27/07/26
Des actions urgentes sont requises pour prévenir El Niño et ses dégâts
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[SciDev.Net] Les climatologues engagent les gouvernements à prendre des mesures urgentes en prévision d’un épisode d’El Niño qui s’intensifie rapidement et qui générera des phénomènes météorologiques extrêmes dans de nombreuses régions, aggravant les crises existantes qui menacent la sécurité alimentaire et celle des populations.
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a indiqué qu’El Niño, qui affecte déjà les conditions météo dans l’Océan pacifique, va augmenter en intensité au cours des prochains mois, augmentant le risque de vagues de chaleur et d’inondations dans le monde entier.
« Encore une fois, une chaleur extrême, de la sécheresse et des inondations s’apprêtent à dévaster des communautés en Amérique latine, dans l’est et le sud du continent africain, en Asie et dans le Pacifique »,indique Tom Fletcher, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence à l’ONU, dans un communiqué publié le 13 juillet.
Il ajoute que selon les prévisions, ce phénomène El Niño « semble encore pire » que le précédent. En 2023-2024, des dizaines de millions de personnes avaient manqué d’aide et de protection (nourriture, aliments nutritifs, eau, produits d’hygiène, santé et agriculture ).
“Les endroits les moins équipés pour gérer une autre crise sont ceux qui sont le plus en danger”
Bob Kitchen, International Rescue Committee
Le Kenya, l’Ouganda, la Somalie, le Bangladesh, le Pakistan et l’Afghanistan figureront parmi les pays les plus touchés, selon l’ONG International Rescue Committee.
El Niño est un phénomène climatique naturel qui a lieu tous les deux à sept ans, quand les températures de surface de l’océan augmentent dans le Pacifique est, au climat tropical. Il peut affecter la météo dans le monde entier, provoquant à la fois un temps plus chaud et plus sec ou des pluies diluviennes et des inondations.
L’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (National Oceanic and Atmospheric Administration) (NOAA) indique qu’El Niño va probablement se renforcer d’ici la fin de l’année 2026 et qu’il continuera début 2027. L’agence ajoute que cet épisode pourrait être le pire depuis que l’on a commencé à recueillir des données, en 1950.
Dans son actualisation du 15 juin, l’agence indiquait que les prévisionnistes estimaient qu’il y avait 63 % de risque que les températures de surface de l’océan dans le Pacifique Est excèdent deux degrés Celsius de plus que la moyenne, ce qui constituerait un épisode El Niño « particulièrement fort », que l’on appelle souvent un “Super” El Niño.
La principale différence entre cet épisode et les précédents, selon Mat Collins, responsable du département mathématiques et statistiques à l’Université d’Exeter, au Royaume-Uni, c’est qu’il intervient dans un monde qui s’est déjà réchauffé de près de 1,5 °C. « C’est pour cette raison que les régions vulnérables sont touchées par ce “double coup dur”, le réchauffement climatique et El Niño. »
Tom Fletcher attire aussi l’attention sur la convergence des crises. « El Niño vient s’ajouter aux conflits, au nombre croissant de phénomènes migratoires, à un moment où la flambée des prix du carburant, des engrais et des produits alimentaires touche les familles les plus vulnérables, tandis que le système humanitaire subit les contrecoups des coupes sombres dans les budgets », ajoute-t-il.
Il indique que le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) est prêt à débourser une aide d’urgence de 100 millions de dollars, et que 20 millions de dollars avaient déjà été alloués pour des « mesures préventives » dans six pays.
Le météorologue malgache Andriamihaja Ranaivoson, chef du Service météorologique régional à Boeny, confie à SciDev.Net que « L’un des aspects qui retient particulièrement mon attention est la rapidité exceptionnelle de l’évolution prévue de cet épisode ».
« Les observations et prévisions montrent une augmentation très rapide de l’indice Niño 3.4 », l’indice utilisé pour évaluer l’intensité d’El Niño, précise-t-il. Il ajoute que l’épisode de 2026 évolue plus vite que celui de 1997, l’un des plus intenses enregistrés à ce jour.
Prévisions météo
L’influence d’El Niño sur les conditions météo « n’est ni systématique, ni uniforme », rappelle pour sa part le météorologue Seydou Tinni Halidou, chef de la Division veille régionale hydrométéorologique et climatique au Centre régional Agrhymet à Niamey au Niger.
