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  • Les Africains pour les TIC dans la lutte contre les maladies

[NAIROBI] Les ministres africains de la santé ont lancé un appel en faveur de l'utilisation des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les initiatives de lutte contre les maladies non transmissibles (MNT) comme le diabète et la drépanocytose.

L'appel à utiliser les TIC, avec pour objectif de soutenir les efforts de sensibilisation sur les questions de santé et de renforcer les capacités des individus et des communautés, fait partie de la Déclaration de Brazzaville sur les MNT adoptée par les ministres africains de la santé. Cette Déclaration exhorte les parties prenantes à relever les défis auxquels ils font face dans la lutte contre les MNT en Afrique.

C'est l'une des nombreuses recommandations contenues dans cette déclaration. Parmi les autres points, on compte le renforcement des systèmes de santé et l'appui aux partenariats et réseaux regroupant les acteurs nationaux, régionaux et internationaux, y compris les institutions universitaires et de recherche, les secteurs public et privé, et la société civile pour lutter contre ce problème croissant.

Les ministres ont également appelé l'OMS, les partenaires et les organisations de la société civile à jouer un rôle proactif dans la fourniture d'un soutien technique aux Etats membres afin d'assurer la mise en œuvre, le suivi et l'évaluation améliorés des recommandations.

Aujourd'hui les MNT comme le cancer, le diabète et les maladies cardiovasculaires frappent aussi dans le monde en développement et sont la cause de la majorité des décès dans le monde, selon le premier rapport mondial sur l'état des MNT publié par l'OMS la semaine dernière (27 avril). Environ 36 millions de décès dus aux MNT en 2008, soit 80 pourcent, ont eu lieu dans les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire.

Cette déclaration qui porte le nom de la capitale congolaise où elle fut adoptée le mois dernier (6 avril), sera présentée lors du Sommet de haut niveau sur les MNT lors de l'Assemblée générale des Nations Unies au mois de septembre 2011.

Pour Robert Mathenge, cardiologue à l'hôpital de Nairobi au Kenya, "le temps est venu pour les gouvernements africains d'adopter les dernières données scientifiques et les nouvelles technologies pour contribuer à la réduction des MNT sur le continent."

"Je suis particulièrement enthousiasmé par les perspectives de la télémédecine grâce à laquelle une poignée de spécialistes peuvent interagir à partir de Nairobi avec les professionnels de la santé en milieu rural et les guider dans l'examen, le diagnostique et le traitement des maladies," a-t-il déclaré.

Ces technologies, selon Mathenge, vont permettre un diagnostique plus précoce des maladies et l'application de traitements spécialisés, ainsi que le recours à des stratégies de prévention même dans les parties les plus reculées du pays.

"Les gouvernements africains doivent investir davantage dans le développement des infrastructures des TIC. A long terme, ils en tireront [des bénéfices] considérables parce que si les MNT ne sont pas maîtrisées, elles devront être traitées avec des technologies et des médicaments onéreux", a-t-il expliqué.

Pour Davy Omolo, expert des TIC auprès de la société des télécommunications Telecraft à Nairobi, "nous avons l'un des secteurs de TIC à plus forte croissance sur le continent et il est temps de le mettre à profit".

Tim Unwin de la Chaire UNESCO en TIC pour le développement (ICT 4D), se montre pourtant prudent quant au potentiel de la télémédecine. "C'est une méthode qui est intuitivement très séduisante, mais on peut remarquer qu'elle n'a pas encore été introduite avec succès en Afrique. Nous devons comprendre mieux les raisons de l'échec répété des initiatives entreprises dans le domaine de la télémédecine en Afrique".

Selon lui, si certains aspects des TIC peuvent être appliqués de façon fructueuse à la lutte contre les MNT, par exemple dans la fourniture des informations aux professionnels de la santé sur le diagnostique des maladies, "pour réussir, les TIC appliquées à la santé devront être intégrées à des politiques et pratiques nationales".

Unwin ajoute que les programmes de sensibilisation sur les questions de santé utilisant les médiastraditionnels comme la radio et la télévision, peuvent "jouer un rôle très important dans la sensibilisation".

Le rapport de l'OMS affirme que la prévalence des MNT en Afrique "s'accroît rapidement et devrait devenir la cause de l'équivalent des trois quarts des décès résultant des maladies transmissibles, maternelles, périnatales et nutritionnelles d'ici 2020, et de presque autant de décès d'ici 2030 que ces causes de mortalité communes."

Selon le rapport, les facteurs de risque communs responsables de la hausse de la prévalence des MNT sont le tabagisme, le manque d'activité physique, une alimentation déséquilibrée et l'usage nocif de l'alcool, qui entraînent une hausse de la pression artérielle, le surpoids, et des niveaux élevés de cholestérol et de sucre dans le sang.