16/10/26
Les fortes pluies, principale menace pour la culture du cacao
Par: Zoraida Portillo
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[LIMA, SciDev.Net ] Selon une nouvelle étude, les pluies extrêmes constituent l’une des plus grandes menaces climatiques pour les rendements du cacao dans les régions tropicales ; nuisant à la production bien plus que la hausse des températures ou les pénuries d’eau.
A en croire cette étude publiée dans la revue PNAS, les déficits de production de cacao menacent les moyens de subsistance de près de six millions d’agriculteurs qui ont cette culture comme principale source de revenus.
Cependant, des chercheurs de l’Université de Harvard, aux États-Unis, affirment que les causes de ces déficits sont mal comprises.
En analysant les régimes de précipitations au Ghana, en Indonésie et en Équateur — trois des principaux pays producteurs de cacao au monde —, les scientifiques ont constaté que les fortes averses endommagent physiquement les fleurs et les jeunes fruits du cacaoyer, perturbent la pollinisation par les insectes et déclenchent des maladies fongiques dues à l’excès d’humidité.
“Le cacaoyer dépend de minuscules insectes pour sa pollinisation et de fortes pluies peuvent perturber. Par ailleurs, des conditions très humides favorisent les maladies fongiques, notamment la pourriture noire des cabosses”
Anna Léa Albright, Université de Harvard
Anna Léa Albright, chercheuse au Département des sciences de la Terre et des planètes de l’Université de Harvard et auteure principale de l’étude, confie à SciDev.Net : « Les fortes pluies et les vents violents peuvent endommager physiquement les fleurs et les jeunes gousses. »
« Le cacaoyer dépend de minuscules insectes pour sa pollinisation et de fortes pluies peuvent perturber, poursuit-elle. Par aailleurs, des conditions très humides favorisent les maladies fongiques, notamment la pourriture noire des cabosses, dont les spores sont dispersées par les éclaboussures et propagées par les fortes pluies. »
Risques liés à El Niño
Les auteurs affirment que leurs résultats soulignent comment les prévisions climatiques relatives aux cultures peuvent aider les petits producteurs agricoles à s’adapter. Ils notent que les pluies extrêmes sont souvent prévisibles et liées à des phénomènes climatiques de grande ampleur comme El Niño.
L’étude rappelle que lors des épisodes El Niño, l’Afrique de l’Ouest et l’Indonésie connaissent généralement une réduction des précipitations, tandis que les côtes de l’Équateur et l’Afrique de l’Est subissent de fortes averses.
En dehors des épisodes El Niño, les pluies les plus abondantes de la saison humide s’intensifient en Afrique de l’Ouest, où est cultivé environ 70 % du cacao mondial, explique Anna Léa Albright.
L’Amérique latine représente 25 % de la production mondiale de cacao, l’Équateur — premier producteur de la région — contribuant à hauteur d’environ 12 %.
La chercheure explique qu’un épisode El Niño intense accroît considérablement le risque d’une saison des pluies dévastatrice en Équateur. Elle ajoute que les fortes pluies qui s’abattent sur la côte de ce pays entre février et avril ont un impact considérable sur les récoltes six à huit mois plus tard.
Les résultats de cette étude revêtent une importance particulière dans la mesure où un épisode El Niño intense continue de se renforcer avant d’atteindre son pic prévu vers décembre.
Maladies fongiques
Elizabeth Johnson, spécialiste du cacao à l’Institut interaméricain de coopération agricole, qui n’a pas participé à l’étude, fait savoir à SciDev.Net qu’il existe un lien direct entre les fortes pluies et les épidémies fongiques.
« Ces conditions d’humidité persistante peuvent favoriser le développement et la propagation de plusieurs maladies fongiques importantes », indique-t-elle.
Peter Huybers, chercheur à l’université Harvard et co-auteur de l’étude, affirme que la pourriture noire — également connue sous le nom de maladie des gousses noires — en est l’un des principaux responsables.
« L’infection [fongique] apparaît environ une semaine après un épisode pluvieux et les spores se dispersent par éclaboussures », explique-t-il à SciDev.Net.
Il poursuit en disant que les dommages physiques directs causés aux fleurs et aux jeunes gousses constituent également un risque pendant la saison des pluies, tout comme l’engorgement des plaines côtières basses qui peuvent être inondées lors des épisodes El Niño.
Questions
Toutefois, des experts indépendants soulignent que l’impact des précipitations varie en fonction des conditions agricoles.
William Melo Zipacón, chercheur en agroenvironnement chez Alliance Bioversity International et au CIAT, fait remarquer que la même quantité de pluie n’a pas le même impact sur toutes les cultures de cacao en Amérique latine.
« L’impact des précipitations extrêmes risque d’être plus important lorsqu’elles touchent un verger planté de clones sensibles, présentant un ombrage insuffisant et un niveau de gestion technique médiocre, notamment en raison de lacunes en matière d’entretien et de taille sanitaire », dit-il.
Il ajoute que si l’étude montre un lien entre les variables climatiques et la réduction des rendements, elle ne permet pas de déterminer dans quelle mesure ces variables sont responsables des dommages causés aux plantes, des modifications de la pollinisation ou des maladies.
« C’est une bonne approche pour comprendre le problème, mais elle soulève de nouvelles questions qui devraient être abordées par des études de terrain plus détaillées », déclare William Melo Zipacón.
De son côté, Rey Gastón Loor, responsable du programme cacao à l’Institut national de recherche agricole de l’Équateur, affirme que des pluies extrêmes n’entraînent pas nécessairement une perte de rendement.
« Les cacaoyers ont besoin d’un stress hydrique, qu’il soit positif (eau) ou négatif (sécheresse), pour pouvoir exprimer leur floraison au sein de leur cycle physiologique », affirme ce dernier qui n’a pas participé à l’étude.
Il ajoute que lorsque les pluies sont excessives ou prolongées, la plante entre dans un « état d’alerte » et que lorsque les pluies commencent à diminuer, elle réagit en fleurissant, ce qui retarde la récolte.
Systèmes d’alerte précoce
Rey Gastón Loor reconnaît toutefois que la gestion agricole doit s’adapter aux conditions météorologiques extrêmes, en particulier pendant les cycles d’El Niño.
« Nous parlons du drainage des terres basses, où, si la cacaoyère reste inondée pendant trois ou quatre jours, l’eau accumulée doit être évacuée », précise-t-il. Ajoutant que les systèmes agroforestiers en pente sont naturellement plus à l’abri des inondations.
Peter Huybers estime qu’un système d’alerte précoce aux risques spécifiques pour les cultures de cacao permettrait aux agriculteurs de réagir. Les chercheurs travaillent d’ores et déjà avec des partenaires en Équateur et en Afrique de l’Ouest afin de traduire les prévisions de fortes pluies en informations exploitables pour les agriculteurs.
Une alerte efficace devrait faire le lien entre les prévisions de précipitations et les périodes les plus propices à la taille, aux travaux d’assainissement, à l’application de fongicides et à la préparation du drainage, a-t-il déclaré.