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SciDev.Net/Hugues Christian
  • Bénin : deux espèces végétales pour soutenir la production d’igname

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Lecture rapide

  • La culture itinérante sur brûlis, notamment de l’igname, tant prisée par les agriculteurs du centre et du Nord du Bénin, provoque la perte de 60.000 hectares de forêts dans le pays

  • Pour freiner les dégâts causés à l’environnement, des chercheurs béninois ont mis au point une nouvelle technique culturale apte à préserver les sols

  • Outre une meilleure rentabilité, la nouvelle technique permet également de régler plusieurs problèmes d’ordre social, dont les conflits fonciers et l’exode rural

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Une équipe de chercheurs de l’Institut national des recherches agricoles (Inrab) du Bénin a mis au point de nouvelles techniques de culture de l’igname, basées sur deux espèces végétales : le Gliricidia sepium et l’Aeschynomene histrix.

C’est l’ampleur des dégâts environnementaux causés par la culture itinérante sur brûlis qui a inspiré Raphiou Maliki, spécialiste en aménagement et gestion des ressources naturelles, Isaïe Adjé, spécialiste en sciences du sol et Firmin Amadji et Kokou Téblékou, ingénieurs agronomes.
 
Le nouveau dispositif agroforestier mis au point par les chercheurs consiste en un système à écartement lâche d’arbustes de Gliricidia sepium, d’une densité de 625 arbustes/ha, renforcé par une légumineuse herbacée (Aeschynomene histrix ou une jachère graminéenne.
 
« A l’instar d’autres légumineuses arbustives, le Gliricidia sepium est une plante amélioratrice de la fertilité des sols », a expliqué Raphiou Maliki à SciDev.Net, avant de préciser que cette plante est capable de fixer l’azote de l’air grâce à des bactéries (rhizobiums) contenues dans des nodosités (poches ou excroissances) au niveau des racines de l’arbuste.

Grâce à son système racinaire profond, le Gliricidia sepium remonte les éléments nutritifs, notamment le potassium, le phosphore et d’autres, pour les rendre disponibles à la culture  associée, notamment l’igname.

« En outre, elle assure une décomposition  modérée des feuilles et une libération progressive des éléments nutritifs dans le sol. C’est un bon tuteur pour l’igname et cette espèce végétale peut être cultivée en association avec les cultures annuelles et ou les légumineuses herbacées, dont l’Aeschynomene histrix», explique encore le chercheur.

L’Aeschynomene histrix est particulièrement adaptée à une large gamme de sols et de climats. Elle supporte des conditions de sols défavorables, pauvres, acides, parfois drainés.

La levée est rapide (une ou deux semaines) et le taux de germination est généralement élevé, ce qui  permet d’obtenir une quantité importante de fourrage de bonne qualité pour l’alimentation des animaux, surtout en saison sèche.

Le dispositif permet donc de renforcer la résistance des sols, tout en les protégeant des ravages causés par les techniques culturales traditionnelles pratiquées par les paysans.

La nouvelle technique culturale, désormais en phase opérationnelle, a provoqué un profond changement dans le quotidien des paysans qui l’adoptent progressivement après de multiples  campagnes de vulgarisation.

Elle a réussi à lever l’une des contraintes majeures à l’accroissement de la productivité, avec en toile de fond la gestion durable des ressources naturelles.

Elle a en outre le mérite de sédentariser progressivement la culture de l’igname pour la sauvegarde des dernières réserves de forêts et savanes.  

Las de trop s’éloigner de leur village, en quête d’hypothétiques terres cultivables pour un rendement relativement faible,  beaucoup de jeunes avaient commencé à succomber aux mirages de la ville, abandonnant du coup, les activités culturales.

La nouvelle technique a permis de constater un début de sédentarisation, ainsi qu’en témoigne Tchakalokpo, paysan de la région de Savalou, dans le centre-sud du pays : «Auparavant, nous allions jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres de notre village, en quête de terres cultivables», a-t-il confié à SciDev.Net.

« Avec la mise en place des techniques culturales de l’Inrab, nous bénéficions désormais d’un meilleur cadre pour mener nos activités » a-t-il poursuivi.

Même satisfaction chez Léo Ganlin, responsable de l’organisation non gouvernementale «Vie verte», qui décerne d’ailleurs un satisfecit au collège des chercheurs, à l’origine de cette nouvelle technologie.
Pour Léo Ganlin, « l’initiative constitue une importante alternative à la culture sur brûlis et va permettre de réduire sensiblement  la pression et l’emprise de l’homme sur les forêts. »   

Toutefois, selon les chercheurs, de nombreux défis restent à relever, pour parfaire le système.
A titre d’exemple, le cycle de vie de Gliricidia sepium mérite d’être connu afin d’appréhender la période probable de renouvellement de l’essence pour une gestion durable du dispositif agroforestier.
 
Par ailleurs, même si l’installation par semis ne présente pas de difficultés particulières, les graines sont de petite taille, ce qui nécessite de préparer un lit de semis soigné.
 
Selon Raphiou Maliki, il existe aussi des contraintes d’ordre technique (difficulté d’incorporation de la biomasse), agro-alimentaire (absence de valeur d’usage des graines de légumineuses), institutionnel (absence de marché pour l'écoulement des graines, difficulté d’accès au crédit) et organisationnel (divagation des bœufs et feux de végétation nocifs) qui entravent l’adoption des technologies.
 
Avec 5%, le Bénin occupe le quatrième rang des plus gros producteurs d’ignames en Afrique, après le Nigeria (67%), la Côte d’Ivoire (10%) et le  Ghana (8%). Raphiou Maliki estime que grâce au changement de comportement des paysans qui vont finir par s’adapter tous à la nouvelle technologie culturale, le Bénin pourrait surclasser très rapidement ses concurrents, tout en préservant la nature.

Les Béninois pourraient alors envisager de disposer d’ignames en toutes saisons et à moindre coût.


Références


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