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Communiquer sur les statistiques et le risque
  • Communiquer sur les statistiques et le risque

Crédit image: Flickr/LendingMemo

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Selon Andrew Pleasant, pour garantir une communication scientifique efficace, il est essentiel de présenter les statistiques et les facteurs de risque de manière compréhensible.

 La manière dont les journalistes présentent les statistiques et les facteurs de risque a toujours été un sujet de préoccupation. Les universitaires, les journalistes,  des organisations ont produit de nombreux ouvrages, organisé des séminaires et présenté des exposés sur la question.

Cependant, la façon dont les journalistes et les scientifiques communiquent en règle générale sur les facteurs de risque et sur les probabilités contribue à brouiller le message qu'ils veulent faire passer.

Pour retenir l'attention des lecteurs, et surtout gagner leur confiance, ils doivent communiquer sur les découvertes scientifiques et leur pertinence avec clarté et précision. L'essence d'un article scientifique doit  dès lors être traduite dans un style compréhensible pour tous.
 

Rendre compte des preuves


Le résumé d'un article scientifique doit être le condensé de ses démonstrations principales, ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas.  Il vaut mieux donc lire l'intégralité de l'article, et rechercher les éléments qui présentent le plus d'intérêt pour votre public.

Si les journalistes concentrent leurs démonstrations les plus importantes et les faits majeurs (« informations ») au début des articles, les articles scientifiques placent l'accent sur la méthodologie, les mises en garde et les preuves qui corroborent les démonstrations. Dans un article scientifique, les preuves peuvent être quantitatives (numériques), qualitatives, ou un mélange des deux. Dans ce guide pratique, nous nous proposons de nous arrêter sur les preuves quantitatives.

De manière générale, les données quantitatives doivent être transcrites au plus près du langage courant et  les conclusions spécifiques doivent être mises entre parenthèses. Par exemple, dans le langage courant, on ecrit « moitié » et non  « 50 pour cent ». La formule appropriée sera donc 'environ la moitié (51,2 pour cent)' ou 'un tiers (33 pour cent)'.

S'il s'agit d'un équivalent parfait, comme un tiers et 33 pour cent, il vous est recommandé de toujours tenir compte les données spécifiques. Il est également préférable d'inclure une marge d'erreur (souvent appelée intervalle de confiance) car elle donne une idée de la fiabilité de la preuve.

Les articles scientifiques font  souvent référence un tableau ou un graphique. Il conviendra donc d'effectuer les opérations arithmétiques pour vos lecteurs et présenter le résultat de la manière suivante: « 43 personnes sur un échantillon de 125 (20 pour cent) ». Ceci permet de recevoir les preuves de differentes manières tout en les rendant facilement accessibles à un plus grand public.

Leçon: Les lecteurs de vos articles ne sont pas la cible principale d'une revue scientifique, Le message doit donc être transmis en des termes simples. Les conclusions et les démonstrations doivent dès lors être exposés de manière claire, compréhensible et exact pour le grand public en tenant compte de ses aptitudes à la lecture et au calcul.
 

Risque pour l'individu et risque pour la population


L'une des statistiques les plus récurente dans les articles scientifiques concerne le taux de prévalence du cancer du sein chez les femmes. Ce taux varie, à travers le monde, entre environ trois pour cent et plus de 14 pour cent.

Aux Etats-Unis, 12,7 pour cent des femmes développent un cancer du sein au cours de leur vie. Cette donnée statistique est souvent présentée de la manière suivante: « Une femme sur huit développe un cancer du sein ». Mais cette présentation ne permet pas aux lecteurs de saisir le risque véritable. Ainsi, plus de 80 pour cent des  américaines pensent à tort que le cancer du sein est diagnostiqué chez une femme sur huit chaque année.

Si la formule 'une femme sur huit' permet d'avoir un titre accrocheur, elle peut en revanche contribuer à donner une mauvaise idée du risque pour une femme de développer le cancer du sein.

La probabilité réelle qu'une femme développe un cancer du sein au cours de sa vie varie pour diverses raisons, et présenté rarement un taux de une sur huit. Par exemple, aux Etats-Unis, le cancer du sein est diagnostiqué chez 0,43 pour cent des femmes âgées de 30 à 39 ans (soit une femme sur 233). Chez les femmes de 60 à 69 ans, ce taux est de 3,65 pour cent (soit une femme sur 27).

