Par: Edwin Naidu
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[DURBAN, SciDev.Net] Les dirigeants africains ont exhorté la communauté sanitaire du continent, réunie fin octobre 2025 en Afrique du Sud, à transformer les crises en opportunités, soulignant les progrès réalisés dans la fabrication des vaccins dans un contexte de pertes drastiques d’emplois et de réductions des aides.
Le ministre sud-africain des Sciences, des technologies et de l’innovation, Blade Nzimande, s’exprimant lors de la 4e Conférence internationale sur la santé publique en Afrique (CPHIA 2025), a salué un nouveau plan panafricain visant à stimuler la production régionale de vaccins et d’autres médicaments comme un « événement véritablement historique ».
Le Plan de production pharmaceutique piloté par le CDC Afrique — mené par l’Union africaine, Afreximbank et Gavi, l’Alliance du Vaccin, avec un investissement de 3,2 milliards de dollars américains — vise à garantir que d’ici 2040, au moins 60 % de tous les vaccins utilisés en Afrique soient produits à l’intérieur des frontières africaines, a-t-il déclaré.
“Cette crise nous offre l’occasion de créer un nouveau système qui, non seulement réponde mieux aux priorités et aux aspirations des pays africains, mais apporte également des bénéfices en matière de sécurité sanitaire”
Cyril Xaba, maire de la municipalité d’eThekwini, Afrique du Sud
D’ici la fin de l’année, 10 % des besoins du continent en vaccins devraient être couverts localement, conformément aux prévisions faites en début d’année.
« Bien plus que de nouvelles installations ou du transfert de technologie, il s’agit d’une ambition intégrée : doter les populations, les scientifiques et les fabricants africains des outils et des compétences nécessaires pour garantir la souveraineté sanitaire du continent », a déclaré Blade Nzimande le 23 octobre lors de cette conférence tenue à Durban.
Il a indiqué que le plan est axé sur l’augmentation des capacités de production de vaccins et d’autres produits biologiques — des médicaments fabriqués à partir d’organismes vivants — par le biais de centres régionaux ; ainsi que sur la mise en œuvre des normes de qualité de l’OMS et l’amélioration de la réglementation des médicaments par l’intermédiaire de l’Agence africaine des médicaments.
La conférence CPHIA 2025 s’est tenue du 22 au 25 octobre 2025 au Centre international de congrès de Durban sous le thème : « Vers l’autonomie pour parvenir à une couverture sanitaire universelle et à la sécurité sanitaire en Afrique ».
Elle a mis en lumière les innovations, les solutions politiques et les recherches menées par les Africains visant à construire des systèmes de santé résilients et autonomes, adaptés aux besoins des populations du continent.
« Notre défi et notre obligation, en tant que décideurs politiques, chercheurs et industriels, sont de transformer ces plans en résultats concrets et ces ambitions en changements réels dans la vie des personnes que nous servons », a ajouté le ministre sud-africain.
Réduction sans précédent de l’aide au développement
Cyril Xaba, maire de la municipalité d’eThekwini, dont Durban fait partie, a déclaré que la conférence se tenait dans un contexte de « réduction sans précédent de l’aide au développement ». Entraînant des coupes budgétaires importantes et une restructuration du secteur de la santé à l’échelle mondiale, avec des conséquences immédiates pour les programmes de santé essentiels, dit-il.
« Il s’agit d’une crise différente de tout ce qui l’a précédée », a-t-il affirmé lors de l’ouverture de la conférence.
« Mais cela nous offre aussi à tous l’occasion de créer un nouveau système qui, non seulement réponde mieux aux priorités et aux aspirations des pays africains, mais apporte également des bénéfices en matière de sécurité sanitaire et de prospérité à la région africaine », a-t-il soutenu.
L’aide bilatérale au développement en faveur des pays d’Afrique subsaharienne devrait diminuer de 16 à 28 % cette année, après une baisse de 2 % en 2024, selon un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques ( OCDE ).
L’aide publique au développement dans le domaine de la santé pourrait chuter à des niveaux jamais atteints depuis le milieu des années 2000, prévient d’ailleurs l’organisation..
Tout au long de la conférence, les appels à des solutions africaines pour pallier ces coupes budgétaires ont été répétés.
Les discussions ont mis l’accent sur la nécessité d’une approche systémique globale de la production de vaccins en Afrique et sur un financement innovant pour des systèmes de santé durables.
La conférence a appris que 2024 avait été une année record pour les co-paiements effectués par les pays soutenus par Gavi pour leurs propres programmes de vaccination, les paiements annuels dépassant pour la première fois 250 millions de dollars américains.
Production de vaccins en Afrique
Le programme de Gavi pour l’accélération de la production de vaccins en Afrique a jusqu’à présent attiré 13 fabricants, et des installations devraient devenir opérationnelles en Égypte, au Maroc, en Afrique du Sud et au Sénégal.
Organisée par les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) et co-organisée avec le gouvernement sud-africain et la Convention BIO Africa d’AfricaBio, la conférence a réuni à Durban des délégués de plus de 20 pays, dont des représentants de la Commission de l’Union africaine, de l’OMS, de l’UNICEF, de Gavi et du Fonds mondial.
Selon Jean Kaseya, directeur général du CDC Afrique, le rôle croissant du continent dans le domaine de la santé signifie que « pour la première fois, l’Afrique inspire le monde ». « Le monde entier tire des leçons de l’Afrique », a-t-il dit.
« Cette réforme de l’architecture mondiale signifie que nous sommes co-architectes. Nous sommes 1,4 milliard d’Africains fiers, qui élaborons notre propre programme. Nous en sommes fiers », a souligné Jean Kaseya.
L’Afrique du Sud est le troisième pays à accueillir cette conférence depuis sa création en 2021. La réunion de cette année est un prélude à la réunion des ministres de la Santé du G20 qui se tiendra début novembre sous la présidence sud-africaine du G20.
Nhlanhla Msomi, président d’AfricaBio, une association de biotechnologie indépendante et à but non lucratif, a souligné l’urgence de renforcer les capacités d’innovation.
« Nous savons que notre système de santé, à l’échelle du continent, utilise des technologies, des idées et des connaissances scientifiques empruntées », a-t-il rappelé.
« À moins de nous éloigner de cela et de nous en détacher, nous n’avons aucune chance de gagner cette bataille », met-il en garde.