Il explique qu’elle dépend aussi des conditions d’autres bassins océaniques, en particulier la zone tropicale de l’Atlantique, la mer Méditerranée et l’océan indien.
Selon les Perspectives pour juin-septembre de l’OMM, on s’attend à ce que cet épisode d’El Niño cause des précipitations supérieures à la normale dans le Pacifique équatorial central et oriental, et inférieures à la normale dans certaines régions de l’océan Indien tropical et du sous-continent indien.
Au Bangladesh, les inondations et les glissements de terrain causés par les pluies torrentielles de la mousson ont déjà affecté plus de 1,1 million de personnes et en ont déplacé plus de 36 500. Par ailleurs, les conditions météo générées par El Niño augmentent le risque que la situation empire, prévient le Programme alimentaire mondial.

El Niño 2026/2027 pourra engendrer une insécurité alimentaire à cause d’une faible production agricole. Crédit photo : WMO
Dans toute l’Afrique équatoriale, on s’attend à ce que les terres qui bordent la partie nord du golfe de Guinée subissent beaucoup plus de précipitations, tandis que des pluies moins abondantes que d’ordinaire sont attendues dans la Grande corne de l’Afrique.
De même, des précipitations en deçà de la normale sont prévues pour certaines régions d’Amérique centrale, des Caraïbes et du nord-ouest de l’Amérique du Sud.
L’OMM met aussi en garde contre des températures plus chaudes que la normale partout dans le monde en juillet et en août.
Inondations et sécheresse
Par le passé, El Niño a provoqué la sécheresse au Sahel et en Afrique australe, tout en causant des inondations en Afrique de l’Est. Selon certains experts, si un tel scénario devait se répéter, il aggraverait l’insécurité alimentaire, compromettrait les activités de subsistance et augmenterait les épidémies sur tout le continent
Le climatologue Norbert Tchouaffé, recteur de recteur de la Kesmonds International University à Ngaoundéré, au Cameroun, affirme à SciDev.Net : « El Niño se manifeste en Afrique principalement par des pluies intenses, des inondations, des températures plus élevées et de la sécheresse » qui peuvent mener à des pénuries d’eau et à la réduction de production de denrées alimentaires de base.
« Les saisons agricoles deviennent plus imprévisibles, compliquant les calendriers de semis et de récolte. Et les pertes de récoltes peuvent entraîner une hausse des prix alimentaires et une insécurité alimentaire », avertit-il.
Selon Norbert Tchouaffé, pour faire face à une telle situation, il est impératif qu’il y ait une coordination entre les gouvernements, les autorités locales, les services météorologiques, les organisations de la société civile et l’ensemble de la population.
Obed Ogega, climatologue et responsable de gestion de programme à l’Institut international pour l’environnement et le développement à Nairobi, estime qu’il ne reste que peu de temps pour que les gouvernements prennent des mesures.
Il déclaré à SciDev.Net que « les prévisions sont catastrophiques. Des études réalisées l’an dernier et de nombreuses prévisions cette année nous ont avertis qu’un épisode El Niño se profilait. Les gouvernements africains doivent libérer des fonds pour gérer la crise imminente. »
Des crues subites ont fait plus de 30 morts à Nairobi en mars et ont causé des millions de dollars de dégâts, mettant en lumière la vulnérabilité de nombreux pays africains aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Obed Ogega estime que les gouvernements doivent renforcer les systèmes d’évacuation des eaux, les routes et autres infrastructures pour mieux résister à ces phénomènes. Beaucoup de personnes sont mortes à Nairobi parce que des routes et des systèmes d’évacuation d’eaux pluviales ont cédé sous la pression des fortes précipitations.
Il exhorte les gouvernements à investir dans des systèmes d’alerte précoce et de communiquer avec les communautés à risque.
« Il faut que les communautés cessent d’être des victimes tributaires de l’aide extérieure et qu’elles prennent elles-mêmes des initiatives pour gérer efficacement les aléas climatiques et être plus résilientes », a-t-il ajouté.
