21/04/26
Plus que le climat, la dégradation des sols réduit les rendements de maïs
Par: Issiaka N’Guessan
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[BOUAKE, SciDev.Net] Une nouvelle étude met en évidence l’impact de la dégradation des sols sur le rendement du maïs en Afrique subsaharienne.
L’étude, menée sous la coordination du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), en Côte d’Ivoire, au Zimbabwe et au Kenya, révèle que le déclin progressif de la fertilité des sols pourrait réduire les rendements du maïs plus fortement que les variations de température, de précipitations ou de CO₂.
Les chercheurs ont utilisé un ensemble de 15 modèles sol-culture indépendants dans le cadre de l’initiative dénommée Agricultural model intercomparison and improvement project (AgMIP), un projet d’intercomparaison de modèles de culture.
“La gestion intégrée de la fertilité des sols, combinant l’utilisation d’engrais organiques et minéraux de manière efficiente, offre une stratégie durable pour améliorer la fertilité des sols et sécuriser les rendements agricoles, même face aux impacts climatiques”
Yvette Bléhou Assamoi, ingénieure principale en agronomie, région de Gbêkê, Côte d’Ivoire
« Cette étude vient du fait que de nombreuses études évaluant l’impact du changement climatique en Afrique subsaharienne ne prennent en compte que les changements de climat et non les évolutions de la fertilité des sols », déclare Antoine Couëdel, chercheur au CIRAD et principal auteur de l’étude.
« En nous basant sur des essais très précieux de longue durée sur quatre sites, nous avons pu observer une baisse significative de la fertilité des sols en l’absence d’apports d’intrants », précise-t-il.
L’équipe de chercheurs a « calibré un nombre significatif de modèles de culture (15) sur ces sites pour simuler de manière robuste quel serait l’impact du changement climatique par rapport à celui de la perte de fertilité de ces sols. Nous avons trouvé que la diminution de la fertilité des sols avait autant, voire plus, d’impact que l’effet du changement climatique », affirme le chercheur.
Yvette Bléhou Assamoi, ingénieure principale en agronomie et directeur régional de l’Agriculture, du développement rural et des productions vivrières de la région de Gbêkê, située au centre de la Côte d’Ivoire, partage les conclusions de cette étude.
« Nous disons qu’effectivement la dégradation des sols due aux pratiques des hommes pourrait avoir un aussi fort impact sur la production que le réchauffement climatique », soutient-elle.
Selon l’agronome, interrogée par SciDev.Net, « la perte de fertilité des sols se présente d’ores et déjà comme un facteur limitant majeur pour les productions vivrières. Elle doit être traitée avec autant d’importance que les risques climatiques pour assurer la sécurité alimentaire. L’étude montre que le changement climatique ne doit pas être considéré isolément ».
Karoua Koné, président de l’organisation interprofessionnelle agricole des producteurs de maïs de Côte d’Ivoire, reconnaît que « nos terres sont très pauvres » et recommande leur restauration.
Selon lui, il faut mettre à la disposition des producteurs de maïs, « une bonne variété de maïs à haut rendement face au changement climatique et à la dégradation des sols, ainsi que trouver une solution d’irrigation pendant les périodes de sécheresse afin de produire à contre-saison. »
Engrais minéraux et organiques
Concernant la restauration des sols, les résultats de l’étude montrent que « l’apport combiné d’engrais organiques et minéraux permettrait d’augmenter durablement les rendements et que cet effet reste toujours significatif malgré une légère diminution des bénéfices liée au changement climatique », relève Antoine Couëdel.
Le chercheur précise que l’apport d’engrais minéraux et organiques est donc une solution « sans regret » d’adaptation au changement climatique.
« Les perspectives sont une priorisation du maintien et de l’amélioration de la fertilité des sols via un meilleur accès aux fertilisants minéraux et organiques en Afrique subsaharienne », argumente-t-il.
Pour Yvette Bléhou Assamoi, un point central de l’étude est que « la gestion intégrée de la fertilité des sols, combinant l’utilisation d’engrais organiques et minéraux de manière efficiente, offre une stratégie durable pour améliorer la fertilité des sols et sécuriser les rendements agricoles, même face aux impacts climatiques ».
L’agronome fait savoir que dans une zone agricole vivrière comme le Gbêkê, où la production de cultures vivrières (maïs, manioc, igname, banane plantain, etc.) est essentielle à la sécurité alimentaire, plusieurs pratiques de gestion des sols aident les producteurs à atténuer l’appauvrissement des sols et à améliorer durablement les rendements.
Techniques de préservation des sols
Elle cite notamment la gestion intégrée de la fertilité des sols (GIFS), une pratique qui combine engrais minéraux et intrants organiques (fumure, compost, résidus de cultures) pour enrichir la matière organique du sol et compenser les pertes de nutriments, mais aussi les techniques de conservation des sols telles que la rotation culturale.
Ainsi que l’usage de légumineuses associées aux cultures vivrières ou encore l’introduction de systèmes agroécologiques qui améliorent la structure du sol et réduisent l’érosion tout en favorisant l’agroforesterie et les aménagements végétaux.
Ces pratiques de gestion des sols incluent également une sensibilisation à l’utilisation rationnelle et raisonnée des produits phytosanitaires.
Yvette Bléhou Assamoi explique que, pour prévenir toute dégradation des sols, il faut éviter le système de monoculture et l’utilisation irrationnelle des pesticides.
Elle invite aussi à ne pas laisser le sol nu, mais à le couvrir en permanence avec des résidus de récolte ou des plantes pour limiter l’érosion, et éviter les labours profonds afin de préserver sa structure.