20/06/25

Riz fortifié, rempart contre la malnutrition et la déperdition scolaire

Riz fortifié front
Du riz fortifié servi aux élèves à la cantine scolaire d'une école de la région de Matam. En corrigeant la malnutrition chez ces derniers, cet aliment a le mérite de les retenir à l'école. Crédit image: PAM.

Lecture rapide

  • Au Sénégal, des mélanges vitaminés sont incorporés au riz local pour obtenir du riz enrichi
  • Introduit à l’école, ce riz fortifié combat la malnutrition chez les élèves et renforce leur assiduité
  • Lancée avec succès à Matam, l’initiative pourrait être étendue à d’autres régions du pays

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[MATAM, SciDev.Net] « Depuis l’introduction de ce programme, nous avons constaté une hausse des inscriptions et une amélioration de la concentration des élèves. La cantine permet aussi de prolonger les cours au-delà de 13 h ».

Ce récit est d’Idrissa Sow, le directeur de l’école élémentaire de Diandioly 1, un établissement scolaire de 350 élèves situé dans la région de Matam, au nord-est du Sénégal.

En poste depuis plus de deux décennies, il affirme que l’introduction du riz fortifié dans la cantine scolaire de son établissement a eu un impact sur les performances des élèves.

“Si les doses sont respectées et les techniques bien adaptées, les effets seront positifs à long terme”

Grace Ezan, SECNSA

« Un jour, un élève est venu me dire qu’il voulait venir à l’école parce qu’on y mangeait du riz. Aujourd’hui, cet enfant est en classe de 3ᵉ. Il était pourtant un cas social, vivant avec sa grand-mère. C’est la cantine qui l’a attiré à l’école et lui a permis de réussir », raconte l’enseignant.

L’introduction du riz fortifié dans les cantines scolaires en zone rurale au Sénégal est une initiative du Programme alimentaire mondial (PAM). Elle a été mise en place à la suite du constat selon lequel la région de Matam fait partie des zones les plus touchées par la malnutrition chronique, selon les enquêtes démographiques et de santé (EDS) dès 2017.

Les enfants d’âge préscolaire et scolaire y sont particulièrement vulnérables aux carences en fer, en zinc, en vitamine A et en iode, avec des répercussions directes sur leur santé, leur éveil et leurs capacités cognitives. L’anémie touche 29,1 % des adolescents au niveau national et 31 % en milieu rural.

Processus d’extrusion

Le riz est fortifié grâce à un processus d’extrusion qui mêle de la farine de riz à des prémélanges vitaminés pour obtenir des grains appelés « kernel ». Ceux-ci sont incorporés au riz local à hauteur de 1 % pour créer un mélange complet et nutritif, apportant au moins 30 % des besoins journaliers recommandés.

Un producteur de riz dans la région de Matam au Sénégal. Crédit photo : PAM.

Le processus, souligne Mahamadou Tanimoune, conseiller régional en nutrition du PAM en Afrique de l’Ouest et centrale, est encadré par des normes internationales strictes (Codex, ISO, JECFA) et s’appuie sur des études comme l’analyse « Fill the Nutrient Gap », qui identifie les carences nutritionnelles prioritaires dans un pays.

« Le fer permet de prévenir l’anémie, le zinc renforce l’immunité, la vitamine A soutient la vision et le développement de l’enfant », précise-t-il.

Le riz enrichi est produit par la Sénégalaise des filières alimentaires (SFA), seule entreprise du pays à produire du riz fortifié, qui collabore avec le PAM. L’aliment, transformé à Saint-Louis, est ensuite acheminé à Matam et distribué aux cantines scolaires ciblées par l’organisation.

Lutter contre la faim cachée

Pour le conseiller régional en nutrition du PAM, la fortification alimentaire constitue une stratégie essentielle pour lutter contre la faim cachée. « Nous ajoutons de manière contrôlée du fer, du zinc, de la vitamine A ou encore de l’acide folique à des aliments de base comme le riz, très consommé dans les zones rurales », explique-t-il.