Seydou Tinni Halidou confirme qu’il est crucial que les communautés soient impliquées. « il faut améliorer la diffusion des informations climatiques jusqu’au niveau communautaire ; et intégrer systématiquement les prévisions climatiques dans la planification des secteurs sensibles que sont l’agriculture, l’élevage, l’eau, la santé, l’énergie et la gestion des catastrophes. »
Il ajoute que des déficits pluviométriques et des périodes de sécheresse prolongées sont attendus dans le Sahel occidental, entraînant la dégradation des pâturages, des pénuries d’eau et une production réduite d’hydroélectricité.
L’expert du Centre Agrhymet poursuyi en disant que les pays du Sahel central et oriental, ainsi que ceux du golfe de Guinée, vont probablement avoir des précipitations supérieures à la moyenne, augmentant le risque de maladies du bétail, d’inondations localisées et de dégâts des routes, des barrages et des réseaux électriques.
Peter Ofware, directeur de l’organisation à but non lucratif Helen Keller International au Kenya, estime que des précipitations excessives en Afrique risquent d’accroître la propagation du paludisme et de maladies transmises par l’eau comme le choléra, tandis que les pertes de récoltes aggraveront la faim et la malnutrition.
« Nous sommes très inquiets », confie-t-il. Ajoutant que les femmes et les enfants seront les plus touchés.
« La malnutrition infantile va sans aucun doute être très problématique pendant cette période, et il faudra coordonner les efforts entre les différentes institutions et autres agences pour intervenir efficacement. »
Selon lui, les investissements dans des technologies comme les systèmes d’alerte précoce et les drones pour livrer de l’aide médicale dans les endroits difficiles d’accès pourraient améliorer la réponse aux situations d’urgence.
Le Brésil modélise la préparation à El Niño
Au Brésil, le gouvernement a compris qu’il fallait anticiper et a mis sur pied une cellule de crise interministérielle pour prendre des mesures en cas de catastrophes liées à El Niño, avant et après l’épisode. Le but est de coordonner les actions de l’Etat fédéral, des autorités municipales et des agences nationales, ce qui permettra une mobilisation rapide des services d’urgence.
Le 30 juin, le Ministère de la santé brésilien a pris un train de mesures pour préparer le système de santé publique aux conséquences d’El Niño. Il s’agit notamment d’un Tableau de bord national de la sécheresse, qui lancera des alertes à la chaleur jusqu’à cinq jours à l’avance, pour aider les autorités à anticiper les risques et à organiser les services sanitaires avant la vague de chaleur prévue.
Le plan comprend des investissements de 9,8 milliards de réals (1,92 milliard de dollars) jusqu’en 2035 pour renforcer les capacités du système de santé à réagir aux événements climatiques extrêmes.
Mais le climatologue Lincoln Muniz Alves, de l’Institut brésilien pour la recherche spatiale, estime que le Brésil doit toujours effectuer une transition entre un modèle de réponse post-catastrophe et une culture de prévention, de résilience et d’adaptation au climat.
« Une approche proactive et la préparation aux catastrophes sont nos meilleurs outils pour gérer le phénomène », dit-il.
C’est seulement « entre la mi-août et septembre que l’on pourra confirmer » si cet épisode d’El Niño sera parmi les plus violents, selon lui. Quoi qu’il en soit, les prévisions météo font état de sécheresse dans des zones étendues du nord de l’Amérique du Sud et du nord-est du Brésil, ajoute-t-il.
Paulo Artaxo, professeur de physique environnementale à l’Université de São Paulo, dit craindre qu’un manque de pluies dans le nord du Brésil « ne rende l’Amazonie plus vulnérable aux feux de forêt ».
« Le phénomène peut aussi faire baisser le niveau des cours d’eau, comme cela a été le cas en 2023 et 2024. Les transports ont été perturbés, notamment pour les communautés qui vivent au bord de l’eau et qui dépendent des voies navigables pour se déplacer et pour la livraison des biens de première nécessité. »
Par ailleurs, des précipitations supérieures à la normale sont attendues dans tout le sud du continent.
Le 13 juillet déjà, le gouvernement chilien a décrété l’état d’urgence dans dix régions alors que le pays se préparait à affronter des pluies et des vents violents dans les régions du centre et du sud. A l’inverse, une sécheresse prolongée est annoncée dans le nord.

certaines régions pourraient connaître une importante pénurie d’eau. Crédit photo : Media Ninja / CC BY 4.0
De fortes précipitations pourraient aussi provoquer des inondations en Mésopotamie, une région en Argentine, avertit la météorologue Matilde Rusticucci, professeure émérite à l’Université de Buenos Aires et chercheuse principale au Conseil national pour la recherche scientifique et technique.
