27/05/26

Perruques, mèches et greffes exposent les femmes au cancer du sein

WHair extension 2
Les extensions de cheveux sont susceptibles de provoquer des cancers chez la femme. Crédit image: SDN/JC.

Lecture rapide

  • Les extensions capillaires contiennent des substances liées au cancer du sein et troubles hormonaux
  • Le contact avec la peau et l’inhalation sont des voies de pénétration de ces substances dans le corps
  • Des chercheurs recommandent des tests de sécurité avant la mise des extensions capillaires sur le marché

Envoyer à un ami

Les coordonnées que vous indiquez sur cette page ne seront pas utilisées pour vous envoyer des emails non- sollicités et ne seront pas vendues à un tiers. Voir politique de confidentialité.

[YAOUNDÉ, SciDev.Net] Une récente étude révèle que les extensions capillaires (perruques, extensions à clips, mèches de tissage et à tresser…) contiennent de nombreuses substances chimiques, dont certaines pourraient provoquer le cancer du sein.

« Les extensions capillaires ne peuvent être ignorées en tant que source potentielle d’exposition à des substances chimiques dangereuses », prévient Elissia Franklin, chercheuse à l’Institut Silent Spring (Etats-Unis) et principale auteur de l’étude.

Cette dernière explique que les extensions capillaires constituent une source probable d’exposition aux substances chimiques « en raison de leur proximité avec le corps, de la durée de leur port et des pratiques d’utilisation. Les extensions sont en contact prolongé avec la peau, en particulier au niveau du cou et du cuir chevelu, y compris pendant le bain et la douche ».

“La mise en évidence de nombreuses substances chimiques classées comme dangereuses, dont certaines associées au cancer du sein et aux perturbations hormonales, soulève des questions majeures de santé publique, notamment pour ces produits largement utilisés”

Sylvie Mahop, LALuCaS

« De nombreuses personnes intègrent en permanence les extensions de cheveux lors de la coiffure, ce qui peut entraîner une exposition chronique. Ainsi, les personnes portant des extensions de cheveux sont exposées à un contact cutané direct et continu pendant de longues périodes, en plus des expositions probables par ingestion et inhalation », relève Elissia Franklin.

L’étude relève que l’importance culturelle des cheveux, associée à la perception que ces coiffures protègent les cheveux, fait des femmes noires les principales consommatrices de ces produits.

Pour mettre en évidence la présence des produits chimiques nocifs, la chercheuse et son équipe ont procédé à l’achat de 43 produits d’extensions capillaires.

Les produits ont ensuite été classés par type de fibre – synthétique (principalement des polymères plastiques) ou d’origine biologique (notamment des fibres humaines, de banane ou de soie), puis regroupés en fonction de leurs allégations.

« Dix-neuf des échantillons synthétiques prétendaient être ignifuges, trois étaient résistants à l’eau, neuf résistants à la chaleur, et trois comportaient des allégations ‘écologiques’ telles que ‘sans PVC -polychlorure de vinyle- ‘ ou ‘ non toxique’ », renseigne l’étude.

Grâce à une technique d’analyse non ciblée, les chercheurs ont pu identifier près de 170 substances chimiques, dont 48 figurant sur les listes des substances présentant un danger majeur, parmi lesquelles certaines sont susceptibles de provoquer des malformations congénitales ou des troubles de la reproduction.

Dix-sept substances chimiques liées au cancer du sein ont été détectées dans 36 échantillons, parmi lesquelles des composés connus pour perturber le système hormonal.

Flambée des cancers

Près de 10 % des échantillons contenaient des composés organostanniques (substances chimiques à base d’étain organique) toxiques, dont certains à des concentrations supérieures aux limites sanitaires fixées par l’Union européenne, où ces substances sont réglementées.

« Nous avons été particulièrement surpris de trouver des composés organostanniques … Ceux-ci sont couramment utilisés comme stabilisateurs thermiques dans le PVC et ont été associés à des irritations cutanées… », déclarent les auteurs de l’étude.

Selon l’étude publiée dans le journal de l’American Chemical Society, les extensions capillaires peuvent être fabriquées à partir de fibres synthétiques et de matériaux d’origine biologique, y compris des cheveux humains, et sont souvent traitées avec des produits chimiques afin de les rendre ignifuges, imperméables ou antimicrobiennes.

C’est à la suite d’une étude montrant que la concentration en retardateurs de flamme présents dans la poussière domestique diminuait lorsque les participants remplaçaient leurs canapés que la chercheuse a décidé de s’interroger sur la présence de retardateurs de flamme dans les extensions capillaires.

« Nous nous concentrions sur la réduction de l’exposition liée au mobilier, mais j’avais remarqué que les produits destinés aux femmes noires indiquaient ouvertement la présence de retardateurs de flamme sur leurs emballages », explique Elissia Franklin à SciDev.Net.

« Cela m’a amenée à me poser une question cruciale : pourquoi est-il acceptable que ces produits chimiques soient présents dans des produits utilisés de manière si intime pour la beauté, alors que nous nous efforçons activement de les éliminer du mobilier ? Cette question a finalement constitué le fondement de cette étude », clarifie la chercheuse.

Pour Blaise Kegoum, oncologue et ancien secrétaire permanent du Comité national de lutte contre le cancer au Cameroun, cette étude « se rapproche de la réalité quand on voit la flambée des cancers chez les jeunes femmes notamment les cancers du sein chez celles de moins de 40 ans ; une vraie épidémie. Sans oublier les autres cancers du côlon, du système nerveux etc. ».

Exposition quotidienne

Sylvie Mahop, experte en santé publique et membre de la Ligue africaine pour la lutte contre le cancer du sein (LALuCaS), estime que les résultats de cette étude sont particulièrement préoccupants.

« La mise en évidence de nombreuses substances chimiques classées comme dangereuses, dont certaines associées au cancer du sein et aux perturbations hormonales, soulève des questions majeures de santé publique, notamment pour ces produits largement utilisés », soutient-elle.

A l’en croire, ces données viennent renforcer les inquiétudes croissantes concernant l’exposition quotidienne à des substances potentiellement cancérogènes, souvent à l’insu des consommatrices.

« Elles interpellent sur la nécessité d’un encadrement plus strict, d’une transparence accrue des fabricants et d’une vigilance renforcée des autorités sanitaires », ajoute l’experte.

Face à cette situation, Elissia Franklin affirme que « les fabricants du monde entier devraient être tenus de supprimer rapidement les dangers liés à leurs produits afin que personne ne soit exposé à des substances chimiques potentiellement toxiques, alors qu’il existe de nombreuses substances chimiques pouvant être utilisées ».

Car, poursuit-elle, « à l’heure actuelle, les substances chimiques présentes dans les produits que nous utilisons quotidiennement ne font l’objet d’aucun test de sécurité avant leur mise sur le marché. Cela ne devrait pas être le cas », insiste la chercheuse.

Pour Sylvie Mahop, il est « essentiel d’encourager le principe de précaution. Informer les populations, en particulier les femmes, sur les risques liés à certains produits capillaires, promouvoir des alternatives plus sûres et plaider pour un meilleur contrôle des substances mises sur le marché constituent des actions prioritaires », précise-t-elle.

La chercheuse à l’institut Silent Sprint estime également que des recherches supplémentaires permettraient de mieux comprendre comment les extensions capillaires contribuent à des effets néfastes sur la santé et à la pollution de l’environnement.