Par: Ogechi Ekeanyanwu
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[LAGOS, SciDev.Net] Alors que l’ épidémie d’Ebola se propage sans relâche en République démocratique du Congo (RDC), les développeurs de vaccins s’efforcent de développer et de tester un candidat vaccin qui ciblera l’espèce à l’origine de l’épidémie.
L’épidémie, qui est devenue la plus importante jamais enregistrée dans le pays, est causée par l’espèce Bundibugyo du virus, pour laquelle il n’existe encore aucun vaccin homologué.
Le 30 juillet dernier, l’alliance vaccinale CEPI a annoncé qu’elle mettait à la disposition des Laboratoires Hilleman un financement de 8,5 millions de dollars américains pour faire progresser le développement d’un vaccin contre la souche Bundibugyo du virus Ebola afin de produire des doses destinées aux essais cliniques.
“D’ici la fin de l’année, nous prévoyons d’avoir fabriqué notre premier lot de doses de ce candidat vaccin, prêt à approvisionner d’éventuels essais cliniques”
Erlyani Hamid, Laboratoires Hilleman
Les Laboratoires Hilleman sont un fabricant de vaccins basé à Singapour, fondé par la société biopharmaceutique américaine MSD et la fondation caritative Wellcome, spécialisée dans le domaine de la santé.
Ce candidat vaccin est issu de l’Initiative internationale pour un vaccin contre le sida (IAVI) et a été identifié en mai par des scientifiques de l’OMS comme le plus prometteur à ce jour. Les premières doses devraient être disponibles pour les essais cliniques d’ici la fin de l’année.
Cependant, selon le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, l’épidémie progresse à une « vitesse sans précédent ».
Quelle est la gravité de l’épidémie ?
Au 7 septembre, l’OMS a signalé 6 757 cas confirmés et 3 267 décès, ce qui donne à l’épidémie un taux de létalité de 48,3 %.
L’épidémie s’est propagée dans six provinces. L’Ituri demeure le principal foyer, tandis qu’une transmission importante se poursuit au Nord-Kivu et dans le Haut-Uélé. Des cas ont également été signalés au Sud-Kivu, au Tshopo et au Bas-Uélé.
En plus d’être la plus importante épidémie d’Ebola de toutes espèces enregistrée en RDC, elle est la deuxième plus importante au niveau mondial, après l’épidémie de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, qui tua plus de 11 300 personnes.
L’épidémie actuelle s’est propagée à une vitesse inhabituelle. Selon le bulletin de l’OMS du 14 août 2026, elle « se propage plus rapidement que toutes les épidémies d’Ebola précédentes ». Le 18 août, directeur général de l’OMS a déclaré devant un comité d’urgence que l’épidémie était « loin d’être maîtrisée ».
A en croire l’UNICEF , les enfants représentent environ un quart des cas et près d’un tiers des décès. Par ailleurs, selon l’OMS , 155 agents de santé ont été infectés, dont 45 sont décédés .
Une enquête de l’OMS suggère que l’épidémie a débuté à la mi-janvier, environ quatre mois avant d’être déclarée, après que les premiers cas avaient été confondus avec le paludisme et la typhoïde.
Pourquoi n’y a-t-il pas encore de vaccin approuvé ?
Tous les vaccins homologués contre Ebola, y compris l’Ervebo à dose unique de MSD, ciblent l’espèce Zaïre, et non le Bundibugyo, qui a été identifié pour la première fois lors d’une épidémie en Ouganda en 2007.
Bien que des milliers de doses d’Ervebo soient envoyées à la RDC , l’OMS affirme que les preuves concernant la protection croisée d’Ervebo contre d’autres espèces du virus Ebola restent « limitées et non concluantes ».
Mandeep Dhingra, directeur des programmes de recherche et développement au CEPI, a déclaré que cet écart s’explique par le nombre limité d’épidémies de Bundibugyo recensées jusqu’à présent. Avant cette année, le virus n’avait provoqué que deux épidémies connues, si bien que « la communauté internationale ne lui avait pas accordé la priorité en matière d’investissements spécifiques ». Les financements se sont en effet concentrés principalement sur la souche Zaïre.
CEPI a annoncé ses premiers investissements sur le souche Bundibugyo deux semaines après la déclaration de l’épidémie actuelle à la mi-mai, en s’appuyant sur un programme de lutte contre les filovirus déjà en cours.
Que sait-on du candidat vaccin des Laboratoires Hilleman ?
Le candidat vaccin des Laboratoires Hilleman utilise la plateforme du virus recombinant de la stomatite vésiculaire (rVSV) à l’origine d’Ervebo, un virus modifié destiné au bétail qui entraîne le système immunitaire à reconnaître l’agent pathogène cible et qui est conçu pour être administré en une seule dose.
Erlyani Hamid, responsable du portefeuille aux Laboratoires Hilleman, a déclaré que les experts de l’OMS l’avaient identifié comme le candidat vaccin le plus prometteur parce que la plateforme a un historique de sécurité établi.