Elle a déclaré à SciDev.Net : « Le bétail serait fortement affecté, […] l’agriculture confrontée à des difficultés au moment des récoltes, et les populations des zones de basse altitude pourraient être obligées de se déplacer ».
Pour cette dernière, il est essentiel de se préparer à El Niño, mais elle attend toujours des « mesures concrètes » en Argentine.
‘Filets de sécurité’ pour l’Asie
« Hélas, la plupart des pays d’Asie du Sud-Est sont ‘réactifs’ au lieu d’être pro-actifs » quand il s’agit de se préparer aux crises climatiques à venir, constate Paul Teng, chercheur associé sur les changements climatiques à l’Institut d’études du Sud-Est asiatique Yusof Ishak de Singapour. Il ajoute que des fonds publics ont été réaffectés à la lutte contre la crise du carburant causée par le conflit au Moyen-Orient.
« La plus grande menace qui pèse sur l’agriculture de l’Asie du Sud-est à cause du ‘Super El Nino’ annoncé, est liée aux perturbations que l’on anticipe en termes de disponibilité des ressources en eau et de la hausse des températures », a-t-il ajouté.
Il estime que « le manque d’eau dans certaines zones, une trop grande quantité d’eau dans d’autres », ainsi que des températures exceptionnellement élevées ont un impact négatif sur la croissance des semences et des plants et sur les rendements du riz et de l’huile de palme, deux des principales espèces cultivées dans la région.
L’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam s’attendent à une baisse des rendements de riz lors de la prochaine récolte, ajoute-t-il. Et en conséquence, son prix va augmenter, conduisant à une inflation des prix des denrées alimentaires en général.
Pour Paul Teng, « la météo n’est malheureusement pas le seul » problème. Nous faisons face à une multi-crise qui pourrait devenir un véritable raz de marée en raison des événements de l’année passée ». Il cite l’augmentation du prix des engrais et son impact sur les économies rurales.
Il ajoute que les gouvernements d’Asie du Sud-Est devraient préparer « de plus grands filets de sécurité pour protéger les familles contre l’insécurité alimentaire ».
Bodimi Lakshmi Madhavan, physicien et chercheur au Laboratoire national de recherche atmosphérique, en Inde, estime qu’un épisode particulièrement fort pourrait avoir « des impacts en cascade sur la sécurité alimentaire et le marché des matières premières si les sécheresses affectent plusieurs régions agricoles en même temps ».
Les systèmes d’alerte précoce devraient adopter une « approche multi-risques », dit-il. Il explique que El Niño génère une chaleur intense et a une influence sur la qualité de l’air, le risque de feux de forêt, la disponibilité des ressources en eau, les prix alimentaires et la santé publique.
Les épisodes d’El Niño particulièrement forts sont généralement associés à des pluies de mousson inférieures à la normale et à des risques accrus de sécheresse dans de nombreuses régions d’Inde, mais « El Niño n’est pas toujours synonyme de sécheresse », selon lui.
Des facteurs climatiques comme le dipôle de l’océan Indien jouent aussi un rôle. Il s’agit d’un phénomène climatique naturel caractérisé par des températures de surface de l’océan plus élevées que la moyenne dans la partie occidentale de l’océan Indien, tropicale, et plus basses que la normale dans l’Est.
Les observations par satellite, qui sont maintenant utilisées systématiquement dans les prévisions météo en Inde, sont « indispensables » pour que les systèmes d’alerte précoce soient efficaces et pour pouvoir anticiper des mois à l’avance, selon lui.
« Le plus grand problème, aujourd’hui, n’est pas d’obtenir des informations mais de traduire les prévisions en décisions opportunes au niveau local », ajoute-t-il.
Les agriculteurs devraient suivre à la lettre les conseils agro-météorologiques au niveau local plutôt que de se fier uniquement aux prévisions météo, estime Bodimi Lakshmi Madhavan. Entre autres mesures concrètes, on pourrait ajuster les dates d’ensemencement en cas de pluies retardées, sélectionner des variétés résistantes à la sécheresse et à cycle court, et conserver l’humidité de la terre en paillant et en labourant moins les terres.
