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  • De nouveaux outils de lutte contre les médicaments contrefaits

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Selon Roger Bate, l'un des directeurs d'Afrique contre le Paludisme,  de nouvelles technologies peuvent aider les pays africains à identifier les médicaments contrefaits ou de qualité inférieure.

Les médicaments de mauvaise qualité abondent partout en Afrique. Selon l'OMS, plus de 30 pour cent des médicaments en vente dans de nombreux pays africains sont des contrefaçons, parmi lesquels  des pilules qui ne contiennent rien d'autre que de la craie ou de l'eau.

Dans l'African Journal of Pharmacy and Pharmacology du mois dernier, mes collègues chercheurs et moi-même signalions que 41-47% d'antipaludéens, d'antibiotiques et d'antimycobactériens, dont des échantillons ont été prélevés dans des pharmacies dans cinq pays africains et en Inde, n'avaient pas satisfait à au moins un test de qualité. [1]

Certains médicaments ne échouent au  test de qualité  après avoir subi des méthodes de stockage et de transport inappropriées.  . Les vaccins, les antibiotiques et les antipaludéens se dégradent lorsqu'ils sont exposés  trop longtemps à l'humidité, aux variations de température et au soleil, et des rapports  révèlent que de nombreux distributeurs et pharmacies du monde en développement ne disposent pas d'installations de stockage appropriées.

D'autres médicaments de qualité inférieure sont le produit d'une mauvaise fabrication ou d'une contrefaçon pure et simple.

Identification et  sanction des contrefacteurs

L'Organisation pour la coopération et le développement économique signale qu'entre 39 et 81 pour cent de tous les faux médicaments saisis par des responsables de l'Union européenne entre 2005 et 2007 provenaient de la Chine ou de l'Inde. Mais une interdiction totale des produits venant de ces pays serait contreproductive parce que la Chine et l'Inde produisent également des médicaments génériques de bonne qualité et bon marché.

Les pays africains doivent être capables d'identifier les producteurs et distributeurs qui sont à blâmer et leur imposer des embargos sélectifs. Le Nigeria  représente un bon exemple. Il y a en effet près d'une décennie, les autorités sanitaires de ce pays  révélaient que plus de 50 pour cent des produits présents dans le pays étaient faux ou frelatés. Mais une campagne rigoureuse de lutte contre la contrefaçon – avec l'introduction de pénalités plus sévères et la suspension de plusieurs sociétés chinoises et indiennes – a fait tomber ce pourcentage à 10-16 pour cent.  

Si davantage de pays africains pouvaient identifier et sanctionner les producteurs de médicaments de mauvaise qualité et contrefaits, le gouvernement fédéral indien, qui est lui-même en train d'essayer de combattre les faux médicaments, disposerait de  davantage d'arguments politiques pour prendre des mesures sévères contre les mauvaises sociétés et leurs sponsors au niveau de l'Etat.

Pour  ce faire, les pays africains doivent établir une différence entre les produits acceptables et les contrefaçons, ou les produits de qualité inférieure – une tâche qui n'est pas aisée, vu la sophistication croissante des méthodes utilisées par les contrefacteurs. Mais, de nouvelles technologies peuvent être  utiles.

Dispositifs de détection

Le 'Minilab' de la German Pharma Health Fund utilise la chromatographie sur couche mince, la désintégration et de simples essais colorimétriques pour aider à détecter des produits de mauvaise qualité. En général, un produit 'réussira' le test du Minilab s'il contient 80 pour cent ou plus de l'ingrédient actif étiqueté. Ce système est efficace et relativement bon marché. Il coûte en effet un peu moins de US$ 10 000 pour les équipements de base, la formation et le matériel. Mais, pour réaliser le test, il faut  de l'eau potable, une énergie électrique fiable et un local climatisé. Le gouvernement américain et d'autres bailleurs de fonds ont contribué à la mise en service de plus de 300 Minilabs dans plus de 70 pays au cours des dix dernières années. La Tanzanie a mis sur pied plus de 20 Minilabs reçus gracieusement  sur tout son territoire et les responsables de la santé affirment qu'ils sont efficaces pour la détection des faux médicaments.

Les spectromètres portatifs sont plus chers – ils coûtent environ US$ 50 000 pour la formation et l'assistance – mais pourraient être plus pratiques pour les pays en développement. Développés au départ pour l'armée américaine pour l'identification des explosifs et d'autres produits dangereux sur le terrain, les spectromètres portatifs ont été adaptés pour servir à la détection des faux médicaments. Ils créent des 'empreintes spectrales' qui peuvent être confrontées avec les normes d'ingrédients ou de produits actifs spécifiques. Ils pèsent moins de deux kilogrammes ,sont alimentés par pile et  n'ont donc pas besoin d'être en  laboratoire. Les produits non conformes aux normes peuvent y être repérés en moins de 10 secondes. Ils sont également faciles à utiliser – un responsable de la douane d'un pays en développement pourrait être formé à leur utilisation  en quelques heures seulement. Une fois de plus, le Nigeria est en tête dans ce domaine et  teste ces appareils sur le terrain.

Ils ne peuvent pas remplacer les techniques de laboratoire qui sont plus onéreuses et plus précises, mais ils peuvent aider les autorités en charge de la réglementation des médicaments à filtrer  un grand nombre de mauvais produits et disposer de suffisamment de preuves pour entreprendre des recherches plus vastes.

Conditions préalables pour avancer

Le seul test de la qualité des produits ne mettra pas un terme au commerce international de faux produits. La volonté politique est nécessaire pour l'application ou la modification des lois. En de nombreux endroits, la contrefaçon de produits d'importance vitale n'est toujours pas considérée comme une infraction pénale. Et en même temps que certains pays africains se plaignent souvent des importations de faux produits, ils ne réussissent pas à surveiller leurs propres producteurs – ces deux attitudes contradictoires doivent cesser.  

Or, l'évaluation de la qualité est un premier pas  indispensable,  dans la mesure où il est impossible d'engager des poursuites contre un coupable, ou d'avertir les consommateurs, sans  connaître le problème. Si la demande de spectromètres augmente, leur prix baissera. Peut-être, les organismes d'aide devraient-ils démarrer ce processus en en achetant quelques-uns au profit de pays africains. Non seulement ceci permettrait de sauver des vies, mais offrirait également aux groupes d'aide l'opportunité de comparer le rapport coût-efficacité des spectromètres avec les Minilabs. L'information, après tout, est souvent la meilleure arme.

Roger Bate est Consultant à l'American Enterprise Institute et l'un des directeur  d'Afrique contre le Paludisme.

Références

[1] Bate, R., Tren, R., Hess, K. et al. Etude pilote sur la comparaison de technologies utilisées pour tester les médicaments de qualité inférieure sur le terrain. African Journal of Pharmacy and Pharmacology 3 165-170 (2009)

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