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Les tout premiers lâchers-tests de moustiques génétiquement modifiés sont désormais effectifs au Burkina Faso.
 
Ce sont 6.400 moustiques mâles stériles qui ont été lâchés pour cette première opération, dans le village de Bana, situé à 25 kilomètres à l’ouest de Bobo-Dioulasso, la capitale économique.
 
Il s’agit de la première des trois phases du projet d’éradication des moustiques par forçage génétique. Mais les chercheurs à l’origine de l’initiative insistent sur le fait que ce premier lâcher n’aura aucune incidence sur la prévalence du paludisme.

“Cette étape est très importante. Elle va nous permettre d’avoir des informations utiles pour la suite de la recherche. Les moustiques modifiés n’auront pas d’impact sur l'incidence du paludisme.”

Abdoulaye Diabaté, entomologiste et chercheur principal du projet Target Malaria

En d’autres termes, pas plus qu’il ne fera baisser le nombre de cas du paludisme, il ne provoquera pas non plus son augmentation.
 
« Le mâle stérile est un moustique anophèle modifié », explique Abdoulaye Diabaté, entomologiste et chercheur principal du projet Target Malaria.  
 
« Lorsqu’il s’accouple avec une femelle sauvage, les œufs obtenus de l’accouplement n’arrivent pas à maturité et donc ne sont pas viables », poursuit-il.

Un échantillon de moustiques génétiquement modifiés à l’insectarium de l’IRSS - Crédit photo : SDN/Abdel Aziz Nabaloum.

 
Après un an de recherche sur le mâle stérile en milieu confiné, l’Institut de recherche en science de la santé (IRSS) a obtenu auprès de l’Agence nationale de biosécurité (ANB), un arrêté portant autorisation de dissémination contrôlée de moustiques mâles stériles génétiquement modifiés dans les villages de Bana et Souroukoudingan.
 

672 espèces de moustiques

 
Ce lâcher à petite échelle a pour objectif de collecter des données scientifiques qui vont permettre d’informer les étapes prochaines du développement de la technologie.
 
Il va également permettre de recueillir des informations sur le taux de survie des moustiques mâles stériles, sur les distances parcourues et sur leur capacité à participer aux essaims.
 
Ces moustiques ont une durée de vie très courte et ils disparaîtront rapidement de l’environnement et ne peuvent pas se reproduire, a confié le chercheur à SciDev.Net.
 
« Cette étape est très importante. Elle va nous permettre d’avoir des informations utiles pour la suite de la recherche. Les moustiques modifiés n’auront pas d’impact sur l'incidence du paludisme », a confirmé Abdoulaye Diabaté.
 
672 différentes espèces de moustiques sont présentes en Afrique. Seulement, l’anophèle gambiae, l’anophèle coluzzi et l’anophèle arabiensis transmettent le paludisme.
 
Pour la seule année 2016, on estimait à près de 8 millions le nombre de cas de paludisme au Burkina Faso (représentant 7% des cas mondiaux).
 
L’Afrique subsaharienne reste la zone la plus touchée par la maladie, avec 90% des cas recensés à l’échelle mondiale.
 

« Décision scandaleuse »

 
Première du genre en Afrique, ce lâcher ne fait cependant pas l’unanimité au sein des Burkinabè.
 
Depuis des années, des organisations de la société civile (OSC) multiplient les initiatives pour que les moustiques OGM ne soient pas disséminés sur le territoire burkinabè.
 
« C’est une décision scandaleuse, avec en toile de fond de l’amertume, du regret, de la stupéfaction et de la colère », s’est indigné le porte-parole du Collectif citoyen pour l’agroécologie (CCAE), Ali Tapsoba.

Pour la coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN) et le CCAE, les deux organisations qui militent contre les moustiques OGM, ce lâcher-test intervient en totale négation de l’éthique de la vie humaine et en violation des lois et conventions nationales et internationales dont le Burkina Faso est signataire.
 
Les deux organisations citent à titre illustratif, la loi N°064-2012/AN du 20 décembre 2012 portant régime de sécurité en matière de biotechnologie.
 
« Nous avions dénoncé l’importation des 5000 œufs génétiquement modifiés venus de l’Imperial College de Londres parce que nous avons estimé que conformément au Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques, la loi portant régime de biosécurité, il n’était pas normal de donner une autorisation d’importation d’œufs s’il n’y a pas eu l’information de la population, sans qu’ils ne connaissent les enjeux…», a soutenu Ali Tapsoba.
 