Les journalistes peuvent choisir de ne présenter  que  le risque global affectant une femme sur huit au cours de sa vie en raison d'un manque d'espace et de pagination. Mais cette façon de traiter  l'information se fonde sur l'hypothèse – erronée - que les lecteurs se désintéressent de cette question, ou ne la comprennent pas,. Il faut impérativement trouver une méthode, utilisant des mots ou des graphiques rendant compte autant que possible de la situation réelle.

Leçon: Les lecteurs doivent comprendre que l' estimation d'un facteur de risque pour toute une population, de la vulnérabilité ou de la probabilité peut ne pas rendre compte avec exactitude des situations individuelles. De plus, les facteurs majeurs qui expliquent la variation du risque individuel doivent être exposés. Il peut s'agir de l'âge, de l'alimentation, de l'aptitude à lire et à écrire, du lieu de résidence, du niveau d'instruction, de la race et de l'appartenance ethnique, ou d'un ensemble d'autres facteurs génétiques ou liés au mode de vie.
 

Risque absolu et risque relatif


Il se peut que vous soyez conduit à décider d'inclure, ou pas, dans votre article les estimations du risque absolu ou du risque relatif. Le risque absolu renvoie simplement à la probabilité qu'un événement se produise (par exemple, le chiffre un sur huit utilisé ci-dessus). Le risque relatif, implique une comparaison entre le risque que présentent deux situations différentes.

Les journalistes doivent aider leurs lecteurs à comprendre le risque que peut comporter l'impact d'une vaccination sur une maladie.

Flickr/Nick Atkins Photography

Prenons l'exemple d'une étude qui présente un nouveau vaccin contre la fièvre de la dengue. Dans cette étude fictive, un vaccin et un placebo sont distribués à deux groupes de 1000 Brésiliens aux caractéristiques comparables. Au bout de cinq ans, la dengue est diagnostiquée chez une personne vaccinée et quatre personnes auxquelles a été prescrit le placebo.

Le risque absolu d'attraper la dengue après avoir été vacciné est donc de 0,1 pour cent, et ce risque passe à 0,4 pour cent si c'est un placebo qui a été administré. Le titre approprié pour rendre compte de cette étude pourrait être : « Un nouveau vaccin permet de réduire  de 0,3 pour cent le risque de contamination par la dengue.» Un titre pas si bon qu'il y parait!

Le risque relatif permet de dresser un tableau bien différent. Le nouveau vaccin réduit le risque de contamination de 75 pour cent comparativement au placebo. Le titre retenu pourrait donc être le suivant : « Un nouveau vaccin qui réduit le risque de contamination par la dengue de 75 pour cent », ce qui retiendrait certainement l'attention des lecteurs brésiliens.

Cependant, cet écart peut être en réalité assez mince  et dépend de la prévalence de la maladie. Si une maladie ne touche que quatre personnes sur un million, la réduction du risque de trois quarts (une baisse de 75 pour cent) ne sauverait la vie qu'à trois personnes sur un million. Au-delà du titre, c'est  une analyse complète et équilibrée des risques et des bénéfices qui doit être exposée.

Leçon:Le choix entre le risque absolu et le risque relatif dans la présentation peut avoir pour conséquence une très grande variation d'un même risque. Les journalistes doivent aider leurs lecteurs à comprendre cette différence fondamentale. Ne pensez jamais que votre lectorat connaît la différence entre le risque absolu et le risque relatif. Ne pensez pas qu'il peut calculer ou interpréter avec exactitude les différences qui existent entre ces deux méthodes. La meilleure stratégie consiste à exposer les deux versions avec clarté et concision, et expliquer les implications induites par les écarts existant entre elles.
 

Les dangers de comparer des risques

Les journalistes doivent éviter de comparer les facteurs de risques avec ceux inhérents a nos activités quotidiennes, comme la conduite.

Flickr/smif

Les commentateurs présentent souvent un nouveau risque en le comparant à un risque connu du public, ce qui peut avoir un effet boomerang.

Ainsi, récemment, des articles de presse relatifs a la contamination des épinards par l'Escherichia coli au Canada et aux Etats-Unis, ont rapporté les propos prêtes a un responsable du gouvernement, « Tout comme la maladie de la vache folle, qui à cause une vague de panique pour les produits agricoles, le risque de contamination par les maladies dues à l'infection par Escherichia coli est vraiment insignifiant. Vous prenez bien plus de risque en empruntant l'autoroute».

