02/06/26

RDC : Ces pesanteurs qui freinent la lutte contre l’épidémie d’Ebola

Eboloa frontline worker
Plusieurs contraintes ralentissent le déploiement du personnel et du matériel de sané dans la lutte contre la nouvelle épidémie d'Ebola en RDC. Crédit image: World Bank Photo Collection (CC BY-NC-ND 2.0 )

Lecture rapide

  • Contraintes administratives, difficultés de transport et personnel insuffisant ralentissent la riposte
  • Certains humanitaires ont des matériels mais attendent la coordination gouvernementale pour les déployer
  • A cela s’ajoutent les problèmes de rareté des financements et de l’affectation des ressources disponibles

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[KINSHASA, SciDev.Net] Plus de deux semaines après son déclenchement, la République démocratique du Congo reste confrontée à des défis majeurs dans la riposte contre une épidémie provoquée par la variante Bundibugyo du virus Ebola.

La suspension, le 23 mai, des vols au départ et à destination de l’aéroport de Bunia, une des zones touchées par la maladie, mais surtout principal point d’entrée de la province de l’Ituri, a eu un impact négatif sur les interventions sur le terrain.

« Nous avons des matériels et intrants qui sont pré-positionnés à Kampala, à Goma ou à Kinshasa. Par rapport au démarrage de notre intervention, on pensait pouvoir aller avec une grande vitesse mais cela n’a pas été possible », se désole Serge Lemi, directeur provincial de la Croix-Rouge en Ituri.

“Aujourd’hui, si on n’arrive pas à aller plus loin de ces trois zones de santé, c’est parce que notre capacité d’intervention est encore réduite en termes de ressources humaines”

Serge Lemi, directeur provincial de la Croix-Rouge en Ituri, RDC

Outre l’acheminement du matériel, le déploiement des personnels appelés à travailler dans la riposte a également été perturbé.

« Nous avons des personnes qui ont été empêchées de venir à Bunia le même jour où la fermeture de l’aéroport est intervenue. Elles sont bloquées à Kisangani. Aujourd’hui, si on n’arrive pas à aller plus loin de ces trois zones de santé, c’est parce que notre capacité d’intervention est encore réduite en termes de ressources humaines », explique-t-il.

D’après cette source, « il y a des experts et des collègues qui venaient en soutien à notre opération ici à Bunia, cela fait environ une semaine qu’ils restent bloqués à Kisangani. Donc, ce n’est pas seulement les intrants et les matériels [restés] à Kisangani et à Goma qui nous ont handicapés, mais aussi le transport des personnels », conclut-il.

Deux jours après l’annonce de cette mesure, le gouverneur militaire de l’Ituri avait exprimé devant la presse son inquiétude. Le général Luboya Nkashama expliquait que la fermeture de l’aéroport était susceptible de faire perdre à la riposte des heures trop précieuses.

Pour Christian Ngandu, directeur général du Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP) de la RDC, la mesure répondait à des considérations de sécurité et de contrôle sanitaire. « Mais il est vrai que cela a eu un impact sur la fluidité du déploiement », reconnait-il.

« Nous travaillons avec les autorités provinciales, les FARDC (forces armées), l’aviation civile et les partenaires pour mettre en place des couloirs humanitaires sécurisés afin que les équipes de riposte, les laboratoires mobiles, les équipements de protection et les médicaments soient acheminés », confie-t-il dans une interview accordée à SciDev.Net le 27 mai.

Face aux inquiétudes des organisations humanitaires, le ministre de la Santé, Roger Kamba, a annoncé le 28 mai, la réouverture de l’aéroport uniquement aux vols humanitaires. Un premier avion a ainsi atterri à Bunia avec une cargaison humanitaire. Selon l’OMS qui l’a réceptionnée, il s’agissait de 4,6 tonnes de matériels essentiels pour la riposte.

Coordination

Guyguy Manangama, directeur adjoint des opérations de Médecins sans frontières (MSF), relève également que la coordination des actions sur le terrain est l’un des piliers d’une riposte efficace.

« L’avantage que MSF a eu est qu’on avait des stocks pré-positionnés à Goma pour faire face à des fièvres virales hémorragiques. Ça fait partie de notre stratégie de réponse. Donc, on ne part pas de zéro », confie-t-il.

Si l’ONG peut s’organiser en interne pour déployer les matériels légers qui « concernent l’isolement des patients en urgence », parfois elle doit s’inscrire dans un tableau global avec d’autres acteurs.

« Après, pour un déploiement massif, ça va nécessiter une coordination également avec les autorités, avec l’OMS, inter-ONGs… Donc, il y a des contraintes, je dirais de distance, mais aussi administratives. Il y a tout ça qu’il faudrait mettre à plat avec les autorités », confie l’humanitaire.

Il précise qu’« il y a une organisation qui se fait au niveau du ministère de la Santé. On constitue des équipes de riposte qui réunissent tous les acteurs autour d’une même table pour avoir les mêmes objectifs, se partager le travail en fonction des différents piliers. »

À l’heure actuelle, le gouvernement s’affaire à trouver un juste milieu. « La coordination ne peut pas devenir un goulot d’étranglement mais elle est indispensable. Nous continuons d’identifier les partenaires qui disposent déjà de stocks. Ils vont bénéficier des procédures accélérées et prioritaires pour réduire les délais », fait savoir le directeur général du COUSP.

La riposte actuelle rencontre en outre un contexte mondial particulier où les financements pour le secteur de la santé publique sont réduits. Et cela limite la capacité de réaction rapide et compromet les performances générales de la réponse.

Ressources

Le directeur général du COUSP estime que les autorités doivent désormais veiller à optimiser l’affectation des ressources disponibles entre les différentes zones touchées.

« L’autre défi c’est la rapidité de financement et de mobilisation des ressources. Il y a des discussions au niveau international mais la maladie sur terrain ne s’arrête pas. Avec aujourd’hui une dizaine de zones de santé touchées, nous devons en quelque sorte rationner les ressources disponibles, qui sont insuffisantes », explique Christian Ngandu.

Il poursuit en précisant qu’il n’y a « pas assez de matériels médicaux, on n’a pas assez de personnels avec la formation et la compétence nécessaires face à une infection hautement contagieuse comme celle-ci ».

« Pendant que nous examinons où nous devons envoyer quels personnels et quels matériels, la riposte accuse un retard mais on ne peut pas tout déployer à Mongbwalu parce que c’est l’épicentre de la maladie et abandonner les autres villes et localités », dit-il.

A cette difficulté liée au financement s’ajoute le problème d’insécurité qui pèse sur la riposte dans cette partie du pays en proie à la guerre contre les rebelles du M23 qui contrôlent d’ailleurs certaines des régions touchées par l’épidémie..

« Nous devons veiller à la sécurité des personnels soignants et des matériels, pendant leur déplacement, au moment de leur installation et pour la suite. L’insécurité est liée aux conflits armés mais aussi à la résistance communautaire. Avant tout déploiement, nous analysons tous ces aspects et ça peut retarder », affirme-t-il.

Christian Ngandu souligne que la situation actuelle présente effectivement des facteurs de risque comme la forte mobilité des populations, les zones d’insécurité, la densité humaine dans certains centres urbains ou la circulation transfrontalière. « Mais il faut aussi éviter les comparaisons alarmistes qui peuvent créer la panique et compliquer le travail sur le terrain », dit-il.

Selon un décompte effectué dimanche 31 mai 2026 par les autorités et publié sur le site de l’ONU, 282 cas sont confirmés dont 42 décès, tandis que 349 cas suspects sont sous surveillance.