13/08/25

Sénégal : Le vaccin hexavalent finalement adopté grâce à la com

Polio vaccination 2
Une campagne de vaccination d'enfants contre la polio. Crédit image: UNICEF Ethiopia(CC BY-NC-ND 2.0)

Lecture rapide

  • Grâce à la communication bien ciblée, Le Sénégal simplifie la vaccination des enfants contre 6 maladies
  • Le déploiement du vaccin hexavalent au Sénégal pourrait servir de modèle à d'autres pays à faible revenu
  • Selon les experts, le vaccin hexavalent est essentiel pour atteindre l'équité en matière de santé

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[DAKAR, SciDev.Net] Malgré une résistance initiale et des hésitations, le Sénégal a introduit le vaccin hexavalent avec succès, faisant évoluer les mentalités au niveau local grâce à la communication.

Le vaccin hexavalent, préqualifié par l’Organisation mondiale de la santé en 2024, combine six antigènes individuels qui protègent contre des maladies potentiellement mortelles : diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite B, Haemophilus influenzae de type B (Hib) et poliomyélite.

Le directeur de la prévention, par ailleurs porte-parole du ministère de la Santé et de l’action sociale du gouvernement sénégalais, Elhadji Mamadou Ndiaye, attribue le succès de la campagne à la stratégie mise en place.

« Les gens ont très bien réagi », dit-il, en insistant sur le fait qu’une planification et une stratégie rigoureuses ont été déterminantes pour dissiper les doutes exprimés quand l’initiative de vaccin hexavalent a été lancée.

“Nous avons sensibilisé différents groupes au sein des communautés et nous avons eu recours à divers supports médiatiques pour susciter une prise de conscience du public, ce qui a donné confiance aux gens”

Elhadji Mamadou Ndiaye, ministère de la Santé et de l’action sociale

Ce dernier évoque la vaste campagne de communication qui a été menée avant l’introduction du vaccin. Elle a sensibilisé la population pendant trois semaines, en informant les parents sur les avantages du vaccin et en démystifiant leurs craintes.

« Nous avons sensibilisé différents groupes au sein des communautés et nous avons eu recours à divers supports médiatiques pour susciter une prise de conscience du public, ce qui a donné confiance aux gens », dit-il.

Grâce à des préparatifs minutieux, les défis logistiques pour acheminer le vaccin hexavalent et le dispenser ont pu être relevés partout dans le pays.

« Nous avons veillé à ce que l’introduction du vaccin hexavalent ne perturbe pas les programmes d’immunisation déjà en cours. Grâce à une planification rigoureuse, le personnel de santé a pu intégrer peu à peu le vaccin dans son activité, sans compromettre un niveau de couverture élevé », indique Elhadji Mamadou Ndiaye.

L’introduction du vaccin hexavalent, qui protège contre six maladies — la diphthérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B, la grippe hémophile de type B (Hib) et la poliomyélite — simplifie l’immunisation en réduisant de cinq à trois le nombre d’injections requis dans la première année de vie d’un enfant.

Cette diminution du nombre d’injections est cruciale dans un pays comme le Sénégal, où l’accès aux infrastructures de santé peut être difficile, surtout en zone rurale.

Selon Elhadji Mamadou Ndiaye, l’introduction du vaccin hexavalent représente non seulement une réussite au niveau technique, mais elle a aussi des conséquences sur la santé des Sénégalais.

Pas de nouvel antigène

Pour sa part, le spécialiste de l’immunisation à l’UNICEF, Niklas Danielsson, insiste sur le fait que le vaccin hexavalent est « sûr et efficace ». Affirmant que « les six vaccins qui le composent sont administrés aux enfants en toute sécurité depuis des décennies. »

Le vaccin hexavalent, qui a été sélectionné par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2024, comprend six antigènes différents, ajoute-t-il. Soulignant qu’il ne contient pas de nouvel antigène.

« Chacun des six antigènes du vaccin hexavalent est administré aux enfants depuis des décennies, et nous disposons de preuves plus que concluantes pour affirmer que ce vaccin est sûr et efficace », indique-t-il.

Niklas Danielsson ajoute que l’immunisation par le vaccin hexavalent est aussi sûre et aussi efficace que les deux vaccins habituellement associés, le vaccin pentavalent et le vaccin antipoliomyélitique inactivé (VPI), qui nécessitent chacun une injection différente.

« Dès lors que le vaccin hexavalent commence à être administré, nous allons mettre en place un système de surveillance pour détecter d’éventuels effets secondaires, qui sont extrêmement rares et que l’on ne peut pas détecter lors des essais cliniques, comme c’est le cas pour toute nouvelle campagne de vaccination », explique-t-il.

L’expert de l’UNICEF met en évidence les avantages du vaccin : les trois doses de pentavalent et les deux doses de VPI sont remplacées par trois doses du vaccin hexavalent, ce qui fait qu’un enfant reçoit deux injections de moins lors de sa première année.

« Le fait de passer au vaccin hexavalent permettra de protéger davantage d’enfants contre la polio paralytique, et ce à un âge plus précoce. La couverture vaccinale actuelle du vaccin pentavalent — il est administré à 6, 10 et 14 semaines — est un peu plus élevée et, parfois, beaucoup plus élevée que celle du VPI, administré à 14 semaines et à 9 mois », ajoute-t-il.

Il fait aussi remarquer que l’immunisation par le VPI, en plus des gouttes de vaccin antipoliomyélitique oral (VPO), est indispensable pour éradiquer le virus de la polio.

Moins d’injections

Niklas Danielsson ajoute que le fait de privilégier le vaccin hexavalent, qui nécessite moins d’injections, signifie également qu’il faudra moins d’aiguilles et de seringues pour réaliser le programme d’immunisation.

Pour Katy Clark, responsable programme à l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (Gavi), le vaccin hexavalent est d’une importance cruciale pour la santé mondiale, en particulier dans les pays à faible et à moyen revenu.

Elle ajoute que « le fait de disposer de plusieurs vaccins concentrés en une seule dose présente plusieurs avantages » : la vaccination est simplifiée, et les frais sont moindres pour les familles, qui ont du mal à financer les soins de santé, surtout dans les zones de guerre ou de migration.

Par ailleurs, le vaccin hexavalent revient moins cher que plusieurs vaccins, ce qui le rend plus abordable, tant pour les gouvernements que pour les populations.

Elle explique que le vaccin hexavalent permettra d’augmenter la couverture du VPI, ce qui contribuera sur le long terme à l’éradication de la polio et à l’égalité d’accès à la vaccination dans les communautés qui étaient défavorisées jusqu’à présent.

Le déploiement réussi du vaccin hexavalent par le Sénégal est un exemple du rôle très important que peut jouer la communication pour que les actions de santé publique soient bien acceptées par les communautés.