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En 2010, le paludisme a fait 655.000 morts, pour la plupart des enfants d'Afrique (OMS).
  • Conception d'un moustique transgénique résistant au paludisme

En 2010, le paludisme a fait 655.000 morts, pour la plupart des enfants d'Afrique (OMS).
Crédit image: Wellcome Library London

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Des scientifiques  ont créé un modèle de moustique transgénique (moustique GM) produisant des anticorps qui luttent contre le paludisme et sont capables de transmettre le parasite aux êtres humains en les piquant, ce qui représente une alternative viable à un vaccin contre le paludisme.

L'Anopheles stephensi modifié, l'une des 30 à 40 espèces de moustiques vecteurs du paludisme, produit des anticorps qui tuent ou bloquent le développement du Plasmodium falciparum, le parasite responsable de la forme de paludisme la plus sévère chez l'être humain.

« Il s'agit du premier modèle de vecteur de paludisme avec une modification génétique qui est susceptible de survivre parmi les populations sauvages et d'être reproduit de génération en génération sans que ses aptitudes ne soient affaiblies », explique, dans un entretien accordé au magazine Wired, Anthony James, auteur principal de l'étude et professeur en microbiologie et en génétique moléculaire à l'Université de Californie à Irvine, aux Etats-Unis.

L'étude, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), a été réalisée par des chercheurs de l'UCI et de l'Institut Pasteur de Paris, en France.

Elle explique de quelle façon des moustiques ayant infecté des souris ont inspiré ce modèle de moustique transgénique. Lorsqu'elles sont infectées par le parasite
P. falciparum, ces souris produisent des anticorps qui tuent le parasite.

Après la modification de la structure moléculaire des systèmes immunitaires de la souris, des scientifiques ont réussi à faire produire des
gènes par des moustiques susceptibles de reproduire cette réponse.

Le paludisme demeure l'un des plus grands tueurs dans le monde. Selon l'OMS, environ 216 millions de cas de paludisme ont été recensés en 2010, qui ont causé la mort d'à peu près 655.000 personnes, notamment des enfants africains.

A ce jour, les chercheurs n'ont pas réussi à élaborer un vaccin et les méthodes de prévention comme les moustiquaires ne sont pas toujours abordables ou accessibles.

L'étude de l'UCI intervient après un travail similaire réalisé cette année à l'Institut de recherche sur le paludisme de l'Université John Hopkins, aux Etats-Unis.

Les chercheurs ont génétiquement modifié des moustiques afin que leurs systèmes immunitaires puissent s'attaquer aux Plasmodium.

La particularité de la plus récente étude est que de nouveaux gènes ne sont pas introduits dans les corps des moustiques ; au contraire, leurs propres gènes sont modifiés pour renforcer leurs capacités à lutter contre le parasite.

Selon les chercheurs de l'UCI, la technique de blocage du parasite peut être utilisée pour d'autres espèces de moustiques, ce qui en fait une option viable de lutte contre le paludisme dans le monde entier.

« Ce processus de blocage dans le corps de l'insecte porteur peut contribuer considérablement à réduire la morbidité et la mortalité humaine due au paludisme », selon James.

Il reste cependant, avant toute chose, quelques défis majeurs à relever.

« Il faudra encore au moins un an pour créer un insecte pour les essais de terrain », prévient-il.

« Il faudra au préalable régler toutes les questions d'ordre éthique, social ou juridique que ne manquera pas de susciter par l'introduction de moustiques génétiquement modifiés dans les pays désireux de le faire».

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