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Groupe de migrants provenant du Bengladesh.
  • Climat: des mythes sur la migration entravent l’adaptation aux changements

Groupe de migrants provenant du Bengladesh.
Crédit image: Flickr/DFID - UK Department for International Development

Lecture rapide

  • Il n'y a pas d'éléments permettant de prévoir des migrations de masse— les mouvements ayant tendance à être locaux et flexibles

  • Au Bangladesh, des agriculteurs des villages touchés par les changements climatiques se réfugient temporairement dans des villes pour exercer d'autres activités

  • Les politiques devraient soutenir la migration comme une stratégie d'adaptation

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Selon Dominic Kniveton et Max Martin, il faut élaborer des politiques d'appui aux déplacements internes comme mode d'adaptation aux changements climatiques.

Que font les agriculteurs dans les régions tropicales lorsque leurs terres restent desséchées pendant des années, ou lorsque les îles des deltas sur lesquelles ils vivent sont inondées plus fréquemment à cause d'un climat qui change?

Si vous pensez, comme beaucoup le font encore, qu'ils restent sur place et continuent à se paupériser ou abandonnent leurs maisons pour émigrer vers les pays développés, révisez vos certitudes.

Les gens émigrent lorsqu'ils sont confrontés à des changements rapides et incertains dans leur environnement, mais ces déplacements se font en grande partie à l'intérieur de leur pays et parfois même dans leur région d'origine. Généralement, ces mouvements empruntent, tirent parti ou modifient quelque peu les voies de migration établies.

Mais la plupart du temps, ils finissent par rentrer chez eux - les gens ayant tendance à faire des allées et venues, à la recherche de moyens d'existence plus productifs.

Les médias populaires présentent parfois des projections saisissantes de personnes abandonnant leurs maisons pour prendre en masse la route vers des endroits lointains. Il n'y a cependant aucune preuve tangible pour étayer de telles prévisions.
 

Des preuves venant du Bangladesh


Le déplacement interne est une tendance que nous avons observée à travers les recherches réalisées au Bangladesh aux côtés de l'Unité de recherches sur les réfugiés et les mouvements migratoires de l'Université de Dacca.

Dans sa première phase, l'étude, financée par le Réseau de connaissances sur le climat et le développement, a étudié 14 villages dans trois districts: le premier fortement touché par la sécheresse, le deuxième par les inondations et le troisième par les cyclones.

Grâce à des entretiens et des discussions de groupe, nous avons tenté de comprendre ce qui se passait dans la tête des gens quand ils étaient confrontés à ces contraintes et à ces chocs.

Dans toutes les localités sélectionnées, les gens ont décrit des tendances globalement similaires : une plus grand efréquence des sécheresses ou des inondations, une pluviométrie moins prévisible, une accélération de l'érosion des berges, des ondes de tempête plus violentes, la terre et l'eau plus salées et les températures de mi-journée en hausse. Ces observations recoupent en général les données scientifiques.
 

Les perspectives économiques


Parallèlement, les perspectives économiques changent dans les villes du Bangladesh, en particulier à Dacca, une métropole en plein essor. Les gens tendent à abandonner la culture des champs non-productifs pour rejoindre la population active des villes.

Les hommes trouvent souvent du travail dans le bâtiment ou dans le secteur informel comme tireurs de pousse-pousse ou vendeurs de rue, tandis que ceux qui ont reçu une instruction rejoignent le secteur des services, en pleine expansion. De nombreuses femmes trouvent du travail dans les usines de textile.

Avec une meilleure éducation et une formation professionnelle, ces migrants peuvent mieux tirer parti des nouvelles possibilités économiques.

Certains villageois nous ont expliqué que même s'ils considéraient que les catastrophes environnementales étaient des actes de Dieu, ils pensaient pouvoir agir pour minimiser ou compenser leurs impacts.

Par exemple, lorsque des terres agricoles sont inondées ou deviennent salinisées, l'agriculteur peut s'employer en ville comme tireur de pousse-pousse ou vendeur de jouets en plastique pour gagner de l'argent pendant un certain temps, et revenir ensuite chez lui avec l'espoir de faire une meilleure saison.
 

Une adaptation couronnée de succès


A partir de nos travaux préliminaires, nous avons le sentiment que face aux changements, les gens cherchent de plus en plus à diversifier leurs stratégies de subsistance – trouver différentes façons de gagner leur vie. Cela implique de se déplacer à l'intérieur du pays dans des régions plus stables mais aussi totalement étrangères pour eux. Et si certains émigrent rééllement à l'étranger, les déplacements lointains sont rares.

En général, les villageois considèrent la migration comme une stratégie normale de subsistance -- il n'y a rien de dramatique dans cet état de fait.

Les migrants ne citent pratiquement jamais le climat comme étant à l'origine de leurs déplacements. Pourtant, dans la réalité, la migration fonctionne comme une stratégie efficace d'adaptation aux changements climatiques, et aide les gens à se préparer et à se remettre des effets et des incertitudes des agressions environnementales.

Toutefois, les migrants ne reçoivent que peu d'aide pour quitter les zones vulnérables, trouver de nouveaux lieux d'implantation ou retourner chez eux. Ils sont considérés comme le résultat des échecs du développement rural et non comme les bénéficiaires de nouvelles opportunités d'emploi dans les villes ou comme les preuves d'une adaptation réussie.

Ils finissent donc souvent par vivre dans les bidonvilles ou des peuplements informels à la périphérie des villes en développement, exposés aux inondations et à d'autres dangers. Les gouvernements locaux ne parviennent souvent pas à leur fournir des conditions de vie et des infrastructures sûres.
 

Apporter un appui à la migration contrôlée


La plupart de discussions sur le phénomène de migration basé sur le climat, même dans les cercles politiques, ont tendance à tourner autour de l'idée selon laquelle l'hostilité du climat pousse les gens à abandonner leurs maisons pour aller vivre ailleurs.

Un rapport de 2011, commandé par le programme Foresight de l'Office du gouvernement britannique pour la science, explique que les décideurs politiques devraient aider les pauvres à quitter les zones dangereuses pour lutter contre les changements climatiques. Dans le cas contraire, dit-il, des gens pourraient involontairement migrer vers des zones vulnérables ou rester coincés dans des situations dangereuses. [1]

Mais les politiques qui limitent les migrations pourraient, en effet, aggraver ces situations.

La meilleure chose à faire pour éviter de telles tragédies est d'ouvrir les voies de migration existantes, reconnaître la migration comme étant une forme acceptable et efficace d'adaptation et la faciliter chaque fois qu'elle est possible et sûre.

Des politiques devraient être élaborées pour soutenir les déplacements internes de courte ou longue durée comme forme d'adaptation aux changements climatiques. Ce faisant, cela permettrait de transformer le phénomène migratoire en solution positive.

Dominic Kniveton est professeur en sciences du climat et des sociétés à l'Université du Sussex, au Royaume-Uni. Max Martin est un doctorant de cette université. Max peut être contacté à l'adresse suivante : [email protected].

Références

[1] Foresight Migration and Global Environmental Change (Government Office for Science, 2011)

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