26/05/25

L’insuffisance rénale chez les jeunes, une menace pour l’économie du Sénégal

Dialysis
Si les insuffisants rénaux sont surtout des personnes agées dans les pays développés, ils sont essentiellement des jeunes au Sénégal. Crédit image: shanelkalicharan (CC BY-SA 2.0)

Lecture rapide

  • La moyenne d’âge des patients affectés par l’insuffisance rénale se situe actuellement autour de 40 ans
  • Une jeunesse en mauvaise santé a un impact négatif sur la production et l’économie
  • Les spécialistes recommandent une intensification des campagnes de sensibilisation et de prévention

Envoyer à un ami

Les coordonnées que vous indiquez sur cette page ne seront pas utilisées pour vous envoyer des emails non- sollicités et ne seront pas vendues à un tiers. Voir politique de confidentialité.

[DAKAR, SciDev.Net] L’insuffisance rénale est en augmentation chez les jeunes de Touba, ville située au centre-ouest du Sénégal. C’est le constat fait par Amadou Samba Sow, médecin néphrologue et chef du service de néphrologie à l’hôpital Ndamatou de Touba de Touba.

En l’absence d’étude précise sur le sujet, le spécialiste affirme qu’à la faveur de ses consultations, il observe beaucoup de jeunes dans la cohorte des malades hémodialysés.

« Dans nos consultations, sur 10 malades, on peut avoir 2 à 3 malades qui sont venus au stade terminal et qui ont besoin d’hémodialyse, et parmi ces malades, il y a des patients jeunes et leur moyenne d’âge tourne autour de 40 ans. C’est un constat. Mais il faudrait une étude épidémiologique qui va fouiller de façon précise cette prévalence chez les jeunes », explique le médecin.

“L’hémodialyse, la transplantation rénale coûtent très cher aux malades mais aussi à l’État. Donc, elles ont des conséquences socio-économiques très importantes”

Amadou Samba Sow, hôpital Ndamatou de Touba

Interrogé par SciDev.Net, Abdou Niang, responsable de la chaire néphrologie de la faculté de médecine de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et président de l’Association africaine de néphrologie, abonde dans le même sens.

Il déclare que la moyenne d’âge des patients souffrant d’insuffisance rénale dans les pays en voie de développement est de 40 ans contre 67 ans en Europe.

Ainsi, l’insuffisance rénale touche environ 5 % de la population sénégalaise, avec une augmentation du nombre de patients jeunes. « C’est la partie active de nos populations qui est touchée », déplore Abdou Niang. Pour lui, lorsqu’un jeune tombe malade, « c’est une situation désastreuse parce que ça brise sa vie ».

« On a des élèves de terminale, des étudiants qui sont à l’université, à la fleur de l’âge abattus par la maladie et qui ne peuvent plus poursuivre leurs études »,fait savoir Abdou Niang.

« Tu dois aller en salle d’hémodialyse trois fois par semaine pendant 4 heures de temps […] vous avez vos examens, vos diplômes, et là, malheureusement, la maladie vous a déjà pris », déplore l’intéressé.

« Une jeunesse malade ne peut pas produire »

Amadou Samba Sow martèle pour sa part que « une jeunesse malade ne peut pas produire, or, qui dit économie dit production… L’hémodialyse, la transplantation rénale coûtent très cher aux malades mais aussi à l’État. Donc, elles ont des conséquences socio-économiques très importantes », soutient-il.

La prise en charge des patients souffrant d’insuffisance rénale est gratuite dans le pays. Environ 1000 personnes touchées par cette maladie sont prises en charge par l’État, selon Mamadou Moustapha Diop, directeur de la lutte contre la maladie au ministère sénégalais de la Santé et de l’action sociale.

Ainsi, « près de cinq milliards de francs CFA sont dépensés par le Sénégal pour financer la gratuité de la dialyse. Des conventions sont également signées entre l’État et les structures privées pour leur permettre de contribuer à l’offre de soins pour les personnes dialysées », précise-t-il.

Cette source fait savoir que « le pays dispose à ce jour de plus de 42 centres de dialyse publics et privés avec au moins un centre par région. À Dakar, un centre de dialyse est spécialement dédié aux enfants et est logé au sein de l’hôpital Abass Ndao ».

Malgré l’augmentation du nombre de centres de dialyse et les moyens financiers injectés, le directeur de la lutte contre la maladie reconnait qu’il reste encore des progrès à faire.

« Le nombre de cas ne cesse de croître et il y a des personnes qui ne peuvent accéder à ces soins gratuits », regrette Mamadou Moustapha Diop qui souligne l’urgence de continuer à mettre l’accent sur la prévention.

Hygiène alimentaire

Les facteurs qui favorisent la survenue de cette maladie sont divers, à commencer par les mauvaises habitudes alimentaires. Pour Amadou Samba Sow, une mauvaise hygiène alimentaire chez la population qui mange trop gras, trop sucré, trop salé, est l’un des facteurs de risque.

Le néphrologue affirme que « l’hypertension et le diabète sont des facteurs de survenance de l’insuffisance rénale, s’ils ne sont pas bien traités ou très tôt pris en charge ».

Ces deux pathologies sont chroniques et sont issues de facteurs métaboliques, explique-t-il. Par ailleurs, l’automédication, la prise de médicaments de la rue et de traitements traditionnels pratiqués par certains sont également des causes de survenance de maladies rénales.

Pour Abdou Niang, la sensibilisation et la prévention doivent être renforcées pour inverser la courbe et il faudra tout faire pour que le nombre d’insuffisants rénaux en phase terminale diminue.

Un avis que partage Amadou Samba Sow, qui préconise que l’État soit associé aux campagnes de sensibilisation en direction des jeunes pour qu’ils améliorent leur hygiène alimentaire, qu’ils réduisent la consommation de sel, de sucre et de gras.

La pratique régulière de l’exercice physique est aussi à encourager et les jeunes doivent également éviter l’intoxication à l’alcool et au tabac, renchérit le président de l’association africaine de néphrologie.