05/05/25
L’ouverture d’une mine accroît jusqu’à 80 fois le taux de déforestation
Par: Maria Bolevich
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L’établissement et l’expansion des mines contribuent à la destruction des forêts en dehors des sites miniers, révèle une nouvelle étude menée en Afrique subsaharienne.
Selon les chercheurs, l’exploitation minière n’est pas traditionnellement considérée comme la principale cause de déforestation directe. Cependant, la perturbation des habitats causée par l’exploitation minière en Afrique subsaharienne a été négligée. L’impact est important en raison de la construction d’infrastructures de soutien à l’exploitation minière.
Les résultats de l’étude ont en effet montré une perte de 1,171 millions d’hectares de forêt à proximité immédiate de la mine, soit 17,7 % de la couverture forestière de ces parcelles en 2000. En revanche, les zones plus éloignées ont subi une perte plus faible, soit 12 % de la couverture forestière. Les résultats indiquent que le taux de déforestation était significativement plus élevé dans les zones proches de la mine que dans les zones témoins.
“Avant l’ouverture de la mine, la perte moyenne du couvert forestier était de 1 665 ha par an, et après, elle a augmenté à 4 314 ha, soit 2,6 fois plus”
Abdulkareem I. Ahmed, université de Sheffield, Royaume-Uni
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont analysé 196 mines ouvertes après 2000 et étudié plus en détail 45 mines ouvertes entre 2009 et 2011. Ils ont ensuite comparé l’évolution des forêts dans les zones où il y a des mines et dans celles où il n’y en a pas, ainsi que l’évolution de la déforestation à différentes distances de la mine.
Le principal auteur de l’étude, Abdulkareem I. Ahmed de l’École de biosciences de l’université de Sheffield (Angleterre) et spécialiste en écologie et biologie évolutive, explique que « la zone de 0 à 1 km a été exclue afin d’éviter de mesurer directement la déforestation sur le site minier lui-même, garantissant ainsi que notre analyse se concentre sur des effets environnementaux plus larges plutôt que sur les terres défrichées pour les opérations minières », détaille-t-il.
Au terme de l’étude, les chercheurs ont constaté que le niveau annuel moyen de déforestation dans les zones environnantes était de 145 ha. Dans les zones témoins, ce taux était de 142 ha par an, ce qui montre un impact similaire, mais toujours significatif, de l’exploitation minière sur la couverture forestière.
« Tout cela indique que le taux annuel moyen de déforestation à proximité des mines a considérablement augmenté. Cela nous a permis d’établir qu’avant l’ouverture de la mine, la perte moyenne du couvert forestier était de 1 665 ha par an, et qu’après, elle a augmenté à 4 314 ha, soit 2,6 fois plus. Plus de 20 sites miniers ont enregistré une augmentation de plus de 80 % de leurs taux de déforestation », révèle l’auteur de l’étude.
Pour cette source, le résultat le plus surprenant de l’étude est l’ampleur de la contribution de l’exploitation minière à la déforestation au-delà de l’empreinte minière immédiate.
« Alors que l’on s’attendait à ce que l’exploitation minière entraîne une perte de forêt, l’étude a révélé que son impact s’étend sur plusieurs kilomètres au-delà des sites miniers, affectant les écosystèmes environnants par des facteurs indirects tels que l’expansion des routes, la croissance des établissements humains et les changements secondaires d’affectation des terres », dit-il.
Conséquences profondes
De plus, poursuit le spécialiste, la comparaison des taux de déforestation avant et après l’implantation de la mine a mis en évidence la rapidité avec laquelle la perte de forêt s’accélère une fois l’exploitation minière lancée.
« Les différences entre les zones traitées et les zones témoins ont également souligné que la déforestation liée à l’exploitation minière n’est pas seulement un problème localisé, mais une préoccupation environnementale plus large aux conséquences profondes », renseigne-t-il.
Hassan Swedy Lunku, de l’Institut de formation des collectivités locales de Dodoma, en Tanzanie, qui n’a pas participé à l’étude, déclare que la principale préoccupation réside dans le risque de voir la déforestation induite par l’exploitation minière compromettre l’équilibre déjà fragile entre l’intégrité écologique, la conservation de la biodiversité et la stabilité socio-économique de la région.
« La ruée vers les ressources minérales privilégie souvent les gains économiques immédiats au détriment des coûts environnementaux à long terme, créant ainsi un cycle de dégradation susceptible d’entraîner la perte de services écosystémiques essentiels à la subsistance des communautés locales, à la régulation du climat et au maintien de la biodiversité », fait-il savoir.
L’étude souligne l’importance cruciale d’approches éclairées et proactives pour faire face aux multiples impacts de l’exploitation minière sur les forêts et la biodiversité.
Parmi les mesures clés à prendre en compte, Abdulkareem I. Ahmed recommande l’application de lois environnementales strictes pour réglementer les activités minières en zones forestières. Ainsi que l’élaboration de lignes directrices claires pour des pratiques minières durables, notamment des restrictions sur les opérations dans les zones à forte biodiversité, la création de zones tampons et d’aires protégées pour préserver les écosystèmes sensibles.
Cet expert préconise aussi la mise en place de systèmes de surveillance indépendants pour contrôler les activités minières et leurs impacts environnementaux. A cela s’ajoute le renforcement des mécanismes de conformité en imposant des sanctions en cas d’infraction et en encourageant le respect des normes environnementales.
Le chercheur propose également une obligation pour les sociétés minières de restaurer les terres dégradées ; le soutien aux efforts de reboisement pour favoriser la régénération des écosystèmes après l’arrêt des activités minières…
Approches holistique
Swedy Lunku soutient pour sa part qu’une approche holistique et intégrée est essentielle pour garantir que les activités minières ne compromettent pas les fondements écologiques fondamentaux qui soutiennent les populations et la faune sauvage en Afrique subsaharienne.
« La lutte contre la déforestation en Afrique subsaharienne, directement ou indirectement causée par les activités minières, implique plusieurs étapes et considérations essentielles, telles que le renforcement de la réglementation environnementale, la mise en œuvre d’une hiérarchie des mesures d’atténuation, l’intégration de la planification de la conservation et la promotion de pratiques minières durables », souligne ce dernier.
Pour Abdulkareem I. Ahmed, les chercheurs, les gouvernements et les parties prenantes devraient utiliser cette étude comme référence pour mettre en évidence l’impact de l’exploitation minière sur la déforestation. Ce faisant, ils pourront tenir les exploitants miniers pour responsables de la perte de forêts qu’ils provoquent.
« L’étude fournit des informations précieuses en comparant les taux de déforestation avant et après l’implantation des mines, ainsi qu’en analysant les différences entre les zones affectées par l’exploitation minière et les zones non affectées. Cette approche renforce les données probantes pour l’élaboration des politiques, la réglementation et les efforts de conservation », conclut-il
Les chercheurs soulignent l’importance de suivre l’évolution de la législation environnementale. Ils ajoutent que la sensibilisation, le plaidoyer et l’engagement sont essentiels pour responsabiliser les gouvernements et les sociétés minières et promouvoir des pratiques minières durables.