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Les bactéries représentent un défi pour l'Afrique mais les tests basés sur l'ADN ont leur rôle à jouer.

[NAIROBI/DAKAR] Deric Mashinga se souvient de cette soirée au mois de décembre dernier quand il s'est senti malade et est allé se coucher très tôt: « J'avais des quintes de toux et des douleurs à la poitrine » rapporte-t-il. Le lendemain, il s'est rendu à une clinique du voisinage pour obtenir un traitement.

 
Les médecins du centre de santé Shibwe de la région de Kakamega au Kenya ont diagnostiqué une pneumonie et prescrit des antibiotiques.

« Je me suis d'abord senti mieux mais après trois semaines j'avais de nouveau une forte toux et des douleurs à la poitrine » poursuit Deric Mashinga, « Je suis retourné à l'hôpital et les médecins m'ont conseillé de me rendre à l'hôpital de Kaimosi où on m'a dit que j'avais la tuberculose. »
 
Deric, un plombier âgé de 32 ans, a accusé le coup, mais il a commencé son traitement après que son médecin lui a dit qu'il se rétablirait au bout du compte. « J'ai pris les médicaments sans faute pendant les trois premières semaines et honnêtement, je n'ai jamais oublié une dose» dit-il. Malgré cela, son état de santé s'est détérioré et il a été établi qu'il souffrait de tuberculose multirésistante (MR). Il poursuit actuellement un deuxième traitement.
 

Une résistance croissante 

 
La tuberculose-MR se manifeste quand les bactéries à l'origine de la tuberculose deviennent résistantes aux deux antimicrobiens les plus efficaces contre la maladie, la rifampicine et l'isoniazide. Globalement, le nombre d'infections en est baisse d'environ 2% par an, mais il y a des centaines de milliers de nouveaux cas chaque année et l'OMS parle d'une crise de santé publique.
 
Frédéric Ahiator, chercheur en pharmacologie à l'Université de Lomé, au Togo, explique que quand les patients sont porteurs de lignes résistantes aux antimicrobiens, c'est le plus souvent un usage abusif des antibiotiques qui est en cause: « Quand un patient ne prend pas les bonnes doses ou ne respecte pas la durée du traitement prescrit, clairement le traitement ne va pas marcher et les lignes résistantes font leur apparition. »
 
Selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé, 1,6 million de personnes meurent chaque année dans le monde des suites de la tuberculose et c'est en Afrique que le bilan est le plus lourd. L'OMS estime qu'en 2017 il y avait 558 000 nouveaux cas de résistance à la rifampicine, le médicament de première ligne le plus efficace.
 
Mohlopheni Marakalala, pathologiste à l'Institut Africain de recherches sur la santé en Afrique du Sud explique que traiter la tuberculose-MR nécessite plus de médicaments que pour les lignes non résistantes et que la plupart des patients ne parviennent pas à prendre la dose complète pour la période conseillée de six mois. «Par conséquent, les bactéries qui affectent les patients deviennent résistantes aux médicaments» a-t-il confié à SciDev.Net.
 
Mohlopheni Marakalala ajoute que la résistance aux antimicrobiens est alimentée par la propagation continuelle de la maladie, attribuable aux conditions de vie déplorables sévissant en particulier dans l'habitat informel, les foyers et dans le milieu minier.


 
Le vaccin BCG employé pour protéger contre la tuberculose est efficace chez les enfants, mais généralement pas chez les adultes. « Si nous voulons atteindre les objectifs [de l'ONU] en matière d'éradication d'ici 2050, il nous faut des vaccins efficaces » conclut-il.

Démanteler les obstacles

Au Sénégal, Yacine Mar Diop, responsable du Bureau de prise en charge du Programme national de lutte contre la tuberculose, explique que les professionnels de la santé s'attaquent aux obstacles qui empêchent les patients d'aller jusqu'au bout de leurs traitements: « Quand un patient suit un traitement pour tuberculose pharmacosensible, sachant qu'il s'agit d'un traitement de six mois, le patient doit se rendre au centre de soins le plus proche pour prendre ses médicaments pendant les deux premiers mois.»
 
Dans les cas où cela n'est pas possible, il y a des « relais communautaires» qui administrent le traitement au domicile du patient.
 
« Avec la tuberculose résistante aux médicaments, il s'agit d'une procédure d'accompagnement qui ne s'arrête pas quand le traitement débute, mais continue tout au long du traitement » précise Yacine Mar Diop.
 
Mais la tuberculose-MR représente toujours un défi au Sénégal. En 2014, une enquête du Programme national de lutte contre la tuberculose estimait qu'il y avait 300 nouveaux cas chaque année.
 
La durée du traitement et les effets secondaires peuvent amener les patients à cesser de le suivre, ce qui favorise l'apparition de bactéries résistantes, ajoute Yacine Mar Diop. Les vomissements sévères que les médicaments provoquent souvent peuvent aussi nuire à leur passage dans le sang.
 
Selon Yacine Mar Diop, 13 665 cas de tuberculose ont été recensés au Sénégal en 2017, mais on estime que cela ne représente que les deux-tiers du nombre total. Les autres cas, explique-t-elle, ne sont jamais identifiés. Les malades restent dans leurs communautés, contribuant à perpétuer l'épidémie.
 
Au Kenya, le Programme national sur la tuberculose, la lèpre, et les maladies pulmonaires (NLPT) indique que la tuberculose est la quatrième cause de décès dans le pays, avec entre 5 et 10 000 morts par an. Il s'agit souvent de cas de tuberculose-MR. Stephen Muleshe, responsable des soins et traitements pour la tuberculose au NLPT indique qu'il est difficile de confirmer ces cas. Cependant, selon l'OMS on a enregistré 669 cas dans le pays, le total réel étant estimé à 1 300. 

Médicaments et diagnostics

Le Kenya prévoit d'introduire le traitement recommandé par l'OMS pour la tuberculose résistante aux médicaments, qui ne prévoit pas de recours à des injections. Les médicaments pris par voie orale, sur une période de 18-24 mois, ont moins d'effets secondaires et sont plus efficaces.

« Nous avons fait ce choix parce que les injections avaient de nombreux effets nocifs sur les patients et provoquaient notamment des troubles auditifs » explique Stephen Muleshe qui ajoute : « Nous avons réalisé quelques entretiens ad hoc avec des [patients atteints de] tuberculose-MR et presque tous préfèrent une thérapie plus longue sans effets secondaires. »
 
Mais il est difficile de venir en aide aux patients si les médecins ne savent pas qui est atteint de tuberculose-MR. En 2010, le Kenya a introduit un test dénommé GeneXpert qui est capable d'identifier les bactéries responsables de la tuberculose et d'établir si elles sont résistantes à la rifampicine en analysant leur ADN. Stephen Muleshe estime que cela a représenté une grande avancée dans la lutte contre la tuberculose-MR au Kenya.
 
Yacine Mar Diop, en revanche, souligne que cette technique est trop coûteuse pour pouvoir être déployée partout au Sénégal et indique qu'il faut consacrer plus de moyens à l'achat d'équipement et aussi au niveau des formations.
 
Mohlopheni Marakalala estime aussi qu'il faut mettre l'accent sur la nécessité d'avoir des outils diagnostiques plus performants ainsi que sur les traitements à courte durée : « L'Afrique est capable de trouver des solutions durables à la tuberculose-MR » dit-il, « La gestion du VIH en Afrique à travers des meilleurs diagnostics permettant aux victimes de vivre plus longtemps est un bon exemple à suivre [et démontre] que le continent peut contrôler la tuberculose-MR. »
 

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