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L’Ouganda lance un projet de construction automobile
  • L’Ouganda lance un projet de construction automobile

Crédit image: Kiira Motor Project

Lecture rapide

  • La Kiira SMACK, réputée peu polluante, va fonctionner à l'essence et à l'électricité

  • L’Etat a mis à la disposition de Kiira Motors Corporation des terres pour son usine

  • Mais l’entreprise devra batailler dur pour rivaliser avec ses concurrentes du Kenya

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[KAMPALA] A partir de 2018, l'Ouganda fabriquera 7000 voitures hybrides par an, dans le cadre de son projet d’industrie automobile.
 
C’est du moins ce que révèle Paul Isaac Musasizi, directeur général par intérim de la Kiira Motors Corporation (KMC), une entreprise publique ougandaise.
 
La Kiira SMACK est une voiture hybride de cinq places fonctionnant à l'essence et à l’électricité, avec une vitesse maximale de 180 kilomètres/heure et une autonomie de 50 kilomètres.
 
L'entreprise affirme qu'elle commercialisera aussi des breaks et des pick-up fabriqués en Ouganda.
 
Toutefois, les spécialistes de l’industrie automobile estiment que plusieurs obstacles restent à surmonter pour assurer la viabilité du projet.
 
Selon Paul Isaac Musasizi, le gouvernement soutient le projet avec une enveloppe de 154 milliards de shillings (43,5 millions de dollars) et 40 hectares de terrain servant d’usine dans un parc industriel dans la ville de Jinja, dans le sud-est.
 
Les fonds proviennent de l'Initiative présidentielle en matière de science et de technologie, une composante du programme du président Yoweri Museveni visant à faire de l’Ouganda un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, d'ici à 2040.

“Si l'un des objectifs est la production d'une nouvelle voiture à prix abordable, pour un marché ougandais ou africain, alors ce projet est loin d'être en mesure de produire une voiture abordable et commercialement viable.”

Alex Mbaziira
Doctorant au Département de technologie de l'information appliquée à la George Mason University (États-Unis).

 
Bien que le projet soit susceptible de requérir davantage de financements, le directeur financier de KMC, Arthur Asiimwe Tumusiime, se dit confiant en ce que l'entreprise finira par obtenir plus d'argent et trouver de nombreux clients dans la région.
 
L'usine emploiera 2500 personnes et Arthur Asiimwe Tumusiime assure que l’entreprise va former la main-d'œuvre nécessaire, avec l'appui de partenaires à l'étranger.
 
En avril, KMC a trouvé un accord avec la firme américaine d'ingénierie RLE International pour l’élaboration d’une stratégie d'affaires détaillée et, plus tard, un soutien en matière d'ingénierie.
 
Mais dans une analyse publiée en juin, la revue spécialisée Automotives Insight s’était montrée moins enthousiaste.
 
Coûts de fabrication
 
"En plus de faire face à des coûts de fabrication élevés, en raison du faible niveau d'approvisionnement en énergie en Ouganda et de la disponibilité limitée de main-d'œuvre qualifiée, l'entreprise aura également du mal à trouver suffisamment de clients en Ouganda et en Afrique de l'Est", a-t-elle fait valoir.
 
En outre, "les volumes de production auront du mal à soutenir la compétition avec d'autres producteurs au Kenya, le plus grand constructeur automobile de la région".
 
La société, pour sa part, affirme que la Kiira SMACK coûtera 20000 dollars, soit 15000 dollars de moins qu’un prototype de voiture électrique Kiira développé par l'Université de Makerere.
 
Ce véhicule à deux places peut transporter jusqu'à 1000 kg de charges, atteindre une vitesse de 100 kilomètres à l'heure et possède une autonomie de 80 km.
 
Alex Mbaziira, doctorant au Département de technologie de l'information appliquée à la George Mason University, aux États-Unis, a déclaré dans une interview par courriel que ce projet de développement de véhicules électriques et hybrides était intéressant.
 
Mais il a ajouté qu'il était difficile de percevoir les objectifs visés par l’initiative.
 
"Si l'un des objectifs est la production d'une nouvelle voiture à prix abordable, pour un marché ougandais ou africain, alors ce projet est loin d'être en mesure de produire une voiture abordable et commercialement viable", a-t-il estimé.
 
“Mais l’idée d’une voiture peu polluante participe d’une certaine logique dans les villes congestionnées, vu qu’elle pourrait être une alternative aux mini-fourgonnettes de taxi boda-boda et aux taxis-motos”, ajoute Alex Mbaziira.
 
"Les conseils municipaux pourraient acquérir ces véhicules et les mettre en location pour les personnes qui ont besoin de se déplacer en ville", poursuit-il.
 
"En outre, il devrait y avoir des incitations pour l'achat d'un véhicule électrique, comme des crédits d'impôt verts, les parcs de stationnement verts et des stations de recharge gratuites ou au coût abordable."

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