20/05/26

RDC : Le personnel soignant mal préparé face à la nouvelle flambée d’Ebola

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Sans kit de protection, le personnel sanitaire de la Crédit image: CDC Global, CC BY 2.0

Lecture rapide

  • Au 19 mai, les travailleurs de la santé de la région touchée n’avaient pas de kits d’intervention rapide
  • L’absence de ces équipements de protection ralentit l’ardeur de ces soignants qui craignent pour leur vie
  • Cette nouvelle épidémie expose les failles qui demeurent dans le système de santé congolais

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[KINSHASA, SciDev.Net] Bien que l’OMS ait déclaré une urgence de santé publique de portée internationale pour la nouvelle épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) , la réponse continue de laisser à désirer, du moins si l’on en croit les acteurs de la riposte sur le terrain.

A l’instar de Ruben Dedja, le médecin chef de zone de santé du territoire de Mongbwalu dans la province de l’Ituri qui est l’épicentre et le point de départ de l’actuelle épidémie.

Dans un entretien avec SciDev.Net le 19 mai 2026, ce dernier affirme que « la situation sur le terrain est vraiment alarmante. Étant donné que jusqu’à présent, on n’a pas les kits d’intervention rapide au niveau de la zone de santé. Ils sont en route comme on nous a dit. Ce qu’on fait c’est de nous démener localement avec les moyens du bord ».

“Il y a de l’anxiété chez le personnel soignant du moment qu’il n’a pas tous les équipements de protection. Il y a de nombreux médecins qui ont peur pour leur propre vie et se demandent s’il faut intervenir avec des moyens aussi limités”

Ruben Dedja, médecin chef de zone de santé de Mongbwalu

D’après le récit de ce dernier, cette déficience de ressources ravive un « sombre » souvenir du passé et peut perturber la riposte à la flambée en cours. Car, dit-il, « lors de précédentes épidémies, de nombreux membres du personnel soignant ont été contaminés et beaucoup sont décédés… »

Ainsi, au moment où les populations ont besoin des personnels soignants pour non seulement les traiter mais aussi les accompagner, ces derniers redoutent que leur sous-équipement ne leur devienne fatal.

« Il y a de l’anxiété chez le personnel soignant du moment qu’il n’a pas tous les équipements de protection. Il y a de nombreux médecins qui ont peur pour leur propre vie et se demandent s’il faut intervenir avec des moyens aussi limités », analyse Ruben Dedja.

« Néanmoins, nous n’avons pas le choix, c’est notre serment. Nous faisons les choses avec les moyens du bord qui, parfois, ne respectent pas les normes », nuance-t-il néanmoins.

« Aujourd’hui, il n’y a pas moyen de limiter la propagation car même si l’on est en train d’indiquer aux populations les mesures barrière, le problème reste le fait que les kits d’intervention rapide ne sont pas encore disponibles lorsque cela est nécessaire », regrette le médecin chef de zone de santé du territoire de Mongbwalu.

Or, dans le cadre de la lutte contre cette maladie hémorragique, la transgression des normes hygiéniques peut annihiler tous les efforts, comme le rappelle le Emily Lebughe, médecin au Centre hospitalier universitaire renaissance, autrefois appelé hôpital général de Kinshasa.

« On sait que le virus profite des lacunes d’hygiène pour infecter le personnel médical, les populations », indique-t-elle.

Sous-financement

Pour Ruben Dedja, cette situation révèle la vulnérabilité du système de santé de la RDC. « Notre système de santé souffre d’un sous-financement chronique, au point où les ressources, qu’elles soient humaines ou matérielles sont déficientes, en qualité et en quantité », dit-il.

Cet avis est partagé par Mulangu Sabue, virologue et enseignant-chercheur à l’université de Kinshasa.  Il affirme que « le cas index a été notifié le 24 avril, et près de trois semaines après, on était déjà a plus de 300 cas contaminés pour plus de 90 décès ».