Le Moyen-Orient face à une “banqueroute hydrique”
Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord pourraient faire face à des difficultés liées au climat, à la sécurité alimentaire et à l’économie si les prévisions concernant El Niño se concrétisent.
Cette région est la plus dépendante de l’importation de céréales au monde. Par ailleurs, les perturbations qui persistent dans le détroit d’Ormuz mettent à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement en énergie et en engrais. Etant donné qu’El Niño affecte la production des cultures dans les grands pays exportateurs, les cours mondiaux des céréales devraient continuer à être sous pression, augmentant encore le coût d’importation des denrées alimentaires dans toute la région.
Plusieurs pays courent aussi un risque plus élevé de sécheresse. Au Soudan, où le conflit a déjà dévasté les infrastructures agricoles, un déficit pluviométrique causé par El Niño dans deux régions productrices de sorgho et de millet, dépendantes des précipitations, près des villes de Gedaref et de Sennar, pourrait encore diminuer le rendement des récoltes.
L’hydrologue soudanais Elfatih Eltahir, professeur de génie civil et environnemental au Massachusetts Institute of Technology, a déclaré à SciDev.Net que les épisodes d’El Niño sont associés à des précipitations inférieures à la normale sur les Plateaux d’Ethiopie et, conséquemment, à un débit moins important du Nil.
« Ce lien ne permet pas de faire des prévisions sûres à cent pour cent, mais il y a fort à parier que le bassin du Nil sera relativement sec la saison prochaine », dit-il.
Les Perspectives hydrologiques saisonnières, un outil de l’Initiative du bassin du Nil, prévoient de même un débit fluvial inférieur à la normale dans les régions du Nil bleu et d’Atbara.
L’expert en hydrologie iranien, Kaveh Madani, directeur de l’Institut de l’eau, de l’environnement et de la santé à l’Université des Nations unies (UNU-INWEH), estime que de nombreux pays font déjà face à une « banqueroute hydrique ». Les prélèvements d’eau excèdent constamment la réalimentation naturelle, causant des dégâts durables aux écosystèmes et réduisant la résilience à la variabilité du climat.
Une baisse des précipitations ou une sécheresse prolongée peut aggraver le manque de ressources hydriques partagées, compliquer la coopération régionale et aggraver les problèmes environnementaux comme les tempêtes de poussière, la dégradation des zones humides et les feux de forêt.
« Quand les zones humides s’assèchent en Irak, en Syrie ou en Turquie à cause de la sécheresse, leurs voisins sont affectés eux aussi », ajoute-t-il à propos de l’interdépendance des conséquences climatiques.
Des conditions climatiques plus humides pourraient remédier temporairement aux pénuries d’eau, mais elles pourraient aussi augmenter les risques d’inondation, selon lui.
« L’Iran est un pays immense et il possède des barrages qui peuvent profiter d’un supplément de pluie, mais ils ne sont pas répartis de façon uniforme. Il est tout à fait possible d’avoir une inondation là où on ne s’y attend pas », analyse Kaveh Madani.
Au cours du précédent cycle d’El Niño en 2023-2024, de gros orages ont provoqué des inondations en Afghanistan, au Pakistan et en Iran, faisant des centaines de morts.
« Nous avons construit nos villes, déterminé la capacité de nos réservoirs et la hauteur de nos barrages en partant du principe que le système climatique est stationnaire. Or ce n’est pas le cas, et c’est pour cela que nous ne sommes pas prêts », souligne l’expert
Kaveh Madani ajoute : « Il nous faut à la fois des infrastructures lourdes, comme des barrages, et des infrastructures ‘immatérielles’, comme des mesures, en plus d’une coordination entre le système d’alerte et le système d’évacuation, qui reposeraient sur une gouvernance et des infrastructures adaptées. »
Cet épisode d’El Niño sera-t-il l’un des plus violents que l’on ait jamais connus ? Difficile de répondre à cette question.
Mais une chose est claire : « Les endroits les moins équipés pour gérer une autre crise sont ceux qui sont le plus en danger », estime Bob Kitchen, vice président pour les urgences chez International Rescue Committee.
Et d’ajouter : « Agir maintenant, avant que la pluie ne se mette à tomber, revient beaucoup moins cher et est beaucoup plus humain que de ne réagir que quand les gens auront déjà tout perdu ».
La version originale de cet article a été produite par l’édition mondiale de SciDev.Net.