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La plupart des scientifiques ne savent pas comment participer aux processus de prise de décisions politiques.
  • La réalité des prises de décisions politiques et du rôle de la science

La plupart des scientifiques ne savent pas comment participer aux processus de prise de décisions politiques.
Crédit image: Flickr/Scientific Summit Geneva

Lecture rapide

  • La plupart des scientifiques ne savent pas réellement comment participer au processus de prises des décisions politiques

  • La première étape pour participer plus efficacement à la prise de décisions politiques est d'avoir un meilleur aperçu de ce processus

  • L'information scientifique est plus attractive quand elle porte en elle une histoire claire et pertinente

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Il faut davantage d'informations ouvertes sur les rouages du processus qui conduit à la prise de décisions politiques pour comprendre la façon dont l'information scientifique est présentée.


Vous aurez du mal à trouver un décideur politique présent aux réunions universitaires. Ainsi, quand une ancienne fonctionnaire britannique a pris la parole au cours du symposium STEPS à l'Université de Sussex le mois dernier pour donner son opinion sur la place de l'information scientifique dans la sphère politique mes oreilles se sont dressées.

Un peu comme lorsque l'on aperçoit une espèce rare, il y avait une pointe d'excitation à l'idée d'entendre ce que cette mystérieuse créature avait à dire.

J'exagère -- mais pas tant que ça. Pour la plupart des scientifiques et communicateurs scientifiques, il y a un vrai mystère autour du processus de la prise de décision politique et la façon d'y participer. Qui sont les décideurs, et que veulent-ils?


Ce fût une chance rare d'obtenir des réponses d'une source directe, et notre attente a été récompensée. Jill Rutter, de l'Institut pour le gouvernement, une organisation caritative britannique, a donné un aperçu des réalités sur la façon dont la recherche intervient dans les décisions politiques.

Mais les scientifiques sont-ils prêts à écouter et à apprendre? Il s'agit d'une subtile question d'équilibre pour s'adapter à la réalité dans laquelle les décideurs politiques évoluent, tout en préservant l'intégrité -- et la complexité -- de l'information scientifique.
 

Les scientifiques ne sont pas des 'décideurs'


Rutter a fait passer quelques messages clairs à l'auditoire. Sur la politique, dont nous parlions souvent comme un "bloc" unique et homogène, et qui en fait, selon elle, ne se valent pas toutes.

Ainsi, l'intérêt pour l'information scientifique est assez faible pour ce qui concerne les questions importantes et qui impliquent l'existence de positions préconçues -- mais il y a de la place pour des conseils d'experts pour les questions moins politiques, qui représentent environ 70 pour cent de scas.

Dans ces questions moins politiques, qu'est-ce que les décideurs politiques ont tendance à rechercher?

En premier lieu, sur la liste de Rutter, figuraient les nouvelles tendances: les questions susceptibles de prendre les décideurs au dépourvu, et sur lesquelles si on ne consulte pas les revues spécialisées on ne sait pas grand-chose.


Les scientifiques doivent également être en mesure d'exposer clairement les faits : interpréter les informations scientifiques, indiquer si elles sont sûres ou contestées, évaluer leur degré de sérieux.

Ils doivent également présenter une gamme d'options techniquement valables pour aider les décideurs politiques à choisir la voie. "Vous n'allez pas décider", a expliqué Rutter à l'auditoire. "Vous devez être des facilitateurs, des conseillers, mais pas des décideurs".


L'élément scientifique est rarement un facteur décisif dans la prise des décisions politiques, a-t-elle insisté. Même si les aspects économiques, politiques et éthiques qui entourent une décision se superposent, les contraintes telles que le droit international, l'aspect pratique et la faisabilité demeurent.
 

Comprendre le jeu


Il s'agit vraiment d'une confrontation avec la réalité. Mais à l'instar d'un diagnostic pour une infection de longue date, une meilleure compréhension de la façon dont la prise de décisions politiques fonctionne est une première étape essentielle pour une coopération efficace.

Par exemple, des idées sur ce que les décideurs attendent des scientifiques doivent être plus faciles à trouver.

