone forestier réalisée en Afrique centrale pourrait être reproduite sur d’autres bassins forestiers, à l’instar de l’Amazonie.

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