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Maîtriser la gestion de l’eau dans le secteur agricole
  • Maîtriser la gestion de l’eau dans le secteur agricole

Lecture rapide

  • Les modifications de la mousson africaine établissent une variabilité des précipitations

  • Il s'ensuit un besoin urgent d'adaptation des techniques agricoles

  • Des solutions économes sont envisagées, mais elles requièrent des études approfondies

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Lors du Salon international de l’agriculture et des ressources animales d’Abidjan (Sara, 17-26 novembre 2017), des experts ont plaidé pour une gestion économe et novatrice de l'eau dans le secteur agricole, notamment pour contrer les effets du changement climatique.
 
Selon les Nations unies, l'augmentation des températures sur la planète et des pluies plus variables devraient réduire les rendements des cultures dans de nombreuses régions tropicales en développement, où la sécurité alimentaire est déjà un problème [1].
 
La FAO, pour sa part, prédit qu'à l’horizon 2080, entre 30 et 60 millions d’hectares de terre en Afrique sub-saharienne pourraient devenir impropres à l’agriculture pluviale [2], à cause des aléas climatiques et des contraintes liées au sol et au terrain.

“Nous allons vers des systèmes économes en eau, comme le système goutte-à-goutte, la micro-irrigation, la construction de barrages ou de points de retenues d’eau par l’Etat.”

Rodrigue N’guessan Koffi
Agronome


L’agriculture, en Afrique, est considérée comme l’un des secteurs les plus touchés par les effets du changement climatique. La rareté de l’eau, due à l’irrégularité des saisons pluvieuses, est devenue monnaie courante dans plusieurs pays du continent, dont la Côte d’Ivoire. 
 
A l'occasion de l'édition 2017 du Sara, des spécialistes se sont prononcés en faveur d'une utilisation économe des ressources en eau, dans le contexte du changement climatique.

Rodrigue N'guessan Koffi, directeur de la Maîtrise de l’eau et de la Modernisation des exploitations au ministère ivoirien de l’Agriculture et du Développement durable, estime ainsi qu'il est temps que la question de la maîtrise de l’eau soit inscrite en priorité à l'ordre du jour des conférences et tribunes sur l’agriculture, vu que la pluviométrie devient de plus en plus aléatoire dans la plupart des pays.

"Les changements climatiques sont une réalité en Côte d’Ivoire, nous devons proposer des mesures alternatives aux agriculteurs", estime-t-il, précisant qu’au-delà de toutes les solutions suggérées pour développer l’agriculture, la disponibilité de l’eau reste une condition sine qua non de la productivité.
 
La Côte d'Ivoire développe depuis quelques années des projets pour la maîtrise de l’eau, notamment à travers l’irrigation, mais ces solutions sont parfois onéreuses.
 
"Nous allons vers des systèmes économes en eau, comme le système goutte-à-goutte, la micro-irrigation, la construction de barrages ou de points de retenues d’eau par l’Etat", a expliqué Rodrigue N’guessan Koffi.

Pour l'agronome ivoirien, il faut mettre les centres de recherche spécialisés à contribution, pour que les agriculteurs disposent d’eau à tout moment et à moindre coût, les petits producteurs n’ayant pas tous assez de moyens pour se construire des barrages et autres points de retenue d’eau.

Paradoxe

C’est un "véritable paradoxe" pour certains pays africains, qui bénéficient d’abondantes pluies à des périodes données, mais font face, à d’autres périodes, à des pénuries d’eau pour l’agriculture, notent les experts.

Coulibaly Djandé, ingénieur du génie rural spécialiste de la riziculture, estime ainsi que la meilleure solution est la construction de barrages pour retenir les eaux de pluies.
 
Compte tenu du pouvoir financier des petits producteurs, ceux-ci peuvent valoriser ces eaux par la construction de diguettes avec l’aide d’aménageurs agricoles, afin de les recueillir, dit-il.

"Ces eaux pourront être plus tard utilisées par les paysans, au cas où les pluies se raréfient", ajoute-t-il.
 
Cette solution reste toutefois limitée, signale de son côté, Kangou Ignace, aménageur hydro-agricole au ministère ivoirien de l'Agriculture.
 
Pour ce dernier, la technique des diguettes ne permet aux paysans de réaliser qu’un seul cycle de production avec l’eau de pluie recueillie.
 
Et une bonne quantité de cette eau pourrait s’évaporer, si la température est très élevée.
 
Initiation à la pluviométrie
 
Toutefois, tous s’accordent sur la nécessité pour les agriculteurs de s’initier à la pluviométrie et d'avoir "la culture des prévisions météorologiques" pour une meilleure maîtrise de l’eau et une plus grande résilience face au changement climatique.

"Ils doivent suivre les informations sur la météorologie, de sorte à savoir s’il va pleuvoir ou pas. A ce niveau, l’e-agriculture peut aider en fournissant ces informations aux agriculteurs via des SMS", prône Coulibaly Djandé.

Les paysans doivent aussi adopter des méthodes simples, moins coûteuses, notamment par la valorisation des ressources en eau disponibles comme les puits, lance pour sa part Ignace Kangou.


Références

[1] UN Water: Water and climate change
[2] Sécurité alimentaire mondiale : les défis du changement climatique et des bioénergies
 
 
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