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  • Des tribunaux kényans veulent arrêter des programmes sur les biocarburants

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[NAIROBI] Des tribunaux kenyans pourraient ordonner l'arrêt de la première phase d'un projet de développement des biocarburants d'un montant de 370 millions de dollars US, qui prévoit l'affectation de 20.000 hectares de pâturage côtier à la culture irriguée de la canne à sucre.

L'examen de la légalité de ce projet, basé dans le delta du fleuve Tana, sur la côte Nord du Kenya, a été décidé le mois dernier (11 juillet) suite à une campagne menée par des associations de protection de l'environnement telles que Nature Kenya et la East African Wildlife Society, mais également par des groupes d'éleveurs nomades.

Ce projet est destiné à la production d'électricité – jusqu'à 34 mégawatts par jour  dans sa phase maximale – à partir des déchets de raffinage de la canne à sucre et jusqu'à 20 millions de litres de carburant éthanol par an à partir de la mélasse.

La Mission de développement du fleuve Tana, placée sous l'autorité du Ministère du développement régional, et Mumias, le plus grand producteur de sucre par broyage du Kenya, sont les promoteurs de ce projet.

Selon Ruth Musembi, responsable de la communication à l'Agence nationale de gestion de l'environnement (NEMA), cette institution a validé la première des trois phases du projet le 19 juin dernier, une décision qui concerne seulement 500 hectares des terres agricoles touchées par cette phase.

En septembre 2007, l'Agence a chargé David Mungai, chercheur en agroforesterie et enseignant à l'Université de Nairobi, de réaliser une étude sur l'impact environnemental du projet. Mungai a conclu que les effets néfastes du projet sur l'environnement sont mitigés grâce au recours aux meilleures méthodes existantes et au respect scrupuleux de la législation nationale.

Les partisans du projet estiment qu'il permettra de réduire les prix des carburants, minimiser les pertes en devises résultant de l'importation de 200.000 tonnes de sucre chaque année, créer 20.000 emplois et 'introduire des véhicules écologiques au Kenya. 

En revanche, les défenseurs de l'environnement comme Paul Matiku de Nature Kenya pensent que la non  publication des documents relatifs à la conception du projet, comme l'exige la loi kenyane sur la protection de l'environnement, a été un manquement grave au processus d'évaluation.

Une étude commandée par Nature Kenya au mois de mai a révélé que 'les promoteurs du projet ont surestimé les bénéfices,  ignoré le coût  de l'utilisation de l'eau et la pollution émanant de  l'usine de production de sucre de canne, et n'ont pas tenu compte  des pertes de revenu générés par le tourisme faunistique.

D'après le journal Engineering News, Wangari Maathai, Prix Nobel de la paix et défenseur de l'environnement, a déclaré  « Nous ne pouvons pas faire n'importe quoi de nos zones humides simplement parce que nous avons besoin de biocarburants et de sucre ».

Hellen Omondi, juge à la Haute Cour de Malindi, procède actuellement à l'examen des procédures de prise de décisions des organismes publics tels que la Mission de développement des fleuves Tana et Athi, le Conseil du comté du fleuve Tana, l'Agence de gestion des terres et des ressources en eaux, et la NEMA.

Le tribunal a également  demandé à la société sucrière Mumias de lui présenter tous les documents du projet'. Aucun délai n'a été fixé quant à la décision de la Cour.

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