La communauté scientifique peut faire plus pour établir un contact avec les responsables gouvernementaux, les bailleurs de fonds et les praticiens -- en les invitant à partager des plateformes de discussion, par exemple, en trouvant des réseaux interpersonnels et en travaillant avec des courtiers du savoir ou des 'entrepreneurs en politiques' (bien qu'il y ait des questions sur la bonne stratégie à adopter pour promouvoir la bonne gouvernance locale).

Un récent rapport du gouvernement britannique donne un aperçu de la façon dont les décideurs séduisent les conseillers scientifiques: principalement par le biais de stages et de détachements, de réseaux consultatifs et de commandes. [1]

Les résultats d'une enquête mondiale de SciDev.Net semble indiquer que les commandes en matière de recherche sont également une voie privilégiée dans le monde en développement.

Les décideurs politiques du monde entier ont tendance à accéder aux conseils scientifiques à travers des documents adaptés à leurs besoins.

Mais ils accèdent également à l'information scientifique de façon informelle par le biais d'échanges personnels ou par des canaux de communication tels que les notes politiques et les informations sur les politiques.

 

Des voies d'informations multiples


Le constat est que les moyens d'éclairer la prise de décisions politiques sont nombreux. Les informations qui influent directement sur des décisions spécifiques sont connues comme étant des 'utilisations instrumentales', a expliqué Philip Davies, directeur du bureau européen de 3ie basé au London International Development Centre, lors d'un séminaire organisé le mois dernier. [2]

D'autre part, l'utilisation de la recherche scientifique pour l'instruction générale ou d'une façon qui influe sur l'action de manière moins spécifique a été appelée 'utilisation conceptuelle', selon Davies. Cette voie plus indirecte pourrait impliquer le partage de données ou d'idées d'arrière-plan qui influent sur la façon dont les décideurs réfléchissent sur un problème.

C'est ici que le rôle de la communication, rempli par les scientifiques et les journalistes, attire l'attention. Discuter ouvertement des informations en ligne et dans des forums publics peut aider l'information scientifique à trouver sa place dans la politique ou influencer la façon dont un décideur aborde un problème.
 

L'information scientifique doit être attrayante


Le défi qui se pose alors est de trouver le meilleur angle de communication entre la science et la politique.

Les enquêtes de SciDev.Net mettent en évidence l'importance du rôle pédagogique dans les implications de la recherche en les plaçant dans un contexte social et économique -- une conclusion qui fait écho au message de Rutter suivant lequel la science doit intervenir dans la politique et dans toutes les autres sphères qui impliquent la prise de décisions.

Une information devient attrayante pour les décideurs quand elle raconte une histoire avec un message ayant un rapport clair et lié à la politique selon Davies. Ce qui est en totale opposition avec ce que l'information implique pour les scientifiques, qui mettent plutôt l'accent sur la base empirique, les fondements théoriques et les mises en garde.

Le processus de simplification dans la formulation d'un message assimilable par les décideurs a tendance à ennuyer les scientifiques. L'importance de cette simplification, et les préoccupations qui l'entourent, ont été débattues lors du symposium STEPS, soulignant l'importance de l'encadrement de la science de manière efficace.

Chris Whitty, conseiller scientifique en chef au Département britannique pour le développement international, a déclaré aux délégués que certaines des informations issues du milieu universitaire transmises aux décideurs sont quasi incompréhensibles. Arrive un moment où les chercheurs doivent mettre l'accent sur la simplification des choses et se montrer honnêtes sur les limites de leurs travaux, a-t-il expliqué.

La synthèse de l'information est un élément vital mais sous-estimé dans cette stratégie de communication.


Indépendamment de la méthode, l'astuce pour faire fonctionner la communication c'est de parvenir à la clarté sans perdre les nuances qui mettent l'information scientifique en perspective.

Il s'agit donc de naviguer dans un détroit étroit, et cela nécessite d'avoir du talent. Comprendre et faire face aux réalités du processus de la prise de décisions politiques devrait permettre de comprendre que cultiver cette compétence peut permettre de changer les choses.


Anita Makri

Rédactrice en chef des articles spéciaux d'opinion et de fond, SciDev.Net.

Références

[1] Engaging with academics: how to further strengthen open policymaking (Government Office for Science, January 2013)
[2] Davies, P. Getting Evidence Into Policy (London International Development Centre, 2013)

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