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  • Analyse: profiter du présent pour développer les technologies climatiques

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Linda Nordling affirme que l'Afrique devrait s'assurer que les innovations provenant de la base beneficient d'un nouveau mécanisme mondial de promotion des technologies vertes.

En décembre dernier, alors que les ministres de l'environnement épuisés par les interminables négociations à la conférence de Durban sur le climat ont trouvé d'arrache-pied un accord, ils ont par la même occasion lancé un autre processus qui mérite toute l'attention de l'Afrique.

Ce mois-ci, les Nations Unies vont lancer un appel à candidatures pour abriter le Centre des technologies climatiques (CTC). Ce centre sera chargé de la gestion d'un réseau mondial d'experts dont la principale mission consistera à assister les pays en développement dans l'identification, l'accès et l'adaptation aux technologies respectueuses du climat qui les mettront sur la voie d'un développement vert.

La création de ce centre et de son réseau en 2012 vient compléter, en le rendant opérationnel, le mécanisme technologique des Nations Unies, longtemps attendu. Pour l'Afrique, le temps est donc venu pour les gouvernements, les entreprises, les innovateurs et les autres acteurs de s'assurer que ce mécanisme veillera sur les intérêts du continent.

Des questions restent à résoudre

L'idée de développer des technologies pour soutenir les pays en développement dans la recherche de voie permettant un développement propre fait partie de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) depuis sa création au début des années 90.

Mais il a fallu attendre la conférence des Nations Unies sur le climat de 2010, au Mexique, pour que le mécanisme commence à prendre forme. La création d'un Comité exécutif de la technologie (TEC) est l'une des résolutions ayant sanctionné cette conférence. Il comprend 20 membres, dont onze représentants des pays en développement, qui ont pour rôle de donner un aperçu des besoins sur le plan technologique.

Des questions subsistent néanmoins autour du fonctionnement pratique du centre et du réseau. Quelles technologies seront échangées, et comment ? Quel sera le rôle dévolu aux droits de propriété intellectuelle ? La prochaine réunion du TEC est prévue le mois prochain (en février) ; les gouvernements africains doivent s'impliquer pour faire en sorte que le continent tire profit du mécanisme.

L'une des premières questions concerne le siège du centre des technologies. Le secrétariat de la CCNUCC évaluera les candidatures pour l'accueil du siège selon les critères convenus à Durban le mois dernier.

La liste des besoins est longue - il faut faire preuve d'une expertise profonde et vaste en matière de transfert des technologies, ainsi que des capacités avérées de promotion du type de coopération multipartenaires qui sera essentielle pour la construction et l'entretien du réseau.

Selon les initiés, le centre sera probablement logé auprès d'une grande institution multilatérale comme le siège du Programme des Nations Unies pour le développement à New York aux Etats-Unis. Mais il pourrait tout aussi bien être placé dans un pays en développement, d'où il sera probablement en meilleure position pour répondre aux besoins des pays du Sud. La Commission économique et sociale pour l'Asie et le Pacifique, dont le siège se situe Bangkok en Thaïland,e est l'un des candidats potentiels.

Toutefois, les questions cruciales pour les pays en développement se poseront dès que le réseau et ses opérations commenceront à prendre forme.

Eviter l'écueil de la vitrine commerciale

Certains observateurs craignent que le mécanisme des technologies ne devienne une plateforme de marketing pour des technologies développées dans les pays riches. Plusieurs pays développés et certains pays émergents verraient ainsi en ce mécanisme une vitrine potentielle pour promouvoir leurs technologies.

Mais la plupart des observateurs dans le monde en développement souhaitent que le mécanisme des technologies soit plus inclusif, promeuve les expériences et les innovations venues de la base entre les pays en développement, ainsi que le transfert de l'expertise technologique des pays riches vers les pays pauvres.

Il existe un solide potentiel pour les innovations réalisées à l'échelle communautaire en Afrique, que ce soit avec des outils déjà connus ou avec de nouvelles technologies adaptées au contexte de l'Afrique rurale. L'histoire de William Kamkwamba, le jeune Malawite qui a construit un moulin à vent à partir de matériaux de récupération pour produire de l'électricité à son domicile, donne une idée des possibilités. [1]

Pour Ahmed Latif, chargé de programme sur l'innovation, la technologie et la propriété intellectuelle au Centre international pour le commerce et le développement durable à Genève en Suisse, les technologies comme les réchauds à énergie solaire et des techniques d'irrigation simples doivent trouver leur place dans le mécanisme des technologies.

Une opportunité à ne pas rater

Toutefois, malgré l'importance du type de technologies échangées, le mécanisme des technologies ne sera pas utile aux pays pauvres si les capacités d'absorption continuent à faire défaut.

La majorité des pays pauvres d'Afrique pâtissent d'un manque d'infrastructures de base et d'institutions fortes, et c'est principalement pour cette raison que le continent n'a jusqu'à présent pas su accéder aux mécanismes d'appui internationaux. Ainsi, moins de deux pourcent des projets du Mécanisme de développement propre, un programme d'appui dans le domaine climatique déjà fonctionnel, sont consacrés à l'Afrique.

Les pays africains ne peuvent attendre que les avantages du mécanisme des technologies viennent à eux. Ils doivent s'engager activement dans le processus et mettre de l'ordre dans leurs rangs pour profiter des opportunités présentées par le mécanisme.

Le Kenya, l'un des représentants africains au TEC, vient de donner un bon exemple en lançant au début de cette année un Centre national d'innovations climatiques. Son objectif est d'aider les acteurs nationaux à identifier, développer, transférer et déployer des technologies novatrices pour relever les défis locaux des changements climatiques.

Si d'autres pays ne lui emboîtent pas le pas, le mécanisme des technologies des Nations Unies risque de devenir une opportunité ratée pour l'Afrique, une de plus.

La journaliste Linda Nordling, spécialiste de la politique africaine pour la science, l'éducation et le développement travaille au Cap, en Afrique du Sud. Rédactrice en chef de Research Africa, elle collabore au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net) et collabore à des journaux comme Nature, etc.

Références

[1] William Kamkwamba: Inventor (TED, 2012)

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