Ce candidat vaccin a montré une efficacité protectrice contre Bundibugyo dans des études publiées sur les primates ; et la firme peut réutiliser les améliorations de fabrication issues d’un investissement distinct de 30 millions de dollars de CEPI dans la production d’Ervebo.
Ces améliorations visent à augmenter la quantité de vaccin produite à partir des mêmes intrants, à réduire les coûts et à permettre de conserver le vaccin sous réfrigération ordinaire pendant plusieurs mois au lieu de nécessiter un stockage à très basse température.
Cela pourrait faciliter son déploiement dans certaines régions de l’est de la RDC où l’accès à l’électricité et aux infrastructures de la chaîne du froid est limité.
Les travaux sont plus avancés que ne le laissait présager l’annonce de juillet. Hilleman Laboratopries a reçu le matériau de départ du candidat vaccin de l’IAVI, qui a mené les recherches fondamentales, le 12 août. La fabrication est désormais imminente.
« D’ici la fin de l’année, nous prévoyons d’avoir fabriqué notre premier lot de doses de ce candidat vaccin, prêt à approvisionner d’éventuels essais cliniques », affirme Erlyani Hamid.
La firme indique que si les essais sont concluants, elle transférera ensuite la technologie à un fabricant à grande échelle pour des essais supplémentaires.
Y a-t-il des essais cliniques en cours sur des humains ?
Oui. CEPI soutient désormais plusieurs candidats médicaments contre le Bundibugyo, dont deux font l’objet d’essais cliniques de phase précoce.
L’un d’eux est un candidat-médicament de Moderna, le mRNA-1469 , qui bénéficie d’un financement de la CEPI de l’ordre de 50 millions de dollars américains. Son essai de phase 1 a débuté au Canada début août 2026.
L’autre est le candidat vaccin ChAdOx1 BDBV de l’Université d’Oxford , produit par le Serum Institute of India et soutenu par la CEPI. Ses essais de phase 1 ont débuté en juillet.
La CEPI a également inclus un autre candidat vaccin contre le Bundibugyo, proposé par le groupe égyptien Minapharm. Développé par la société de biotechnologie allemande ProBioGen, ce vaccin utilise la plateforme MVA-CR19 et devrait effectuer les essais cliniques de phase 1 en Afrique. La CEPI finance son développement à hauteur de 16,5 millions de dollars américains.
Parallèlement à ces recherches, l’OMS et CDC Afrique ont annoncé le 20 août l’ envoi de 70 000 doses d’Ervebo à la RDC. Parmi celles-ci, 50 000 sont destinées aux personnels de santé et 20 000 à un essai clinique visant à déterminer si Ervebo offre une protection croisée contre la souche Bundibugyo.
L’OMS a déclaré que les preuves étaient insuffisantes pour établir une protection cliniquement significative et que l’utilisation d’Ervebo contre cette souche devait rester dans le cadre des protocoles de recherche.
La CEPI affirme que son objectif est d’obtenir l’autorisation d’utilisation d’urgence et la préqualification de l’OMS pour au moins deux candidats vaccins ou médicament contre la souche Bundibugyo.
MSD, qui a déjà fourni des centaines de milliers de doses d’Ervebo via les stocks mondiaux, apporte un soutien technique aux laboratoires Hilleman dans le cadre du développement du vaccin contre Bundibugyo. L’entreprise partage son expertise en matière de fabrication d’Ervebo, notamment son expérience susceptible d’aider les Laboratoires Hilleman à augmenter leur production.
MSD a déclaré que son implication reflétait la nécessité d’une collaboration pour répondre aux épidémies. « Aucune organisation ne peut, à elle seule, relever des défis sanitaires complexes comme l’épidémie actuelle de Bundibugyo », déclare un porte-parole de la firme.
« Panique et négligence »
Selon le calendrier établi par les Laboratoires Hilleman eux-mêmes, des doses prêtes pour les essais cliniques n’existeront pas avant la fin de l’année.
Le candidat vaccin devrait ensuite participer à des essais cliniques, générer des données sur son innocuité et son efficacité, et progresser à travers des essais cliniques de phase ultérieure avant de pouvoir potentiellement être utilisé plus largement.
Mandeep Dhingra affirme que cette course au vaccin, menée sous la pression d’une crise qui s’aggrave, n’est que trop familière. Il explique que le monde est « pris au piège d’un cycle coûteux de panique et de négligence, s’efforçant de réagir au plus vite lorsque des épidémies surviennent, pour ensuite réduire les investissements une fois la menace immédiate passée. »
La CEPI fait actuellement pression pour obtenir 2,5 milliards de dollars de nouveaux financements pour sa mission « 100 jours », qui vise à disposer de vaccins dans les 100 jours suivant l’identification d’un futur agent pathogène.
L’épidémie en RDC est loin d’avoir atteint cet objectif en ce qui concerne la souche qui la provoque.