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Q&R: Les ravages du virus Ebola en Guinée

Crédit image: Médecins Sans Frontières

Lecture rapide

  • Après l'accalmie du mois de mai, de nouveaux cas de contamination ont été signalés en Guinée

  • Le contrôle de la maladie est rendu difficile par la résistance des populations

  • Dans les régions où les mesures de contrôle sont mises en oeuvre, les taux de guérison atteignent 75%

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Marc Poncin, biologiste à Médecins Sans Frontières, s'exprime sur la gestion du contrôle du virus Ebola en Guinée.


Quelle est la situation qui prévaut aujourd'hui en Guinée?

Un peu plus de trois mois après le début de l'épidémie, qui avait été déclarée le 21 mars, on est toujours sur un niveau important de contamination, avec en particulier une zone touchée particulièrement, c'est-à-dire la commune de Guékédou, où l'épidémie, après avoir connu une régression importante courant mai, est repartie de plus belle et aujourd'hui, nous avons une situation similaire à celle qui prévalait au début de l'épidémie, en termes de nombre de cas par semaine. 

D'autres régions du pays sont touchées, notamment Conakry, qui avait connu une première phase de l'épidémie ; il n'y avait eu aucun cas déclaré pendant une période assez longue, puis il y a eu une seconde étape de l'épidémie. Aujourd'hui, trois patients sont confirmés au centre de traitement de MSF. En ce qui concerne les autres zones, elles ne recensent plus de cas, à l'exception de Bopa, en Guinée maritime, à trois heures de route de Conakry.


Qu'est-ce qui explique finalement que l'épidémie se soit installée aussi longtemps dans le pays?


C'est la première fois qu'on fait face à une épidémie de cette ampleur, que ce soit en termes de répartition ou en termes de nombre de cas et de victimes. L'explication vient probablement du fait qu'aujourd'hui, elle touche trois pays – la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia.

Un des facteurs qui ont contribué à la résurgence de l'épidémie en Guinée, c'est probablement le fait qu'il y a eu des cas en Sierra Leone et aucune mesure de contrôle n'a été prise dans un premier temps. L'épidémie en Sierra Leone a été déclarée tardivement et comme les populations sont mobiles d'une zone à l'autre, il est probable que comme les populations sierra-léonaises qui avaient contracté la maladie sont venues re-contaminer les populations en Guinée.

Il y a également le fait que les populations sont assez fortement résistantes aux mesures de contrôle dans la zone de Guékédou. A Conakry, des familles ont caché des malades et dans certains villages, les populations résistent et empêchent les organisations humanitaires de faire leur travail. La contamination s'est donc poursuivie au sein des communautés et parce que des mesures de contrôle n'ont pas été mises en place, cela a contribué à la recrudescence de l'épidémie. Ces deux facteurs expliquent à eux seuls en grande partie le fait que l'épidémie ait repris.


Vous parliez de cas de contamination à partir de pays frontaliers de la Guinée. Pensez-vous que la fermeture des frontières soit une solution pour contenir l'épidémie.


Non. La solution consiste à mettre en œuvre de manière simultanée des mesures classiques de contrôle d'une épidémie, dans les trois pays. Il s'agit de la prise en charge des cas dans des centres de traitement spécialisés qui permettent d'isoler le patient du reste de la communauté et donc de protéger la communauté; faire des enterrements sécurisés de tous les décès liés à Ebola.

On sait en effet que la propagation est très forte lorsqu'une personne décède et que son corps est touché à ce moment-là; il s'agit enfin du suivi de toutes les personnes en contact avec des cas d'Ebola pendant vingt-e-un jours, le temps d'incubation du virus, afin d'identifier de manière précoce les cas de maladies et de pouvoir très rapidement tester pour savoir s'il s'agit d'Ebola ou pas. Ces trois mesures peuvent permettre d'arrêter la propagation de l'épidémie, à condition qu'elles soient suivies d'une forte sensibilisation des populations qui leur permette de comprendre l'intérêt de ces mesures.

Si les trois pays mettent en œuvre simultanément ces trois mesures et expliquent aux populations l'importance d'aller se faire contrôler et soigner de manière précoce, l'épidémie pourra être contrôlée. Les mesures générales de contrôle des mouvements sont très difficiles à mettre n œuvre et on ne recommande pas aujourd'hui de garder les gens en quarantaine et de toutes les façons, ces méthodes ne sont pas applicables sur le terrain.

 
Y a-t-il eu à ce jour des cas de guérison?


Oui, absolument. L'épidémie permet aussi de mieux comprendre la situation. Médecins Sans Frontières travaille dans cinq centres de traitement et on a des résultats variables d'un centre à l'autre.

On a obtenu des résultats au centre de Télimélé qui sont exceptionnels, en termes de taux de guérison, puisqu'on a réussi à obtenir 75% de taux de guérison. Trois patients sur quatre sont sortis guéris de ce centre. C'est du jamais vu dans une épidémie d'Ebola, notamment avec la souche Zaïre, qui était connue pour tuer jusqu'à 90% des personnes infectées.

A Conakry, on a 60% de taux de guérison. Donc, six personnes sur 10 sortent guéries. Malheureusement, à Guékédou, où les contrôles de l'épidémie sont le plus difficiles à faire appliquer, les taux de guérison sont faibles – de l'ordre de 20%. Cela montre une chose, c'est que si les patients viennent tous se faire soigner et qu'ils sont identifiés de manière précoce, ils ont beaucoup plus de chance de guérir.

C'est le message qu'on essaie de porter sur le terrain pour que les gens comprennent que contrairement à ce qui est dit ça et là, les gens comprennent qu'on peut guérir d'Ebola. La preuve, c'est le nombre de patients guéris sortis de nos centres de traitement. Aujourd'hui, il y a 70 personnes qui ont guéri d'Ebola en Guinée.

 
Justement, quels types de traitement faites-vous suivre aux patients?


Nous prodiguons prioritairement des soins qui permettent aux patients de combattre la maladie et de créer ses propres anticorps. Il s'agit donc de réhydratation, de traitement des maladies opportunistes – en ce moment, c'est la saison des pluies et le paludisme touche fortement la Guinée. On traite donc ce type de maladies, ainsi que des traitements contre le choc, vu que la plupart des patients arrivent en état de choc.


Le biologiste que vous êtes peut-il nous dire quand on pourra mettre au point un vaccin contre Ebola?


Je sais qu'il y a des laboratoires qui travaillent sur la mise au point de médicaments. Il faut savoir qu'il n'y a pas beaucoup d'épidémie et que cela touche un nombre de personnes relativement faible. Vous comprendrez donc qu'il n'est pas facile de mener des recherches rapides, à partir du moment où le nombre de personnes atteintes est limité.

Cet article appartient au Dossier: Vaincre l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest.

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