Par: Abdulrahman Olagunju
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La peste pourrait être plus communément associée à la pandémie dévastatrice européenne des années 1300 connue sous le nom de « peste noire ».
Mais aujourd’hui, la maladie reste endémique dans un certain nombre de pays, notamment à Madagascar, en République démocratique du Congo et au Pérou.
Causée par la bactérie Y. Pestis, la peste a touché plus de 13 000 personnes à Madagascar au cours des 25 dernières années, avec un taux de mortalité de 27 %.
La maladie est fréquente dans les zones rurales, mais peut également se déclarer en ville. Elle est généralement transmise par la piqûre de puces infectées transportées par des rongeurs.
Elle se présente sous deux formes – bubonique et pulmonaire qui est la plus grave – et se manifeste par de la fièvre, des frissons et des vomissements.
“Des mesures visant à améliorer les conditions environnementales, comme le remplacement des sols en terre battue par du béton et la tenue du bétail hors des habitations, peuvent atténuer les infestations par les puces”
Adelaide Miarinjara, université Emory, États-Unis
Une espèce de la bactérie, connue sous le nom de Pulex irritans, la soi-disant « puce humaine », a été identifiée comme responsable des épidémies de peste survenues au cours de la dernière décennie.
Adelaide Miarinjara est une entomologiste médicale qui a dirigé une étude pour comprendre le rôle de la puce humaine dans les zones d’endémie de peste et y trouver une solution.
« Mes recherches visent à comprendre l’importance de la puce humaine P. irritans pendant les épidémies de peste », déclare Miarinjara dans un entretien avec SciDev.Net .
Prévenir la peste
Adelaide Miarinjara a rejoint l’université Emory, à Atlanta, aux États-Unis, en tant que chercheure postdoctorale alors qu’elle étudiait la bactérie de la peste à l’Institut Pasteur de Madagascar. Elle explique qu’elle et son équipe voulaient savoir si les communautés touchées pouvaient prévenir les infestations par les puces.
« Des études antérieures ont démontré que les ménages ne connaissent pas le même niveau d’infestation par P. irritans et n’ont donc pas le même niveau d’exposition aux piqûres de puces et au risque de peste », explique-t-elle.
« Nous voulions savoir pourquoi et si la communauté pouvait faire quelque chose pour prévenir une forte infestation par les puces », ajoute la chercheure.
Adelaide Miarinjara et son équipe ont examiné les données d’enquêtes transversales et d’échantillonnages de puces domestiques dans quatre villages de la partie sud-est des hauts plateaux centraux de Madagascar, où la peste est endémique.

Adelaide Miarinjara vérifie la liste des ménages qu’elle va visiter pour des entretiens. Crédit : Abdulrahman Olagunju.
Ils se sont concentrés sur les variables susceptibles d’influencer le nombre de puces trouvées dans les ménages, telles que la démographie, les conditions de sommeil, la présence d’animaux, les comportements liés à l’hygiène domestique et les attitudes envers les rongeurs et les puces.
Les chercheurs ont établi un lien entre les taux élevés d’infestation par les puces dans les zones rurales de Madagascar et les tendances saisonnières associées aux habitudes des ménages.
« Nous avons constaté que les caractéristiques des ménages, en particulier dans les familles nombreuses résidant dans des maisons traditionnelles et gardant le bétail à l’intérieur de la maison la nuit, ont quelque chose à voir avec l’infestation par les puces », explique Adelaide Miarinjara.
Elle affirme que les sols en terre recouverts de tapis en fibres végétales créent des conditions optimales pour les puces.
Adelaide Miarinjara déclare aussi que contrairement aux puces des rongeurs, la densité des puces humaines dans les maisons reste constante entre les saisons dans les villages qui ont fait l’objet de l’étude.
Résistance aux insecticides
Les chercheurs ont observé que les infestations par les puces domestiques entraînaient une utilisation excessive d’insecticides, ce qui pourrait être à l’origine d’une résistance aux insecticides chez ces espèces.
La résistance aux insecticides constitue une menace pour le succès de la lutte contre les vecteurs de la peste et s’appuyer exclusivement sur le traitement par les insecticides n’est pas l’idéal à long terme, explique Adelaide Miarinjara.
« Nous plaidons en faveur d’une commercialisation plus sûre des pesticides et pour une éducation communautaire sur les risques pour la santé associés à l’utilisation abusive des insecticides », ajoute-t-elle.
« Des mesures visant à améliorer les conditions environnementales, comme le remplacement des sols en terre battue par du béton et la tenue du bétail hors des habitations, peuvent atténuer les infestations par les puces, qui sont des problèmes courants susceptibles de se reproduire. »
Les chercheurs ont noté la nécessité de développer un modèle plus précis pour étudier la capacité de P. irritan à transmettre la bactérie de la peste parmi les puces à Madagascar au lieu de se servir du modèle américain utilisé dans leur étude.
Mesures de contrôle des puces
Nicholas Aderinto, expert en santé publique à l’université de technologie de Ladoke Akintola, au Nigéria, estime que les campagnes d’éducation du public et la collaboration des professionnels de la santé sont cruciales.
« Nous n’avons pas besoin de réinventer la roue. Ce dont nous avons réellement besoin, c’est d’une mise en œuvre cohérente de mesures des base de santé publique contre les puces », a-t-il déclaré.
« Si les vétérinaires, les responsables de la santé publique et les dirigeants communautaires travaillent ensemble, ils peuvent élaborer du matériel pédagogique ciblé, garantir l’accès à des traitements antipuces abordables et promouvoir la participation de l’ensemble de la communauté », ajoute cet expert.