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[ANTANANARIVO] La chenille légionnaire d’automne (Fall armyworm - FAW) qui crée depuis début 2016 des ravages dans les champs d'Afrique, infeste et menace les plantations de maïs de la Grande Île.

Cette céréale est un aliment clé pour une partie de la population et aussi un substitut naturel du riz, l’aliment de base pour la majorité des habitants, durant la période de soudure (novembre-mars).

"C’est une menace et pour l'instant, on n'a pas encore réussi à évaluer l'ampleur des dégâts", indique Herisolo Razafindraleva, enseignant-chercheur au département d'entomologie à l’université d’Antananarivo.

“La lutte chimique n’est pas durable, elle est mal maîtrisée en Afrique et a un coût élevé.”

Nirina Christophe Rakotoarimanga

De l’avis du scientifique, la noctuelle menace la totalité des 290.000 ha de surfaces cultivées sur l’île.

Tout comme Hajasoanirina Rakotomandimby, secrétaire général de la Coalition paysanne de Madagascar (CPM), l’entomologiste anticipe sur le déséquilibre de la chaîne alimentaire et ses effets d’entraînement sur l’économie et la sécurité alimentaire.

"Le maïs est une composante indispensable de la production de provendes. Les perturbations dans le système de culture se répercuteront sûrement sur les prix de la viande et d'autres denrées sur le marché, au détriment des couches populaires", ont lâché les deux experts dans des interviews séparées.

Une carte régulièrement mise à jour par le ministère auprès de la Présidence en charge de l’Agriculture et de l’Elevage (MPAE) montre que le fléau a touché quinze régions de développement sur vingt-deux, soit quasiment les trois-quarts du territoire, à la date du 6 mars.

Lutte intégrée raisonnée

Samuel Rakotondrabe, directeur régional de l’Agriculture et de l’Élevage pour la région de l’Alaotra-Mangoro, dans la province de Toamasina, a confirmé la présence du ravageur dans les plaines du Lac Alaotra, le plus grand bassin rizicole et premier grenier à riz du pays.

Mais il a précisé que la menace serait minime, d’autant que la détection a été immédiate et permis de déclencher le recours à la lutte mécanique et biologique par l’usage des cendres, piments et margousier (Azadirachta indica), ce dernier étant réputé être un puissant insecticide botanique.

Cette approche, qui fait partie de la lutte intégrée raisonnée, est fortement préférée à la lutte chimique, qui n'intervient qu’en cas d’infestation généralisée.

"La lutte chimique n’est pas durable, elle est mal maîtrisée en Afrique et a un coût élevé", souligne Nirina Christophe Rakotoarimanga, biochimiste et microbiologiste rattaché au laboratoire de microbiologie de l’environnement du Centre national de recherche pour l’environnement (CNRE).

"La lutte biologique est efficace. Elle a des effets immédiats. Mais les applications disparaissent vite en cette saison des pluies", observe pour sa part Samuel Rakotondrabe.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Direction de la protection des végétaux (DPV) et le Centre national de recherche appliquée au développement rural (FOFIFA) ont déployé dans la semaine du 5 mars des missions d’évaluation sur le terrain.

Parallèlement, un système de collecte d’informations en temps réel est en place, pour renforcer la surveillance et ajuster à tout moment le plan de lutte, à en croire Lucien Ranarivelo, directeur général de l’Agriculture.

Solutions locales

En scientifiques avertis, Nirina Christophe Rakotoarimanga et Herisolo Razafindraleva insistent qu’il est tout à fait possible de maîtriser l’insecte sur l’Etat insulaire si une réelle volonté politique se manifeste.

"La priorité est d’assurer la sécurité alimentaire de la population malgache en atténuant au maximum les impacts de l’infestation. Rappelons-nous que c’est un insecte vorace à même de s’attaquer à près de quatre-vingts espèces de plantes", insistent-ils.

De leur point de vue, il y a lieu de trouver tous les moyens pour venir à bout de la noctuelle par le contrôle biologique et la mise au point des techniques localement adaptées étendant vers des principes écologiques.

Ceci suppose, à leur avis, la mise en œuvre rapide d’un programme de recherche multidisciplinaire, afin de répondre avec précision à un certain nombre de questions.

A ce stade, la communauté scientifique malgache est incapable de fournir avec exactitude des renseignements sur le contexte dans lequel le ravageur est arrivé sur l’île, les couches concernées, la densité de sa population et son comportement vis-à-vis des écosystèmes malgaches.

"Les compétences requises existent. Il en est de même des infrastructures nécessaires, bien qu'elles ne soient pas parfaites. Nous avons des spécialistes confirmés dans tous les domaines. Nous sommes certains que les solutions locales existent. Il suffit de disposer des moyens financiers adaptés pour parvenir au but", insistent-ils.

Nirina Christophe Rakotoarimanga est même allé jusqu’à dire qu’il est à 100 % sûr que les deux souches de champignons naturels découvertes à Madagascar dans les années 1990 sont capables de décimer la noctuelle.

Cette dernière a été pour la première fois détectée sur l’île en novembre 2016 à Antanimieva Ambatolily, dans le district de Morombe, dans la région d'Atsimo Andrefana.

D’après Clara Raherijaona, directrice de la cellule de communication et des relations avec les médias au ministère auprès de la Présidence en charge de l'Agriculture et de l'Elevage, une batterie de mesures ont été prises depuis.

Elles incluent l’interdiction formelle d’importation des végétaux et des produits végétaux en provenance des pays infestés.