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[YAOUNDE, CAMEROUN] 71% du bois en provenance du Congo sont issus de la coupe illégale. Ce qui place ce pays au premier rang des nations les plus touchées au monde par l’abattage illégal du bois et l’expose aux conséquences de cette pratique sur le changement climatique.
 
Telle est la révélation d’une étude dont les résultats ont été rendus publics ce 26 septembre 2018 à l’occasion de la toute première édition de la conférence africaine sur les politiques forestières (Aforpolis - African forest policies and politics), qui s'est tenue du 24 au 27 septembre à Yaoundé (Cameroun), à l’initiative de l’IUFRO (International Union of Forest Research Organizations - Union internationale des instituts de recherches forestières.)
 
Cette étude, présentée par Serge Mandiefe Piabuo, chercheur au World agroforestry centre (ICRAF - Centre mondial d’agroforesterie), portait sur l’impact de l'abattage illégal du bois sur le changement climatique à travers les cas de pays producteurs de bois du bassin du Congo et d'Asie.

“Quand on coupe le bois, on doit le remplacer. C’est pour cela qu’on encourage la coupe légale. Parce que, dans la coupe illégale, cette précaution n’est pas prise”

Mandiefe Piabuo, chercheur, ICRAF

"Du point de vue du développement durable, quand on coupe le bois, on doit le remplacer. C’est pour cela qu’on encourage la coupe légale. Parce que, dans la coupe illégale, cette précaution n’est pas prise", explique le chercheur.
 
Or, dit-il, la perte ou la réduction de la couverture forestière s’accompagne d’une perte de services environnementaux.
 
Ainsi, "la capacité de séquestration du carbone des forêts est fortement réduite, à cause de l’abattage illégal", conclut Serge Mandiefe Piabuo.
 
Cependant, pour préserver la couverture forestière, tous les participants s’accordent sur le fait qu’il n’est pas question de stopper l’exploitation du bois, étant donné que l’homme en aura toujours besoin, par exemple pour la construction.
 
D’où l’insistance de Martin Tchamba, chef du département de foresterie à l’université de Dschang (Cameroun) : "L’exploitation forestière légale qui est faite sur des espaces aménagés a plutôt des bénéfices environnementaux, sociaux et même économiques", explique-t-il.
 
C’est d’ailleurs le sens d’une autre étude menée par Martin Claude Ngueho Yemele, de l’université Laval (Canada) et intitulée "Using Wood to mitigate Climate Change in Africa : Lessons learned from Quebec Policy Experiences" ("Utilisation du bois pour atténuer les changements climatiques en Afrique : leçons tirées des expériences du Québec".)
 
Présentée à cette conférence par Christophe Ndongmo, l’étude partage l’expérience du Québec qui, dès 2008, a lancé tout un programme d’utilisation du bois pour la construction, avec parmi les objectifs, l’augmentation de l’utilisation du bois dans la construction des maisons, la réduction des gaz à effet de serre et la production d’objets de qualité en bois.
 


A en croire cette étude, une évaluation récente de ce programme a montré qu’en dix ans, la proportion de bâtiments à structure en bois est passée de 15% à 28%.
 
Ces travaux révèlent enfin que pour assurer le succès de cette initiative, le gouvernement québécois avait prêché par l’exemple, en adoptant une charte recommandant l’usage du bois dans la construction de bâtiments municipaux.
 
"A travers cette conférence, nous jetons pour la première fois un regard assez précis sur l’état de la question de la forêt à l’échelle de toute l’Afrique sous l’angle des sciences sociales", affirme Symphorien Ongolo, enseignant et chercheur à l’université de Göttingen (Allemagne).
 
Interrogé par SciDev.Net, celui qui est aussi l’organisateur principal de la conférence de Yaoundé, précise que le savoir scientifique tiré de cette conférence sera publié dans un numéro spécial de la revue Forests policy and economics et les décideurs pourront s’en inspirer.
 
Surtout que même si la situation des coupes illégales de bois est moins grave ailleurs qu’au Congo, elle demeure préoccupante dans un certain nombre de pays du continent.
 
En effet, la part du bois illégal est estimée à 59% en République démocratique du Congo (RDC), 27% au Cameroun, 28% au Ghana, contre seulement 5% au Brésil.
 
"Ces taux reflètent la capacité des politiques à appliquer les règles en matière de gouvernance forestière. Sur ce point, le Cameroun a beaucoup évolué, notamment avec la signature de l’APV-Flegt, un accord de partenariat volontaire entre le Cameroun et l'Union européenne, pour contrôler la légalité et la traçabilité du bois", estime Serge Mandiefe Piabuo, de l’ICRAF.
 


"Au Cameroun, le marché local du bois est ravitaillé par les forêts communautaires; ce qui permet aux populations de participer à la gestion de nos ressources naturelles", précise Roger Bruno Tabue Mbobda, chef de l’unité de recherche et du suivi environnemental à la réserve de biosphère du Dja (Cameroun).
 
Néanmoins, d’importantes difficultés subsistent : "Les braconniers détruisent la forêt en coupant de jeunes arbres pour construire leurs campements. Les écogardes chargés de combattre le braconnage viennent amplifier ce phénomène, en mettant le feu à ces campements", rapporte ce chercheur.
 
"C’est un processus continu ; car, au fur et à mesure qu’on détruit les campements, les braconniers les reconstruisent", regrette Roger Bruno Tabue Mbobda.
 
Evoquant la situation de son pays, Eliezer Majambu, étudiant à l’université de Kisangani et représentant de la RDC à la conférence, estime que "les forêts se dégradent parce que les gens qui vivent tout autour ne dépendent que de ces forêts qui sont pour eux une source de revenus".
 
"Le taux élevé des coupes illégales dans notre pays s’explique par le fait que le secteur forestier commence à peine à s’organiser avec les textes d’accompagnement du code forestier qui viennent juste d’être publiés", explique-t-il.
 
"Il faudrait que de telles conférences se multiplient et j’invite les chercheurs congolais à y participer davantage parce que la question forestière mobilise beaucoup d’enjeux", conclut Eliezer Majambu.