Pour Grace Ezan, cheffe de service « prospectives alimentaires » au Secrétariat exécutif du conseil national de sécurité alimentaire (SECNSA), rappelle que l’alimentation reste un fardeau économique « majeur » pour les ménages les plus vulnérables au Sénégal.

« Plus de 65 % du budget des ménages est consacré à l’alimentation, avec une forte consommation de céréales et peu de légumes ou de protéines », fait-elle savoir.

Dans ce contexte, la fortification et la biofortification sont des leviers essentiels. « Elles permettent d’améliorer la qualité nutritionnelle de l’alimentation à moindre coût », précise-t-elle.

Grace Ezan ajoute que l’introduction du riz fortifié dans les cantines scolaires par le PAM « contribue à réduire les inégalités d’accès à une alimentation saine et nutritive ».

A en croire cette dernière, « si les doses sont respectées et les techniques bien adaptées, les effets seront positifs à long terme ».

Dans une usine de fortification du riz à Saint-Louis au Sénégal. Crédit photo : PAM.

Pour Hyacinthe Sambou, nutritionniste indépendant, la fortification du riz est une réponse pertinente, mais partielle, dans la lutte contre les carences en micronutriments.

« Au Sénégal, chaque personne consomme en moyenne 198 g de riz par jour. Fortifier cet aliment de base est donc une bonne solution », soutient-il d’entrée.

Cependant, insiste-t-il, les carences sont multifactorielles et demandent des stratégies combinées. « Aucune solution n’est suffisante à elle seule. Il faut une synergie entre déparasitage, riz fortifié, alimentation saine… », martèle-t-il.

Le seul risque, relève le nutritionniste, « c’est un possible surdosage si on additionne plusieurs sources de micronutriments : riz fortifié, farine enrichie, huile vitaminée, supplémentation… ».

Il rappelle aussi que la fortification du riz reste localisée a la région de Matam. L’impact sur le terrain reste encore à mesurer. « Une étude d’évaluation est prévue pour analyser les effets du riz fortifié sur le statut nutritionnel des élèves », confie-t-il.

Changement positif

Mais déjà, à Matam, l’initiative est appréciée par les élèves et leurs parents. A l’école élémentaire de Diandioly 1, le suivi quotidien du programme est assuré par la direction, les services déconcentrés de l’éducation (IEF) et le PAM, en étroite collaboration avec les parents d’élèves.

« Les enfants mangent bien. Le riz est stocké correctement sur des palettes. Et même s’il y a eu quelques retards d’approvisionnement au début, tout est rentré dans l’ordre », explique l’instituteur Idrissa Sow.

Cette alimentation riche en nutriments contribue à créer un environnement scolaire plus stable. « Mes camarades viennent plus régulièrement, ils sont plus attentifs en classe », affirme Maimouna Ndiaye, 12 ans, élève en classe de CM2.

Elle constate un changement positif dans l’attitude de ses camarades qui parlent avec enthousiasme du riz fortifié, le trouvant « plus digeste et plus savoureux ».

Livraison du riz fortifié à la cantine scolaire d’une école de la région de Matam. Crédit photo : PAM.

Depuis l’introduction du riz fortifié dans la cantine de l’école, les parents ont eux aussi constaté un changement significatif dans l’alimentation et le bien-être de leurs enfants.

« Depuis quelques années, l’école fait 100 % de réussite à l’examen. Mes enfants sont plus motivés… », indique Adam Bayal Ngom, un parent dont les enfants fréquentent l’école de Mboloyel.

Selon Fatou Gueye, chargée de programme au PAM, « cette initiative favorise le développement local, soutient les femmes, valorise les produits locaux et préserve l’avenir de nos enfants ».

Face aux retombées « positives » de l’introduction du riz fortifié dans les cantines scolaires à Matam, l’initiative pourrait être étendue à d’autres régions du Sénégal.