Selon le porte-parole de la CCAE, après le lâcher-test en milieu ouvert, la deuxième phase va consister au lâcher d’autres espèces de moustiques et enfin, la troisième, au lâcher des moustiques issus du forçage génétique.
 
Cette expérience est scientifiquement controversée dans le monde, car, elle touche les aspects sexuels de l’espèce animale, a affirmé Ali Tapsoba, avant d’ajouter : « processus irréversible, ces moustiques peuvent engendrer un bouleversement écologique dangereux pour l’espèce humaine ».
 

Indignation


Face à ce qu’ils qualifient de passage en force, les deux organisations de la société civile, la COPAGEN et la CCAE, ont dit qu’elles tiendront pour responsable le gouvernement burkinabè de toutes les conséquences qui pourraient en découler.
 
« Quand un gouvernement n’écoute pas l’opinion, il doit en tirer toutes les responsabilités. Target Malaria et le gouvernement ont fait le choix dangereux, malgré tout, d’exposer les populations et leur milieu de vie à des situations aux évolutions incertaines », a déploré Ali Tapsoba.
 
Le coordonnateur du groupe du relais de la société civile du projet de recherche Target Malaria, le médecin de santé publique, Sibri Sory, ne cache pas non plus sa déception.

“Nous ne sommes pas opposés à ce que les recherches se poursuivent sur le terrain pour trouver des moyens efficaces et innovants de lutte contre le paludisme.”

Yacouba Savadogo, coordonnateur du programme national de lutte contre le paludisme.

Mais, il a dit être déçu de la conduite de l’équipe de Target Malaria. « Je partage actuellement les inquiétudes et l’indignation que beaucoup de citoyens ressentent et expriment depuis le lâcher », a soutenu Siby Sory.
 
Selon Abdoulaye Diabaté, la sécurité est leur toute première préoccupation et il n’y a pas d’indice que ce test puisse causer un quelconque dommage à la santé humaine ou à l’environnement.
 
« Ces moustiques mâles stériles génétiquement modifiés ne persisteront pas dans l’environnement, ils vont disparaître au bout de quelques semaines. La nature de la modification génétique fait que le gène d’intérêt inséré dans leur génome va rapidement disparaître de l’environnement après le lâcher. Ils sont stériles et ne peuvent avoir de progénitures », a démontré le chercheur Diabaté.
 
À sa sortie du conseil des ministres, mercredi 3 juillet 2019, le porte-parole du gouvernement, Remis Dandjinou a invité les Burkinabè « à ne pas être des vecteurs de craintes inutiles ». « Tout a été fait dans le respect de la santé des populations », a indiqué le porte-parole du gouvernement.
 
Malgré la controverse et les craintes, le projet de lutte contre le paludisme vient de franchir une étape cruciale, même s’il continue de faire l’objet de contestation des organisations anti OGM.
 

Les travaux se sont menés à l’IRSS, à plus de 300 Km de Ouagadougou, la capitale - Crédit photo : SDN/Abdel Aziz Nabaloum.




















La prochaine étape serait celle du monitoring, qui consistera à effectuer des suivis et recaptures périodiques des moustiques.

« Nous utiliserons deux méthodes pour la recapture : la capture d’essaims et la capture par pulvérisation d’insecticides, toutes deux déjà utilisées dans nos activités de routines. Ensuite, un suivi aura lieu pendant 12 mois lors duquel les moustiques seront collectés dans le village. Les moustiques mâles stériles génétiquement modifiés vont disparaitre au bout de quelques semaines », a expliqué Abdoulaye Diabaté.
 
L’entomologiste a assuré qu’une évaluation indépendante externe des risques liés à la recherche avec la souche de moustiques mâles stériles en milieu confiné et une évaluation de risque en rapport avec le lâcher à petite échelle a été effectuée par l’Organisation pour la recherche scientifique et industrielle du Commonwealth (CSIRO).
 
Le coordonnateur du programme national de lutte contre le paludisme, Yacouba Savadogo, a révélé qu’en 2010, 9.000 cas de décès avaient été répertoriés dans les formations sanitaires, contre 4.294 cas en 2018.

Il s’ensuit que pour lui, en matière de recherche contre le paludisme, il ne faut négliger aucun moyen de lutte pour éliminer la maladie.
 
« En tant que programme du ministère de la santé, nous allons travailler à implémenter les résultats pour réduire le fardeau du paludisme », a affirmé Yacouba Savadogo.

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