Selon son analyse, si ces chiffres rappellent la gravité de la situation, ils révèlent également les limites du système de surveillance. Car, sur cette période de temps, les autorités du pays n’avaient annoncé aucune mesure, sans doute faute des données concrètes ; ce qui a favorisé une propagation du virus.

La malheureuse expérience de Lokana Moro illustre à suffisance ces défaillances. Ce père de famille de Mongbwalu a perdu sa fille de 16 ans après un séjour dans des hôpitaux qui n’ont pas pu la guérir de sa maladie qui présentaient tous les symptômes d’Ebola.

« Après son décès, nous sommes restés en tout une famille de sept personnes sans compter d’autres gens qui habitent dans la même parcelle. Nous ignorons si nous sommes contaminés ou pas mais nous continuons à habiter tous ensemble. Personne ne nous a rien dit, on ne nous a même pas mis en quarantaine », dit-il.

« Nos autorités doivent vraiment s’atteler à faire de notre système de santé un système fort et à mettre en place un système de veille sanitaire », recommande Emily Lebughe qui plaide au passage pour une prise en charge psychologique et un équipement adéquat des soignants engagés dans la lutte contre l’épidémie en cours.

Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola que connaît la RDC depuis l’apparition de la maladie en 1976. Depuis 2015, le pays a enregistré en moyenne plus d’une épidémie chaque année. Pour Emily Lebughe, l’explication résulte de l’évolution constante du virus Ebola.

« Les expériences passées n’ont pas suffi à prévenir de nouvelles flambées. Cela peut s’expliquer par le fait que les acquis techniques se heurtent à des mutations imprévues du virus. Le virus présente des variantes avec incompatibilité de vaccins », dit-elle.

Connaissances manquantes

Pour Mulangu Sabue, on n’arrive pas à prévenir ces épidémies parce qu’on a des connaissances manquantes concernant le réservoir du virus Ebola . La preuve définitive qui permet d’identifier de manière irréfutable l’animal qui porte le virus de manière naturelle n’étant pas encore établie.

« Les recherches se tournent vers la chauve-souris, mais il n’y a pas de preuve formelle et définitive si bien qu’on ne comprend pas comment le virus se transmet de la nature a l’homme », dit-il.

C’est le 15 mai 2026 que la RDC a déclaré la présente épidémie qui a éclaté dans la province de l’Ituri dans l’est du pays et qui est imputable à une souche Bundibugyo du virus Ebola. Une souche contre laquelle il n’existe pour l’instant aucun vaccin ni traitement homologué, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Dès lors, « les stratégies de réponse reposeront largement sur des mesures de santé publique complètes, notamment les soins de soutien, la détection précoce des cas, des protocoles rigoureux de prévention et de contrôle des infections, un traçage strict des contacts, des enterrements dignes et sécurisés et un engagement communautaire approfondi », écrit l’organisation sur son site web.

A en croire Mulangu Sabue, on n’a jusqu’ici enregistré que deux épidémies impliquant cette souche du virus Ebola. Notamment en Ouganda en 2007 et en 2012 à Isiro, en RDC. Et le taux de mortalité était tout autour de 40%.

Mais, dit-il, « nous ne savons pas si la virulence de la souche actuelle est comparable à celles de l’Ouganda ou d’Isiro. Donc, il va falloir attendre qu’on ait rassemblé toutes les données épidémiologiques pour déterminer le taux réel de létalité. ».

En attendant, le virologue met en garde : « Nous savons de par les ripostes précédentes que le niveau d’hygiène dans la plupart de nos hôpitaux et centres de santé n’est pas adéquat et ont souvent eu un rôle amplificateur dans la propagation des épidémies. Donc, il faudrait avoir des protocoles assez stricts de contrôle de l’infection au niveau des hôpitaux ».

Au 19 mai, le ministère de la Santé du Congo avait enregistré un total de 536 cas pour 134 décès.