30/10/26

Les vagues d’extrême chaleur mettent en danger la femme enceinte et son bébé

Pregnant woman
Les vagues de chaleur présentent des risques pour la sécurité de la femme enceinte et son bébé. Crédit image: ILO Asia-Pacific (CC BY-NC-ND 2.0)

Lecture rapide

  • Le personnel soignant signale une augmentation des complications de grossesse liées à la chaleur
  • Wellcome, un ONG qui finance la santé, appelle à agir face aux effets de la chaleur sur la grossesse
  • Les Etats sont invités à privilégier les femmes et les nouveau-nés dans leurs plans d'action climatique

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[SciDev.Net] Les fortes chaleurs ont entraîné une augmentation marquée des risques auxquels sont confrontées les femmes enceintes et leurs bébés, selon une enquête menée auprès de 1 000 professionnels de la santé dans des pays comme le Brésil, l’Inde et le Zimbabwe.

L’enquête, commandée par la fondation de recherche médicale Wellcome, a révélé que 73 % des professionnels de santé maternelle avaient constaté une augmentation des complications liées à la chaleur au cours des cinq dernières années. Plus des trois quarts signalant une augmentation des atteintes au fœtus ou au nouveau-né durant cette même période.

“La sécurité d’un accouchement est déjà trop souvent conditionnée par la situation géographique, les revenus et l’accès aux soins. Sans intervention, les vagues de chaleur extrêmes ne feront qu’aggraver cette injustice”

Simon Stiell, Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques

Ces résultats, qui concernent également l’Australie et le Royaume-Uni, viennent s’ajouter à une multitude de preuves scientifiques établissant un lien entre les fortes chaleurs et les fins de grossesse difficiles, notamment les décès maternels et les naissances prématurées.

Presque tous les professionnels de santé ayant répondu ont déclaré avoir pris en charge une femme enceinte ou un bébé dont la santé avait été affectée par une chaleur extrême.

Les résultats de cette enquête ont été publiés le 5 octobre lors d’un sommet pré-COP aux Îles Fidji, où Wellcome a lancé un appel mondial à l’action sur la chaleur en relation avec la santé des femmes, en prélude au sommet des Nations Unies sur le climat COP31, prévu à Antalya, en Turquie, en novembre.

« Tueur invisible »

Julia Gillard, présidente de Wellcome et ancienne Première ministre australienne, déclare qu’aucune femme ne devrait avoir à craindre que les fortes chaleurs ne nuisent à son bébé.

« La chaleur extrême est un tueur invisible, mais les femmes enceintes ne doivent pas être invisibles. Les dirigeants disposent des preuves et des solutions dont ils ont besoin ; il leur faut maintenant agir », dit-t-elle.

Environ un quart des personnes interrogées ont déclaré avoir constaté des complications de grossesse qu’elles estimaient être liées à la chaleur extrême et qui nécessitaient une surveillance ou un traitement.

Plus d’un tiers ont également signalé chez les nouveau-nés de faibles poids à la naissance ou des retard de croissance, une déshydratation et des maladies liées à la chaleur. Des difficultés d’alimentation, de respiration et de thermorégulation ont aussi été fréquemment rapportées.

Plus de 90 % souhaitaient davantage de formation et de ressources pour protéger les femmes enceintes lors des épisodes de forte chaleur.

Wellcome appelle les gouvernements à faire des femmes enceintes et de leurs bébés une priorité dans les plans nationaux de lutte contre le changement climatique, en prévoyant des subventions pour les protéger contre la forte chaleur.

L’association caritative a investi plus de 2,6 millions de dollars dans la recherche afin de comprendre les risques liés aux fortes chaleurs pendant la grossesse et de tester des solutions locales.

Solutions à faible coût

Fortunate Machingura, directrice du Wellcome Consortiums au Zimbabwe, dirige les recherches de HAPI Zimbabwe, une étude qui examine comment des mesures élaborées avec les communautés locales peuvent réduire les risques liés à la chaleur, tels que la déshydratation pendant l’accouchement, la prématurité et les coups de chaleur. L’étude est menée auprès de 1 600 femmes en milieu urbain en Afrique du Sud urbaine et en milieu rural au Zimbabwe.

