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En prélude à la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes (2021 - 2030) le Gobal Landscapes Forum (GLF - forum mondial sur les paysages) s’est tenu le 28 septembre à New York, dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies sur le climat.
 
Il a été l’occasion pour quelque 700 délégués de réfléchir et déterminer les stratégies à mettre en place pour la conservation et la restauration des écosystèmes, afin d’empêcher les températures moyennes postindustrielles d'atteindre ou de dépasser 1,5 degré Celsius.
 
Mamadou Moussa Diakhité, responsable du programme de gestion des terres, énergie et eau à l’Agence de développement de l’Union africaine (NEPAD) indique qu’un groupe d’experts et de scientifiques au niveau africain ont consacré plus d’une année à travailler pour donner un contenu clair à la notion de restauration de l’écosystème.

“Ce dont il s’agit ici, c’est de créer une diversité d’espèces et une diversité biologique, en l’occurrence la faune, par une approche dans laquelle les bénéfices sociaux, économiques et écologiques sont garantis ”

Peter Umunay, chercheur au département de foresterie et des sciences environnementales de l’université de Yale 

« En gros, dit-il, il s’agit de la réhabilitation, voire la régénération d’une zone dégradée, pour qu’elle retrouve ses fonctions écosystémiques et économiques. Ça peut être une forêt, une zone aride, une zone côtière, un milieu marin, etc. ».
 
« Cette définition permet d’embrasser beaucoup de types d’activités sur le terrain et de ne pas être rigide en nous enfermant dans une définition trop stricte », ajoute l’expert.
 
En prenant l’exemple de la dégradation d’une forêt à travers la perte totale d’arbres ou de la canopée, Peter Umunay, chercheur congolais en service au département de foresterie et des sciences environnementales de l’université de Yale (Etats-Unis) précise que la restauration est l’activité qui consiste à renouveler le couvert forestier en y mettant les arbres et en préservant tous les bénéfices possibles pour que l’écosystème soit fonctionnel
 
« On peut planter des eucalyptus ou des arbres fruitiers partout. C’est aussi la restauration. Mais, ce dont il s’agit ici, c’est de créer une diversité d’espèces et une diversité biologique, en l’occurrence la faune, par une approche dans laquelle les bénéfices sociaux, économiques et écologiques sont garantis », insiste-t-il.
 
Interrogé par SciDev.Net à l’occasion du forum de New York, Mamadou Moussa Diakhité, fait remarquer que l’Afrique n’est pas épargnée par cette dégradation de l’environnement et des écosystèmes.
 
« Les dernières études réalisées par différentes institutions montrent que le continent compte en ce moment un peu plus de 700 millions de terres, de forêts et d’écosystème dégradés », confie-t-il.
 

République démocratique du Congo

 
Le cas spécifique de la République démocratique du Congo (RDC), deuxième poumon écologique mondial, est invoqué par Peter Umunay qui est par ailleurs conseiller technique au World Conservation Monitoring Centre (WCMC - Centre mondial de surveillance de la conservation de la nature) du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).
 
« La RDC vient de passer d’un pays à haut couvert forestier avec faible taux de déforestation à un pays à haut couvert forestier avec un taux de déforestation qui commence à être élevé », dit-il d’emblée.
 
« Les études ont démontré que tout cela est dû premièrement à l’exploitation du bois, y compris le bois-énergie, qui est une très grande cause de la dégradation des forêts. Mais, il faut aussi considérer l’agriculture itinérante sur brûlis et la démographie ».
 
En effet, explique-t-il, avec la population qui augmente, il y a une demande accrue de ressources forestières, en l’occurrence le bois-énergie, le bois pour la construction et le bois d’œuvre qui est souvent exporté.
 
L’universitaire ajoute à ces facteurs actuels les menaces futures que représentent de plus en plus l’exploitation minière, le développement des infrastructures, l’exploitation du pétrole, etc.
 
Face à cette situation, des programmes de restauration existent d’ores et déjà afin d’atteindre l’objectif de 2 milliards d'hectares d'écosystèmes terrestres et aquatiques restaurés pour atteindre l'équilibre environnemental, selon le GLF.
 

Engagements

 
En Afrique, l’on a ainsi l’Initiative pour la restauration des paysages forestiers africains (AFR100) portée par l’Union africaine et dont la finalité est « de restaurer 100 millions d’hectares de paysages déboisés et dégradés en Afrique d’ici 2030 ».
 
28 pays adhèrent pour l’heure à cette initiative avec des engagements qui vont de 0,5 million d’hectares de terres à restaurer pour le Bénin à 15 millions d’hectares pour l’Ethiopie.

 

 
Outre ce programme, Mamadou Moussa Diakhité cite « la Grande muraille verte qui regroupe onze pays africains de la bande sahélo-saharienne pour restaurer les terres dégradées, afin qu’elles retrouvent leur productivité agricole et économique ».
 
Mais l’un des projets les plus spectaculaires en la matière sur le continent est celui de la restauration du lac Tchad qui est menacé d’assèchement après avoir perdu environ 90% de sa superficie depuis 1960.
 
Et pourtant, le projet Transaqua, qui consiste à le renflouer en creusant un long canal pour y transférer les eaux du fleuve Oubangui ne séduit pas tout le monde.
 
C’est le cas d’Hindou Oumarou Ibrahim, coordinatrice de l’association des femmes peules et peuples autochtones du Tchad et ambassadrice du secrétaire général de Nations unies pour les Objectifs du développement durable (ODD).
 

Réserves

 
Au sortir du forum de New York, elle a confié à SciDev.Net ses réserves sur la viabilité et l’efficacité de ce projet qui, pour elle, « n’est pas une solution et ne peut pas être une solution durable ».
 
« Tous les écosystèmes du monde sont liés et c’est ce qui assure l’équilibre de notre planète. En procédant à ce transfert des eaux, on va déstabiliser l’écosystème de ce fleuve et créer une crise là où il n’y en a pas », dit-elle.
 
« Le problème n’est pas de renflouer le lac avec de l’eau, mais c’est l’évaporation même de ces eaux. Pourquoi ne pas prescrire juste des solutions qui peuvent s’implémenter autour du lac Tchad ? Pourquoi ne pas aider les communautés à planter des arbres pour maîtriser l’évaporation de ces eaux qui restent ? » s’interroge Hindou Oumarou Ibrahim.
 
Selon elle, il n’est d’ailleurs pas possible de restaurer le lac Tchad tel qu’on l’a connu. « Personnellement, je n’y crois pas, même en rêve. Car, la population vit juste au bord du lac actuel. Donc, il n’est pas envisageable de retrouver les 25.000 km² d’avant. »
 
Cependant, l’ambassadrice ODD du secrétaire général des Nations unies estime qu’on peut restaurer les écosystèmes qui sont autour du lac et limiter les dégâts qui sont en train de se faire, s’il y a la volonté des Etats riverains, s’il y a l’implication efficace des communautés et s’il y a des investissements pour leur développement.
 
Les Africains espèrent justement que le forum de New York permettra de drainer davantage de financements et de partenariats techniques à même d’aider à relever les défis associés à la restauration des écosystèmes sur le continent.
 
Au rang de ces défis figurent la cartographie des zones dégradées, des études en vue de la collecte des données et du renforcement des connaissances, la communication en vue de la diffusion des bonnes pratiques, l’introduction de la question de la reforestation dans les politiques publiques, ainsi que la mobilisation des ressources.