17/06/25

Chercheurs et journalistes mesurent l’intérêt d’une étroite collaboration

Photo panel d'ouverture
Journalistes et chercheurs sur la table ronde inaugurale de la 2e conférence mondiale des journalistes scientifiques francophones le 10 juin 2025 à l'université Félix Houphouet-Boigny d'Abidjan. Crédit image: CMJSF25

Lecture rapide

  • Pour que la bonne information circule, les deux parties doivent collaborer sur la base de la confiance
  • A propos des recherches vaccinales, la presse aimerait voir les détails de la phase 3 des essais cliniques
  • Les chercheurs invitent les journalistes à lutter contre les fake news qui polluent les réseaux sociaux

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[ABIDJAN, SciDev.Net] Selon Dramane Kaba, directeur de l’institut Pierre Richet-INSP (Institut national de santé publique) à Bouaké, en Côte d’Ivoire, « il faut pouvoir travailler avec les spécialistes de l’information qui [doivent] être impliqués dans l’élaboration de politiques et actions de santé publique afin que l’information vraie soit transmise aux populations ».

Ce dernier se justifie en expliquant que « quand les populations connaissent la maladie et sa cause, elles peuvent mieux se prémunir. Mais quand elles ignorent ce lien, même la moustiquaire qui leur est distribuée n’a plus d’importance parce qu’elles ne voient pas le rôle du moustique dans la maladie. »

Le chercheur en santé s’exprimait à l’occasion de la 2e Conférence mondiale des journalistes scientifiques francophones, tenue du 9 au 14 juin 2025 à Abidjan, en Côte d’Ivoire autour du concept « One health » (« une seule santé »), à l’initiative du Réseau des journalistes scientifiques d’Afrique francophones, en partenariat avec l’Association des journalistes scientifiques de Côte d’Ivoire (MSD).

“Il s’agit de voir ensemble comment prévenir les controverses et les fausses rumeurs en donnant la bonne information bien avant parce que, c’est quand les gens n’ont pas les bonnes informations qu’ils prennent en compte la première qui leur tombe sous la main ; et c’est parfois difficile de leur prouver le contraire ensuite”

Yao Selom Atrah, Africa CDC

L’objectif de ce rendez-vous, qui a réuni chercheurs et journalistes scientifiques était de souligner la nécessité de décloisonner les résultats des travaux scientifiques. Afin de permettre leur communication au grand public et aux décideurs afin d’en faciliter la prise en compte dans les politiques publiques de développement.

« Il est important pour le journaliste scientifique d’être en contact permanent avec le scientifique pour que ce dernier explique ce qui se passe réellement dans son laboratoire pour qu’à partir de là, il [le journaliste scientifique] soit en mesure de divulguer la vraie et la bonne information », souligne Edgar Valery Adjogoua, responsable du département des virus épidémiologiques à l’institut Pasteur de Côte d’Ivoire.

Les deux experts prenaient part à un panel intitulé « Vaccins et controverses : comment bien traiter l’information sur les vaccins », aux côtés, entre autres, de la journaliste indépendante française Lise Barneoud.

Pour cette dernière, la transparence devrait être au cœur de l’action des laboratoires de recherche sur les vaccins, surtout à la « phase très en amont du développement d’un vaccin, c’est-à-dire les phases d’essais cliniques. »

Lise Barnéoud soutient qu’il est difficile d’avoir accès aux « données brutes », en marge des publications scientifiques qui « ne permettent pas de voir les effets secondaires ». Car, ce sont « très souvent ces données brutes qui sont refusées aux journalistes scientifiques », les empêchant ainsi d’aller dans le détail pour leur production journalistique.

Elle précise : « Le rôle du journaliste scientifique n’est pas de se faire le porte-parole des scientifiques ou des instituts de santé publique, mais de faire le pari de l’intelligence des lecteurs en leur exposant les faits identifiés et en leur montrant des effets secondaires relevés en phase 3, avant la mise sur le marché du médicament. Puis, d’assurer le suivi-évaluation sur le marché pour relever les effets secondaires non apparus au cours des essais cliniques. »

« Je suis persuadée que communiquer sur les risques des vaccins ne crée pas de panique. [Mais au contraire], c’est de ne pas communiquer sur les risques qui crée la panique. C’est à partir du doute que se crée la controverse. Quand on expose concrètement les risques, en donnant les chiffres qui facilitent la comparaison des bénéfices, on ne crée pas de panique », assure Lise Barnéoud.

Confiance

Pour Yao Selom Atrah, Senior Officer Laboratory System Network à l’Africa CDC à Addis-Abeba, en Ethiopie, entre les deux parties, journalistes et acteurs de la recherche scientifique, le socle de la collaboration au profit des communautés devrait être la confiance.

« Ça suppose que dans le milieu de la recherche, on fasse un pas vers les journalistes scientifiques, pour créer la confiance qui peut favoriser la transparence qui permettra au journaliste de pouvoir publier, au bon moment, la vraie information et éviter la controverse qui part à la vitesse de la lumière », dit-il.

Il s’agit donc « de voir ensemble comment prévenir les controverses et les fausses rumeurs en donnant la bonne information bien avant parce que, c’est quand les gens n’ont pas les bonnes informations qu’ils prennent en compte la première qui leur tombe sous la main ; et c’est parfois difficile de leur prouver le contraire ensuite », analyse Yao Selom Atrah.

De son côté, Edgar Valery Adjogoua soutient que « le seul problème autour des vaccins est la communication ». Assurant que « les systèmes de santé, à travers les comités nationaux de suivi des vaccins, prennent en compte les problèmes, avec les agents communautaires pour prendre en considération les aspects culturels. »

Le responsable du département des virus épidémiologiques de l’institut Pasteur de Côte d’Ivoire invite par conséquent les journalistes scientifiques à lutter contre les « fake news » sur les réseaux sociaux et ne pas relayer la communication anti-vaccin. « La réalité tangible est que des maladies ont été jugulées grâce au vaccin », martèle-t-il.