Parmi les mesures à faible coût actuellement testées figurent un système d’alerte canicule qui envoie des avertissements personnalisés sur smartphone, relayés par des agents de santé communautaires aux femmes qui n’ont pas de téléphone, des kits de rafraîchissement qui favorisent l’hydratation et la protection solaire, et des toits réfléchissants pour rafraîchir les bâtiments.

D’autres interventions sont encore plus simples : les familles se partagent les tâches exigeantes et planifient le travail aux heures les plus fraîches, tandis que des « champions de la chaleur » masculins aident à aller chercher et à stocker de l’eau.

Pour Fortunate Machingura, ces mesures permettent de protéger les femmes enceintes contre les pires effets de la chaleur. « Les conseils ne valent pas grand-chose si l’eau se trouve à des kilomètres de distance »,dit-elle.

« ‘HAPI mobilise les familles, les groupes de femmes, les chefs traditionnels et les services de maternité, en demandant aux hommes de partager les responsabilités que les femmes assument souvent seules», précise-t-elle dans un entretien avec SciDev.Net.

Un travail exigeant, l’insécurité hydrique et des maisons retenant la chaleur aggravent le stress thermique pour les femmes du district de Mount Darwin, au nord-est du pays, qui abrite le premier laboratoire de démonstration de santé climatique du pays, explique Fortunate Machingura.

Elle indique que les premiers résultats de l’étude ont révélé des niveaux de déshydratation significativement plus faibles chez les femmes ayant bénéficié de l’intervention HAPI que chez celles qui n’en ont pas bénéficié.

Record de chaleur

Ces conclusions interviennent alors que le programme européen d’observation de la Terre Copernicus a déclaré que mois d’août était le mois le plus chaud jamais enregistré, à égalité avec juillet 2023. Elles surviennent également dans un contexte d’intensification du phénomène El Niño, qui affecte les variations de température.

L’Inde a connu cette année de fortes vagues de chaleur, avec des températures dépassant les 45 degrés Celsius dans certaines régions.

Neelam Singh est la directrice de l’ONG indienne Vatsalya, qui œuvre pour améliorer la santé et le bien-être des femmes et des filles, notamment dans l’Uttar Pradesh. Elle explique que les résultats de l’enquête reflètent les problèmes de santé liés à la chaleur que Vatsalya constate sur le terrain chez les femmes enceintes et en post-partum.

« En particulier, une chaleur excessive peut contribuer à la déshydratation et à l’épuisement physique pendant la grossesse, tout en pouvant potentiellement affecter le bien-être du fœtus et la santé du nouveau-né », indique-t-elle.

« Nous avons également observé que la chaleur et la déshydratation qui en découle affectent négativement les femmes pendant la période post-partum, notamment leur capacité à initier et à maintenir un allaitement adéquat », ajoute-t-elle, soulignant au passage que les données permettant de quantifier ce phénomène font actuellement défaut.

Des études antérieures ont toutefois mis en évidence un lien clair entre la chaleur et les complications de grossesse. Une étude publiée dans la revue Environment International a conclu que 1,4 % des naissances prématurées sont imputables à la chaleur pendant la saison chaude, soit 855 cas par million de naissances. Cette étude, qui a fait l’objet d’un article dans l’édition Amérique latine et Caraïbes de SciDev.Net, a analysé des données provenant de 13 pays sur une période de 40 ans.

« Faille » climatique

S’exprimant lors d’une réunion ministérielle organisée par Wellcome aux Îles Fidji le  5 octobre, Simon Stiell, directeur de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, a déclaré que la chaleur extrême faisait de la grossesse la « nouvelle ligne de fracture » de la crise climatique.

Commentant les données de l’enquête, il a déclaré : « Derrière ces chiffres se cachent des histoires humaines : le trajet d’une femme enceinte vers la clinique retardé par une chaleur dangereuse ; une sage-femme travaillant dans des conditions de températures dangereuses ; un nouveau-né nécessitant des soins spécialisés. »

Il a ajouté : « La sécurité d’un accouchement est déjà trop souvent conditionnée par la situation géographique, les revenus et l’accès aux soins. Sans intervention, les vagues de chaleur extrêmes ne feront qu’aggraver cette injustice. »

La version originale de cet article a été produite par l’édition mondiale de SciDev.Net.