Même si ces propos partent d'une bonne intention, et indépendamment du pays dans lequel ils sont prononcés – riche ou pauvre -, ce type de comparaison peut avoir des effets néfastes pour plusieurs raisons. Dans le cas d'espèce, les tentatives du gouvernement de rassurer la population en comparant le risque à la maladie de la 'vache folle' (Encéphalopathie spongiforme bovine ou ESB) produira un effet boomerang dans la mesure ou il est établi que le gouvernement britannique avait menti sur les risques des aliments contaminés quand il avait été confronté à une épidémie d'ESB. 

Il faut éviter de comparer des risques qui n'ont rien de comparable. Par exemple, la formule  'Vous courez plus de risque d'être renversé par un autobus ou d'être victime d'un accident de la circulation que …' dont on abuse trop souvent, ne contribue généralement pas à informer les gens sur les risques auxquels ils sont exposés en raison de la différence criante entre les exemples et les situations.. Lorsque les gens évaluent les risques et prennent des décisions, ils se fondent en général sur la maîtrise qu'ils ont de ce risque. Conduire est un risque volontaire que les gens ont le sentiment (à tort ou à raison) de maîtriser. Contrairement à une contamination invisible par un produit alimentaire ou à une  piqûre d'un moustique porteur du germe du paludisme.

Comparer le risque d'une maladie non transmissible, le diabète ou une maladie cardiovasculaire par exemple, à celui d'une maladie transmissible comme le VIH/sida ou la lèpre, serait également mal venu. Les mécanismes de ces maladies sont différents, et les différentes perceptions sociales et culturelles de chacune font de la comparaison une stratégie de communication risquée.

Take away message: Les risques différents doivent être comparés avec discernement et précaution dans la mesure ou nul ne sait de quelle façon le lectorat interprétera le recours à la métaphore. Ceci se vérifie lorsque des cultures différentes se rencontrent. Le sens des métaphores varie selon les personnes. Il en est ainsi de la célèbre expression, ' L'amour c'est comme une rose rouge'. Mais comment le lecteur perçoit le terme « amour »? Est-ce la belle odeur de la rose, le bel agencement de ses pétales, sa couleur rouge vive, ou plutôt ses épines pointues?
 

En résumé


Pour comprendre les raisons pour lesquelles les gens prennent des décisions différentes face à un même risque, il faut comprendre le contexte dans lequel ils évoluent. Pour écrire une communication scientifique réussie, il faut commencer par identifier son public, notamment sa langue, ses aptitudes au calcul et sa culture.

Il faut connaître son public et actualiser ses connaissances. En commençant par se renseigner auprès de collègues, amis ou famille. Mieux encore, en se constituant un échantillon de son lectorat et en échangeant avec lui sur les différentes formes de la communication scientifique. Cela permettrait de savoir ce qu'il aime, ce qu'ils déteste, ce qu'il comprend ou aimerait comprendre.

En communiquant sur le risque, il faut être conscient de ses faiblesses et ne pas hésiter à demander des précisions, et ne pas reprendre de manière servile les écrits d'un expert. Il ne faut pas avoir peur d'appeler l'auteur après la publication de son article pour lui demander des éclaircissements. Il faut essayer de nouer de bonnes relations avec les spécialistes à qui vous pouvez demander de l'aide.

Les journalistes, qu'ils soient de la presse écrite, de la radio, de la télévision, ou sur Internet, peuvent et doivent aider à mieux diffuser des connaissances fiables. Pour ce faire, ils doivent captiver et retenir l'attention et la confiance du public.

Pour atteindre cet objectif, il faut comprendre les complexités de la science et communiquer l'information avec clarté. Dans un premier temps, il faut connaître les caractéristiques fondamentales. Ensuite, si nécessaire, y apporter un zeste de complexité  mais de manière compréhensible, évaluable et utilisable par vous et vos lecteurs. En retour, vous aurez un public mieux informé, qui se fondera sur votre travail et s'y fiera.

Andrew Pleasant est maître-assistant à l'Université d'Etat Rutgers du New Jersey aux Etats-Unis. Il est également le co-auteur du livre 'Advancing health literacy: 'A framework for understanding and action'.

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